Cogitum...
Sacha Baron Cohen, l’extrémiste du divertissement
Nous sommes en 2012, année durant laquelle Sacha Baron Cohen a décidé de présenter au monde la dernière recrue de sa filmographie, The Dictator. Reconnu auparavant grâce à Brüno et Borat comme un provocateur maniant l’humour entremêlé à un engagement politique, son profil n’est pas sans rappeler celui d’un moustachu à chapeau melon qui par la plus grande des coïncidences avait sorti 70 ans plus tôt un film appelé The Great Dictator. Avec ce titre plus qu’évocateur Sacha Baron Cohen ouvre volontairement les portes des comparaisons les plus faciles avec la légende intouchable du cinéma. Alors bien sûr beaucoup tombent dans le panneau: Le film de 2012 serait à l’image de son titre, il lui manque le « great », apparemment n’est pas Chaplin qui veut. Certes, mais avec plus d’un demi siècle sur les épaules, on ose espérer que la nouvelle satire d’un dictateur n’en soit pas au même stade que la première fois. Depuis il y a eu la conférence de Yalta, le 11 septembre 2001, le Titanic de James Cameron, Internet, American Pie, la téléréalité, Mai 68 et Lady Gaga. Notre Chaplin version 2012 ne fait pas le tri et nous offre un concentré de ce que notre société à pu engendrer de plus dérangeant mêlant l’humour scatologique assumé aux évocations en riant des pires crimes contre l’humanité. Sans demi mesure, il ne se prend pas au sérieux et tente de nous divertir, ne serait-ce pas un coup de maître caché?
Le sacrifice humain
Il est très fort Sacha Baron Cohen lorsque sous des apparences de surexposition médiatique il réussit à se rendre invisible. Sa provocation sert tellement à le définir que tel un magicien il profite des débats autour de son politiquement incorrect pour disparaître lui-même. Derrière les masques de ses personnages qui couvrent constamment son visage, on oublie qu’on en sait encore moins sur l’artiste qu’il est que sur le pourtant très secret Stanley Kubrick. Qui l’a déjà entendu expliquer sa démarche artistique? Qui l’a entendu parler de sa façon d’appréhender l’incarnation d’un de ses personnages? Qui l’a entendu révéler des anecdotes de tournage? Impossible de trouver ne serait-ce qu’une seule petite interview classique de l’homme dont on ne connait finalement que le nom alors que n’importe quel acteur un tant soit peu reconnu pourrait en faire un musée. À part Le Monde Magazine peu sont ceux qui s’inquiètent de qui se cache derrière le masque du Général Aladeen ou de Borat. On préfère se focaliser sur l’extraordinaire de ce qu’on nous envoie en pleine face, les chameaux, la barbe, l’accent, l’uniforme… nous avons tous été dupés par celui qui a réussi à se supprimer lui-même.
Et la liberté de la presse?
Il est très fort Sacha Baron Cohen lorsqu’il réussit à esquiver la promotion d’un film de 64 millions de dollars. Sacrifier sa personne au profit de ses personnages n’a pas que des conséquences psychologiques graves. Appelez Nasri tant qu’il est encore temps, Sacha a trouvé un moyen de ne jamais répondre à des journalistes. Bien que présent sur tous les plateaux de TV (SNL, Larry King, le Grand Journal…) ou dans tous les événements cinématographiques incontournables (Cannes, les Oscars…), vous ne le verrez à aucun moment défendre son film. Hermétique à tout lien avec le monde rationnel il se présente comme le chef suprême de la République de Wadiya. Pour nous, ses contemporains il fait déborder le spectacle bien au delà du tournage de son film, pour les futurs historiens il pose un sacré casse tête à ceux qui trouverons les traces de sa promotion. Les médias s’extasient devant lui alors qu’il ne peuvent pas faire leur travail, c’est le dictateur d’un pays fictif qui leur répond. Mais ce petit tour de passe-passe ne lui suffit pas, il compte aussi les gens du métier à sa botte. Il réussit à s’accorder les faveurs de Martin Scorcese qui rentre dans son jeu en tant qu’otage sur le plateau de Saturday Night Live. Estimé par la profession il fait partie de la photo souvenir des 100 ans de Paramount. Un génie.
Un film Total(itaire)
Il est très fort Sacha Baron Cohen lorsqu’à la vue de ce qu’il fait à coté, on en oublierait presque le film lui-même. Pour certains, il vaut mieux qu’il en soit ainsi tant The Dictator est décevant. On regrette d’avoir perdu la spontanéité du faux documentaire le définissant depuis Borat. Ici tout est pure fiction, tout est scénarisé mais ce que l’on ne voit pas encore une fois c’est que pour sa première fiction depuis Ali G, il nous offre une ribambelle de genres cinématographiques. Toujours dans un état d’esprit extrémiste, il va au bout des choses bannissant la simplicité de sa façon de fonctionner. Un Scary Movie d’intello ou un Chaplin vulgarisé, les critiques ne savent plus où donner de la tête. On se sent coupable de rigoler à des gags graveleux, on méprise le public de beauf mort de rire tout le long du film. Pas facile de reconnaître que la provocation de Sacha Baron Cohen ne vient pas que de son humour aux limites explosées, mais aussi de son audace à mélanger joyeusement différents aspects du 7ème art. Il endosse volontiers tout autant la casquette du cinéaste engagé et corrosif que celui de faiseur de comédie romantique alors qu’il n’est même pas le réalisateur du film. L’humour poussé à son extrême présente tous les types de comique (de situation, de répétition, de geste, de mœurs…) et l’on aperçoit au passage des teintes de biopic ou de film d’aventure. Le seul reproche recevable que l’on puisse lui faire c’est ce brassage qui gomme légèrement toutes les particularités. Qui trop embrasse mal étreint est un risque qu’il a choisi de prendre.
Si le résultat n’est pas le chef d’oeuvre de 1940, c’était un tout autre objectif que Sacha Baron Cohen voulait atteindre. Tout le monde se sent concerné par The Dictator, tout le monde pense avoir son mot à dire, les passions son déchainées. Mais public et presse réunis nous ne sommes que de pauvres fous embrigadés dans la première dictature cachée du divertissement avec son chef charismatique, un pouvoir absolu, une propagande et une presse muselée. Et tout cela dans la joie et la bonne humeur, alors que demande le peuple?





Un papier bien écrit et un bon angle. Agréable à lire.
Good
Très bien ecrit bon article
Je rejoins Thomas sur la qualité de l’article! Néanmoins, faudrait il tempérer a mon sens la réflexion négative sur ce film.
Sans être « Bof », j’ai pourtant énormément ris!!! l’humour est particulier, je l’accorde, mais très fin! Nous pouvons avoir assez de recul pour ne pas prendre au premier degré les choses qui sont dites ou montrés dans ce film.
La critique des régimes totalitaires et de la dictature sont les points névralgiques du film tirés au trait satirique.
Ne m’en voulais pas d’avoir aimer cet humour satirique si rare de nos jours! Ne m’en voulais pas d’avoir aimer sans penser que la spontanéité avait été mise de coté… Bien au contraire à mon gout! le jeux des acteurs est incroyable par exemple!
Je pense qu’il faut prendre beaucoup de distance pour apprécier réellement ce film.
Sans « déchainer les passions », je pense seulement que certains aiment et d’autres non! c’est comme çà que ce monde est fait.
THE DICTATOR, restera pour longtemps à mes yeux l’un des meilleurs films à humour satirique. Il faut avoir du courage pour l’engagement politique que Cohen nous as montré réellement pour la première fois.