Laissez les guns, sortez les roses

Oubliez les clichés : le game est rempli d’amour

20 février 2012 . 3 commentaires
By Nico, in Featured, US Side

Si la figure maternelle est mise sur un piédestal, les relations entre les MCs et leurs pères sont souvent houleuses, parfois inexistantes. Pourtant, entre collaborations multiples et influences artistiques prononcées, la barrière entre les sentiments et l’inspiration artistique s’estompe, laissant place à une alchimie évidente. Oubliez les clichés du rappeur/gangster, de la pseudo existence placée sous le joug de l’illégalité et de la délinquance, oubliez les flingues et remplacez-les par des roses : les rappeurs sont des grands sentimentaux. Youssoupha, Common, Lil Wayne et Nas aiment leur papa, on en a la preuve.


Youssoupha et Tabu Ley Rochereau, l’amour à distance


« Je ne veux pas répéter avec mon fils les erreurs que mon père a commises avec moi ». Lors de son interview accordée à Neo Boto, Youss’ résumait en une phrase les relations que le natif de Kinshasa entretient avec son paternel. Mélange de respect et de défiance, d’amour et de déception, Youssoupha interprète et analyse, avec des rimes et une collaboration lourde de sens, « Les disques de mon père », livrée dans un écrin Jazzy. Mélodiquement symbolique et chargée d’émotion, cette association avec Tabu Ley Rochereau, chanteur Congolais à succès, met en exergue un paradoxe familial et musical entre absence et succès, jazz-music et rap. « Les disques de mon père » sont des vestiges du passé, que le père au cheveu sur la langue, lui-même victime de sa propre réussite, dépoussière avec parcimonie tout en en composant de nouveaux, à sa manière.


Common et Lonnie Lynn, je t’aime moi non plus


Criminel notoire, alcoolique et brutal, Lonnie Lynn a été un père à peu près aussi dégueulasse que la prétendue sex-tape d’Adèle. Deux choses que l’on veut à tout prix éviter de faire rentrer chez soi. Dans One Day It Will All Make Sense, Common évoque en détail le kidnapping dont sa mère et lui ont été victime, un soir où son père s’était de nouveau laissé enivrer par les vapeurs de l’alcool, énième métaphore d’un homme égaré entre douleur et haine. Sans sortir des sentiers battus, Common empruntera le même chemin que Lonnie Lynn, d’abord en tant que basketteur puis en sacralisant le spoken-word avisé de son père sur les Outro de la quasi-totalité de ses projets. Devoir d’hommage ou pardon métaphorique ? Les relations plus que compliquées entretenues par Common et son géniteur s’effacent le temps d’une poésie déclamée au détour d’un sample soulful, portée par une voix caverneuse, puissante et à la fragilité évidente. « Si j’étais un croyant, je pense que je croirais en le commencement. Au commencement de chacun » déclarait Lynn sur l’outro du dernier album de son fils. Lonnie Lynn, la rédemption poétique.


Lil Wayne et Birdman, les arnaqueurs


Un bisou sur la bouche, des millions d’albums vendus et autant de tatouages plus tard, Lil Wayne et Birdman clament à outrance leur amour réciproque. Recueilli dans le ghetto de la Nouvelle-Orléans par les frères Williams à l’âge de douze ans, le petit Wayne développe progressivement une relation sincère avec le MC à l’étoile rouge tatouée sur le crâne, allant plus loin que leur amour commun du billet vert. Sans aucun lien de parenté, Birdman et Wayne sont aujourd’hui à la tête d’un véritable empire, plus soudés que jamais. Like father like son.


Nas et Olu Dara, le bayou dans le sang


Du set de cornet sur « Life’s A Bitch » puis sur « Dance » jusqu’aux des arrangements vocaux couplés à du sory-telling sur « Bridging The Gap », la relation entre Nasir Jones et Olu Dara s’inscrit dans la durée et le respect. Superbe story-teller et jazzman, Olu Dara transmettra à son fils dans l’intimité d’un appartement de Brooklyn l’amour de la musique Afro-Américaine, le vieux bluesman étant lui-même un descendant direct des rag-times et autres minstrel shows, prémisses timides du Jazz. Si les ring shouts de la fin du XIXème siècle étaient l’expression des esclaves Africains, Nas s’orientera vers une version plus moderne de la révolte musicale, en posant des rimes acérées sur des beats à l’aura forcément jazzy. « Tu vois, je viens du Mississippi, j’étais jeune et un peu fou. J’ai atterri à New York City où j’ai un mon premier fils. J’ai appelé le garçon Nasir. Tout le monde l’appelle Nas. Je lui ai dit quand il était encore jeune qu’il serait le plus grand homme sur terre. ». Olu Dara a, à n’en pas douter, enfanté l’un des rappeurs les plus inspirés de tous les temps. Nasir Jones et Olu Dara, du bayou au goudron de Brooklyn, le talent et le respect comme dénominateur commun.


D’hommage en sincère collaboration, d’éloignement sentimental à ralliement artistique, les alliances père/fils dans le monde du hip-hop sont aussi rares qu’un nouvel album de D’Angelo. Le cliché est connu et redondant : le MC de base a été élevé dans un environnement hostile par sa grand-mère, sa tante ou sa mère, engrossée par un pseudo-gangster à la sauvette, absent et symbole du rejet d’une existence prédestinée. Quid de Youssoupha, Nas et Common ? Les deux premiers avec « Les Disques de Mon Père » et « Bridgin The Gap » ont sans aucun doute livré deux des meilleurs titres de leur carrière, tandis que Common s’offre le luxe de clore chaque album par un énoncé poétique saisissant. La musique adoucit les mœurs qu’ils disent.

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3 Commentaires
  1. SoWhat le 20 février 2012 à 18 h 23 min

    Joli article

    • Nico le 20 février 2012 à 19 h 51 min

      @SoWhat Nous te remercions, content que l’article t’ait plu :)

  2. Street Poet le 23 février 2012 à 12 h 11 min

    Excellent article