Un duo qui se fait plaisir
[Interview] Union : deux frenchies chez Fat Beats
Union. Derrière cette alliance musicale se cachent deux fondus de musique. OJ et Gold, un binôme formé au gré des rencontres sur les bancs de l’école dont le goût immodéré pour le rap US s’est imposé très vite comme le dénominateur commun. Repéré par iWelcome, le tandem a clairement décidé de se faire plaisir avec un premier album, Analogtronics, paru chez l’illustre Fat Beats et gavé des featurings alléchants tel que Talib Kweli, Roc Marciano, Doom, Guilty Simpson, Elzhi etc. A l’heure de la mondialisation, les deux frenchies prouvent encore une fois que tout est possible.
- Tous les deux vous avez des parcours différents. Comment est né Union ?
Gold : OJ bossait sur un album solo et il voulait des claviers sur certains morceaux. On était dans la mémé école d’ingé-son, la SAE. On a fait quelques sessions et ça s’est tellement bien passé qu’on a décidé de monter un projet commun.
- Analogtronics est votre première réalisation commune. Comment s’est déroulé le projet ?
On est tout de suite partis sur l’idée d’un album. L’idée était de faire un album d’instrus. Et puis on a fait un feat, un deuxième, on y a pris gout et notre son a un peu changé au fur et à mesure des prods. On ne les envisageait plus forcement comme des intrus. Quand on a eu cinq titres forts, on les a envoyés à tous les labels qu’on aimait. Fat Beats Records a très vite répondu et on a terminé l’album ensuite.
- Votre son semble très proche d’artistes comme Madlib, J Dilla, Black Milk, Dam-Funk, Oh No. Aviez-vous ces références en tête en réalisant cet album ?
Et pas qu’un peu. Les trois premiers que tu cites, ils sont notre base de départ. Dans nos premières prods, quand on s’est rencontrés, on essayait de se rapprocher de tel ou tel son de basse, ou de tel groove. Ça nous donnait une » base de sécurité », qui te permet de ne pas douter. Et puis au fur et à mesure on s’est libéré de ces tracks de référence et on s’est fait confiance mutuellement sans avoir besoin de comparer à tel ou tel artiste. On est pas des grands fans de Dam Funk, je trouve les prods un peu « cheap », mais c’est son style….
« Quand tu goutes aux feats, tu ne peux plus t’arrêter »
- L’album a d’ailleurs été mixé par Dave Cooley connu pour son travail sur les albums de Dilla, Madlib etc. C’était une question de filiation pour vous ?
On l’a pas pris comme ça. Le mastering, c’est tellement crucial. Tu peux passer des semaines à mixer et te faire pourrir ton son par un ingé mastering qui n’a rien compris à ta musique. Il fallait donc quelqu’un qui connaisse et qui ait déjà masterisé ce genre de prods. Ça s’est fait tellement naturellement, Dave a tout compris tout de suite, c’était exactement ça qu’il fallait !!
- C’est marrant que vous ayez un featuring avec Roc Marciano. Les sons sur lesquels il pose habituellement sont assez différents de votre morceau « Preset Mars ». Comment l’avez-vous découvert et pourquoi avoir fait appel à lui ?
Gold : C’est vrai que c’est drôle, Roc est bien plus « ghetto » habituellement. Il se trouve qu’il est aussi chez Fat Beats et qu’on voulait un featuring pour ce track. Roc a posé dessus et on a trouvé ça cool !
OJ : Et puis c’est aussi ce qui fait la qualité d’un bon MC : savoir s’adapter!
- Pour Doom ça a été ? Il est connu pour être un peu versatile non ?
Ça a été un peu rocambolesque. On a juste rencontré son manager après son concert au Bataclan, grâce à Hîm Mohammed (Chargé de relation) qui nous a beaucoup aidé dans le projet pour nous connecter avec les rappeurs et on est allé l’enregistrer à Londres.
- Avant de lire votre fiche sur iwelcome je me suis dit que cet opus aurait très bien pu être instrumental. Pourquoi ne pas avoir choisi cette voie ?
C’était notre première intention, c’est vrai. On voulait faire un ou deux featurings et puis faire le reste d’instrus. Mais quand tu goutes aux feats, tu ne peux plus t’arrêter ! Un artiste qui comprend la prod et se l’approprie, ça te propulse le morceau dans une autre dimension !
- Dans l’émission de Réel Carter vous aviez parlé de vos soucis scéniques. Est-ce que ça ne vient pas du fait que vous soyez tous les deux derrières vos instruments respectifs et qu’il n’y a personne au mic ?
En plein dans le mille. On chante pas, on appuie sur des pads et des touches, c’est pas hyper sexy. On est conscients qu’il faut un apport visuel. Mais on a trouvé les gars dont on rêvait et on commence à bosser sur un truc visuel fort ! les mecs sont aussi geeks que nous ! On est super impatients de mettre ça en place. Un rappeur/chanteur rempli énormément l’espace scénique, c’est quelque chose de plus parlant que deux musiciens derrière leurs instruments…….
- Est-ce qu’il y a un prochain clip de prévu ? Celui de « Time Leak » avec Talib Kweli était super bien réalisé.
Merci, oui il y aura « Wings feat. Elzhi » qui est réalisé par le vj des Stepkids (Stones Throw Records). On bosse sur d’autres pistes mais c’est pas facile, on veut des clips forts visuellement et ça coute très cher de faire de belles images…
- J’imagine que vous gardez toujours un œil sur les sorties rap américaines ? Qu’est ce vous avez aimé dernièrement ?
Oui bien sur mais pas forcément du rap :
OJ : « A friendly game of KT de 14KT », « Classic » de MED, « Torches » de Foster the people, « The english riviera » de Metronomy.
Gold : Pareil qu’OJ. de toute facon, on tombe souvent d’accord sur les albums. Je rajouterais L’album d’ Oddisee « Rock Street park », Opolopo pour son funk 80 ultra léché, Toro y moi, SBTRKT, Sola Rosa…. trop de trucs cette année ! Et si je n’en gardais qu’un ce serait James Blake, c’est frais, ultra musical, très avant-gardiste, c’est de l’art contemporain cet album !
- Dernière question un peu difficile. Si vous deviez choisir entre Dilla et Madlib…
OJ : Ahahah! J Dilla !
Gold : héhé, sans hésiter Dilla, c’est toujours mieux mixé et il est génial pour trouver les riffs.
A écouter :
Union - Analogtronics (Fat Beats, 2012)
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