Write Me Back, nouveau chef d'oeuvre de R. Kelly

R. Kelly : Sur les traces de Michael Jackson

28 juin 2012 . Pas de commentaire
By Nico, in Featured, US Side

Où la frontière entre l’homme et l’artiste se situe-t-elle ? Alors que le troisième anniversaire du décès du Roi de la Pop - archétype de l’icône salie -, vient d’être célébré, la question est on ne peut plus dans l’air du temps. Donné en pâture à la presse suite à d’hypothétiques arnaques financières et de sordides affaires de pornographie infantile, Robert Kelly a toujours pâti de cette image d’éternel déséquilibré que les médias voulaient bien lui prêter. A raison ou à tort ? L’essentiel n’est pas là. En tant qu’auditeurs, notre appréciation ne doit-elle pas se limiter au pur caractère artistique ? Lorsque que notre jugement reste objectif ? Finalement, la musique parle d’elle-même. Et quand R.Kelly livre un album de l’envergure de Write Me Back, elle «est [putain de] bonne » pour paraphraser l’ami Jean Jacques.


It Was All A Dream…


Imaginez le tableau. La ville de Chicago en guise de toile de fond, un fort héritage Soul comme patron et l’église de ses parents pour esquisser les premières couleurs d’une carrière controversée. A chaque station de métro de la Windy City, des artistes en devenir s’égosillent dans les sous-sols crasseux et lugubres de la ville bâtie sur le lac Michigan. Difficile de sortir du lot tant la compétition est féroce. Et pourtant.

La force de l’autoproclamé R. réside dans sa capacité à se mouvoir au sein de n’importe quelle tendance sans jamais paraître dépassé. Figure angulaire du New Jack Swing avec le collectif Public Anouncement, puis instigateur d’un rythmn and blues à la teinte sexuellement explicite sur le classique 12 Play Kellz finira d’asseoir son hégémonie en s’appuyant sur une discographie quasi irréprochable. Surprenants de régularité, les quatorze albums disséminés lors de ses vingt années de carrière sont autant de témoignages d’une existence marquée par le sceau d’un succès critique partagé. Tandis que l’acclamé Chocolate Factory sort en même temps que les procès pour pornographie pleuvent et que le guilleret et rédempteur Happy People/U Saved Me agit comme un antidépresseur, le chanteur disparait des radars en livrant trois albums consécutifs – TP3 Reloaded, Double Up et Untitled – à la qualité douteuse.

Discret en interview et sur la scène publique, le chanteur semble évoluer dans une sphère anti-médiatique un tantinet paradoxale. S’il est impossible de savoir dans quel état d’esprit l’artiste aux cinquante millions d’albums écoulés se trouve avant la conception d’un album, chaque nouvelle livraison estampillée Chocolate Factory est un événement en soi. Comment interpréter un projet si l’artiste lui-même n’en explique pas les tenants ? Une facette énigmatique volontairement érigée par l’intéressée et qui lui permet de frapper là où l’on l’attend le moins. Que serait la série des Trapped In The Closet sans son caractère inattendu et novateur ou le double album de Gospel Happy People/U Saved Me sans cette fraicheur salvatrice ? Une volonté de renouvellement fascinante qui permet à Kelly, avec près de vingt ans de carrière sous le micro, de continuer à dicter la tendance alors que les naguère brillants Brian Mc Knight, Baby Face ou Jodeci se sont progressivement éteints, assombris par la vigueur de la scène r’n’b contemporaine.

« Talent does what it can, genius does what it must » Edward Bulwer-Lytton. “Le talent fait ce qu’il peut, le génie fait ce qu’il doit faire”. S’il est indéniable que Kellz est né avec un sens inouï de la formulation, ce sont des années d’abnégation face à l’adversité à laquelle il a dû faire face qui l’ont amené au sommet de sa discipline, à l’instar de Donny Hataway, Marvin Gaye ou Curtis Mayfiled avant lui. C’est cette arrogance, ce côté détestable et terriblement charismatique, ses talents de songwritter et de showman qui ont propulsé l’ennemi public numéro un à la tête d’un empire au sein duquel Chris Brown et Trey Songz peuvent au mieux prétendre au statut de bouffon du Roi.


« Le disco est la pire chose que la terre ait enfanté » Grandmaster Caz


Le sexe. Dénominateur commun de la carrière de R. Kelly, l’acte charnel aura parsemé sa discographie en la gratifiant de ses plus belles envolées parmi lesquelles « Bump N Grind », « Kitchen », « The Greatest Sex », « Down Low ». Après l’annonce de Black Panties, nouvel effort obscène selon les dires de l’intéressé, beaucoup avaient vite décanté, suite à un Love Letters délicieusement old school. Une opération des cordes vocales plus tard, Robert change de fusil d’épaule et propose Write Me Back, conséquence logique à son surprenant dernier album. Une question s’impose d’emblée : Et si Kelly venait de produire son projet le plus abouti ?

On l’avait vu venir le bougre. Discrètement disséminé dans l’entrelacs sans queue ni tête d’Untitled, le surprenant « Be My #2 » laissait entrevoir une orientation old-school bien venue, confirmée par l’excellent Love Letters, que la critique avait accueilli à bras ouverts. Flirtant avec la disco bien que s’éloignant timidement de sa zone de confort, le R s’était imposé en chanteur crédible, toujours capable de proposer de superbes performances vocales « How Do I Tell Her » soulignées par un désir flagrant de proposer des hymnes amoureux, dénués de toute tendance salaces.

Patchwork d’influences diverses, Write Me Back pioche dans le Philly Sound « Lazy Sunday », fait du pied à Ray Charles avec le bluesy “All Rounds On Me » puis à Donny Hataway, Stevie Wonder et Bill Whiters sur « Believe That It’s So » « Party Jumpin » et le très Motown dans l’esprit « Green Light ». Porté par le disco « Love Is » et le délicieusement country/rock « All Rounds On Me », Write Me Back est le symbole d’une volonté de prouver qu’à quarante ans passés, Robert Kelly a mis de côté ses pérégrinations sexuelles et devient progressivement l’artiste poignant que l’on avait aperçu sur « I Wish ». Il incarne cet éternel amoureux de la musique Soul, capable de composer des hymnes à l’amour tels que « Clipped Wings » davantage crédibles que ses odes à la jambe levée.

“I don’t mean to sound old but I speak the truth, especially when I speak about R&B music. R&B has, in some ways been abandoned and it’s being used in areas when people see fit to maybe put a hook on a rap song to blow up a rap song. Now, I don’t knock that hustle, but if we’re gonna respect R&B when it comes to rap, then it deserves to stand on its own as well.” “Je ne veux pas apparaître vieux mais, surtout quand je parle de R&B, je dis la vérité. Le R&B a en quelque sorte été abandonné et est utilisé lorsqu’il peut être inclus dans une autre dimension. Pour donner du corps à un titre de rap par exemple. Je ne le dénigre pas, mais si nous devons respecter le R&B lorsque l’on parle de rap, cette culture doit être crédible au même titre. »


Comme Michael Jackson avant lui, R. Kelly a été élevé au statut d’icône intergénérationnelle. Comme MJ avant lui, la chute aura été aussi vertigineuse que l’ascension, tous deux accusés de crimes similaires. Kellz a su se relever et surprendre son audience, plus humblement. Comme MJ avant lui. R. Kelly fait partie des artistes les plus accomplis de ceux dernières décennies, qu’il pisse sur des mineures ou escroque son agent n’y changera rien. Notre subjectivité commence où la simple dimension artistique s’arrête. « Believe In Me » clame Robert sur Write Me Back. On ne demande pas mieux.



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