Le lien privilégié entre Murakami et la France

Murakami, l’homme de tous les Paris

13 juillet 2011 . 2 commentaires
By Sipowitz, in FR Side, Featured

Dans une des multiples galeries du monstre de l’art contemporain Larry Gogasian se trouve à Londres, jusqu’au 5 aoà»t, une exposition de nouvelles Œuvres de Takashi Murakami. L’exposition impressionne, elle ne ressemble à rien de ce que l’on a l’habitude de voir de l’artiste aux mille fleurs colorées. Des sculptures et des tableaux se concentrent sur le thème de la sexualité et de sa représentation. Cette fois-ci pas d’enfants qui aimeraient rapporter une sculpture dans leur chambre.
Voilà de quoi raviver la gué-guerre qu’entretiennent la
France et L’Angleterre depuis des siècles (R.I.P Jeanne D’Arc). Telle une contre attaque de l’Empire, la France ne se laisse pas intimider et renchérit elle aussi avec une exposition de Murakami à la galerie Perrotin jusqu’au 30 juillet. Faute de nouvelles Œuvres le galeriste français place son artiste au rang de génie de l’art, juste à coté d’Œuvres de Marcel Duchamp et de Joseph Beuys, l’expo s’appelle Duchamp, Beuys, Murakami, A History Of Edition.
Quelles cartes peut prétendre jouer la France dans cette bataille d’influence? Rappel d’une succession d’atouts…

Emmanuel Perrotin l’Ari Gold de Murakami

Qui des deux personnages, aujourd’hui mondialement reconnus, aura le plus profité à l’autre? On ne le saura jamais, l’important n’est pas là .
L’important est de voir le mythe qu’ils ont crée autour de leur rencontre. Back in 1993, le très jeune Emmanuel Perrotin (25 ans) rencontre à Yokohama au Japon lors de sa première foire de l’art, l’un tout petit peu moins jeune Takashi Murakami (31 ans). Ce dernier présente son travail et M. Perrotin saisi d’un coup de foudre, se rend compte que c’est l’auteur de l’Œuvre qui l’intéressait le plus sur la foire. Un peu plus tard, chacun remis de ses émotions, le galeriste envoie trois questions à l’artiste par fax (tous les détails d’époque sont bien ficelés). Murakami ne maitrisant pas le français lui répond 11 pages de BD. L’histoire d’amour peut commencer.
La suite n’est qu’une succession de risques et de réussites côte à côte. Lors de sa deuxième exposition au sein de la galerie française ils dépensent 8000 dollars pour une sculpture d’Hiropon (personnage phare de l’imagerie murakamienne), Perrotin tente de la vendre à 12000 dollars et n’en obtiendra que 10 000 pour pouvoir survivre. Le risque est récompensé des années plus tard quand la même Œuvre se revendra 500 000 euros, sans compter sa valeur actuelle qui en ferait pà¢lir plus d’un.

Louis Vuitton l’affaire est dans le sac

La France peut dans ce cas là revendiquer son statut de terre d’accueil, puisque c’est sur son territoire que l’artiste japonais a effectué sa première exposition personnelle. La célèbre Fondation Cartier pour l’art contemporain qui se veut visionnaire, présente en exclusivité Murakami et son univers kawaii (mignon) bizarroà¯de. Il venait de théoriser le mouvement artistique Superflat qui tente de brouiller les frontières entre art populaire et grand art avec des Œuvres sans aspérités, sans trace de fait main à l’image de nos sociétés société modernes, un abandon de la matière au profit d’un travail encore jamais vu sur la couleur. A ce niveau là , France ou pas, c’est le travail du génie artistique qui fait bien sur la différence.
Quoi qu’il en soit c’est lors de cet événement parisien que Marc Jacobs, le directeur artistique de la maison Louis Vuitton, se fait foudroyer tout comme Emmanuel Perrotin près de 10 ans plutôt. Dans une nouvelle aventure avec notre douce France, il lui fait décliner le monogramme de la marque pour la ligne d’accessoires printemps été de cette année là . C’est le début de l’explosion médiatique qui l’amènera vers Pharrell, le MOCA, Kanye West, le Guggenheim et la consécration de retour sur la terre promise, Le chà¢teau de Versailles.

Versailles mon amour

Après avoir développé son talent en France, il revient en conquérant pour apprivoiser les racines de la culture qui lui a fait confiance. Il impose ses Œuvres dans la galerie des glaces ou face au Sacre de Napoléon de David, en frappant à la porte de celui qui a toujours eu foi en l’innovation artistique, Louis XIV. C’est comme cela qu’est justifiée la légitimité de l’exposition qui fera polémique. La France symbole de culture, de liberté artistique et intellectuelle a aussi ses conservateurs.
Mais ce débat entre la confrontation de l’ancien et du moderne, Murakami s’en félicite, ne faisant que très peu attention au buzz crée autour de l’affaire. Et quel meilleur atout pourrait apporter la France que la réciprocité de l’amour qu’elle porte à l’artiste japonais? Lors d’une interview pendant son passage à Versailles on le surprend à dire « Depuis l’époque du japonisme, les Français ont eu la finesse de comprendre la culture japonaise en la replaçant dans un contexte ambitieux. Aussi, lorsque j’expose en France, suis-je plus nerveux et plus prudent que n’importe o๠ailleurs. Je m’efforce également de préparer les puzzles les plus difficiles qui soient et je prends un grand plaisir à voir le public en élucider les éléments un à un. » Un beau compliment qui scelle définitivement un lien particulier entre la créativité d’un artiste et un lieu qui préserve jalousement son génie.

« Jusqu’à l’arrivée de Larry Gagosian en 2007 aucune des galeries avec lesquelles il travaillait n’était encore connue » lance Emmmanuel Perrotin l’année passée, sous entendu « Mon cher ami Américain, tu es arrivé après la bataille ». Mais c’est de bonne guerre, il veut seulement rappeler que la France, et en grande partie grà¢ce à lui, a vu la naissance d’un artiste qui vaut aujourd’hui des millions.

Bonus: Les court-métrages d’animation réalisés par Murakami pour Louis Vuitton

Superflat First Love


Superflat Monogram

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2 Commentaires
  1. Nana le 13 juillet 2011 à 22 h 32 min

    Trop cool cet article ! J’avais vu l’expo au Guggenheim sans savoir qui il était et c’est vrai qu’après, en France, il s’est vite fait connaître !!

  2. Nana le 13 juillet 2011 à 22 h 34 min

    Ah oui aussi, chouette slideshow et le titre m’a trop fait rire ! Good job !