Un vieux de la vieille qui en a encore sous le pied

Lee Fields dans l’ombre de James Brown

23 mars 2012 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in Featured, US Side

On peut être un vieux de la vieille, ancien bourlingueur à la carrière musicale disparate et tardivement reconnue, cela ne fait pas pour autant de vous un has been. Fort d’un background qu’il traîne depuis plus de quarante ans, Lee Fields a tout de même fini par faire son trou malgré une longue traversée du désert entre les années 1980 et 1990, à l’heure où la Soul semblait avoir laissé le meilleur derrière elle. Revenu en trombe avec son sublime My World paru en 2009, le vétéran de Caroline du Nord revient ce mois-ci avec un nouvel opus à la saveur intacte et estampillé Truth & Soul. Portrait d’un homme qui ne lâche rien.

De labels en labels

Alors âgé d’à peine 17 ans, Lee Fields connait son premier succès d’estime. Repéré par Ray Paterson à New York, ce dernier l’emmène dans le studio du fameux Arthur Smith dans lequel a été enregistré l’indétrônable « Papa’s Got A Brand New Bag ». Fields est ivre de joie et empile sur un single Bewildered/Tell Her I Love Her paru chez Bedford. Cette entame signera une longue série de titres ponctuels égrainés ça et là au fil des années sur différentes écuries : Sound Plus, Norfolk Sound, London Records, Angle 3, Valley etc. Côté album, Fields devra se montrer patient, ne réalisant son premier opus, Let’s Talk It Over (et encore, c’est un bootleg), qu’à partir de 1979 alors que la Soul s’étiolait face aux hits mercantiles. Mais certains ont tendu l’oreille. Face aux ouragans boogie d’Earth Wind & Fire ou de Kool And The Gang (avec qui il fera les premières parties), le soulman garde les pieds dans le Memphis Sound tel qu’il apparaissait sur les disques de Stax dans les années 1960. Durant les années 1980, malgré la parution de singles presque oubliés par le principal intéressé, le natif de Wilson décide de mettre sa carrière musicale entre- parenthèses. C’est à partir des années 1990 que le vieux briscard se refait une santé grâce au titre « Meet Tonight » que le chanteur vend par centaines à la fin de ses shows. Entre 1992 et 1998 il embraye sur quelques albums dont le fameux Let’s Get A Groove On. Repéré par le futur fondateur de Daptone, Lee Fields marche vers la reconnaissance. Son sens du groove et du jeu de scène attire même Martin Solveig qui l’invite sur ses réalisations. Le cross over est troublant, et pour Fields la démarche semble honnête. Après avoir publié Problems chez Soul Fire, le grand public le (re)découvre avec My World en 2009 (Truth & Soul). Un album d’une finesse qui flirte avec la sensibilité 60′s et gorgé d’accents funk. Faithful Man suit, en toute logique.

L’entourage

Le milieu musical n’est pas réputé pour être le plus tendre. Rempli de requins à la recherche de petit poisson à se mettre sous la dent, de producteurs peu fiables et de managers faussement intéressés, Fields s’est frotté à toute cette faune parfois peu recommandable et responsable en partie d’un manque d’initiative néfaste. Heureusement pour lui, son expression artistique a pu bénéficier de la bienfaisance de personnes comme Kip Anderson, Sammy Gordon & The Hiphuggers, The Soul Providers et des gens de Daptone. Plus récemment, sa rencontre avec Jeff Silvermann et le producteur Leon Michels (producteur du combo El Michels Affair) lui ouvre les voies du succès. Les deux hommes lui façonnent un son soyeux orchestré par les Expressions et qui laisse assez de place pour afficher ce grain à la James Brown que Fields goûte tant. Sur sa dernière galette, Faithful Man, Lee Fields a voulu conserver la même équipe. Enregistré dans les studios de Soul Fire, là où Aloe Blacc donnera naissance à son désormais célèbre « I Need A Dollar », l’album aborde des textures musicales en partie proches de celles de My World (« You’re The Right Kind Of Girl », « Walk On Thru That Door », « Still Hanging On » ). Fields s’assure ainsi une place au chaud parmi les sorties de choix.

Truth & Soul : la valeur sûre

Fondé en 2004 par Leon Michels et Jeff Silvermann, Truth & Soul reste un label discret mais une valeur sûre pour les addicts de soul/funk. Dans leur catalogue, le contemporain côtoie quelques bijoux oubliés des 70′s à l’instar des Ghetto Brothers. Le label s’est d’ailleurs payé un ambassadeur charismatique en la personne de Lee Fields, véritable porte drapeau d’une maison de disques encore jeune mais déjà prometteuse (The Phenomenal Handclap Band est signé chez eux). Le chanteur ne s’est d’ailleurs pas trompé. Truth & Soul partage une même conception de la musique comme le prouvent ses deux bands orchestraux que sont El Michels Affair et les Expressions. Leur touche vintage fait mouche et arbore un son rafraîchi qui fait la part belle aux instrumentaux. Pour preuve, Faithful Man est aussi prévu en version instrumentale comme son prédécesseur. Fields a semble t-il trouvé la condition sine qua non de sa réussite.

A écouter :

Lee Fields & The Expressions - Faithful Man (Truth & Soul, 2012)

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