Tous d'accord

Les chroniques du mois : Avril

30 avril 2012 . 3 commentaires
By Rémy, in Featured, US Side

Alabama Shakes - Boys And Girls (Rough Trade)

Aussitôt rangé dans la rubrique soul par ce bon vieux défaut journalistique qui tend à tout vouloir structurer, Alabama Shakes est un groupe plus complexe qu’il n’y paraît. Éduqué au son Muscle Shoals et au blues depuis l’enfance, Hearth Fogg le guitariste insiste aussi sur le rôle que le rock a joué dans leur sensibilité multiple. Signée sur l’éminent label londonien Rough Trade Records, la formation sudiste s’offre aujourd’hui un premier opus au charme certain. Emporté par la voix « joplinienne » de Brittany Howard, Boys And Girls est une jolie synthèse des divers courants musicaux que les membres affectionnent. « Hold On », « You Ain’t Alone », « Rise To The Sun », « Be Mine », sont autant de titres savoureux qui participent au succès de cette galette pleine de sincérité. - Crazyhorus -

Black Kent – Vendeur de rêves (Warner Music)

Sa carrière dans la langue de Shakespeare avortée, Black Kent revient à ses premiers amours, notre belle langue française pour un premier essai dont l’accouchement aura été difficile. Entre changements de labels et manque de promo, celui qui proposait un Yes I Kent très moyen il y a deux ans de cela, s’improvise en vendeur de rêves et cracheur de punchlines affamé. Parfait équilibre entre titres introspectifs (« Confessions », « Mes Chances ») et égotrips maitrisés (« Bart Simpson », « Blacky »), Black Kent surprend son monde et livre l’un des albums de rap français les plus crédibles de l’année. Rien que ça. Nous aussi, on reprendrait bien une dose de Blacky. - Nico -

Guizmo – La Banquise (Because)

Il nous a promis un album tous les six mois et il tient parole avec sa deuxième galette, La Banquise. Alors que son « debut album » était fort d’une certaine fraîcheur appuyée par un personnage au flow original et des instrumentaux sublimement travaillés. Un constat plutôt chaleureux qui deviendra glacial pour La Banquise. Au-delà du fait que le rappeur soit incapable de tenir une thématique tout au long d’un track, chacune de ses qualités se transforment en défauts. Musicalement, les beats sont très agressifs et, au-final, soit véritablement classiques, soit les samples sont franchement trop caricaturaux. Des caractéristiques qui s’accordent totalement avec les textes trop énervés entre Booba et Rick Ross (« Banlieue Dégueulasse ») entrecoupés d’interludes sentimentales (« Maman STP », « Guizmax ») ou plus dansantes (« J’aime la nuit »). Guizmo, c’est un peu comme un bourré en soirée. Au départ, il t’amuse et tu penses que vous allez délirer jusqu’au bout de la nuit, mais au final il devient carrément relou. - Ju’ -

Jack White - Blunderbuss (Third Man Records/Columbia)

L’ex-moitié des White Stripes souffrirait-elle du syndrome du cordonnier ? C’est la question que l’on peut se poser suite à l’écoute de Blunderbuss, premier effort attendu d’un des gratteux contemporains les plus convoités (Karen Elson, The Black Belles, Conan O’Brien, Black Milk, Joss Stone etc.) Échappé pour un temps de ses groupes The Raconteurs et The Dead Weather (rappelez-vous l’excellent Horehound en 2009), Jack White a décidé de se terrer dans l’obscurité de son Third Man Studio récemment déménagé de Detroit pour Nashville afin de livrer à un public impatient l’essence de son cru. Planté par RZA qui devait enregistrer avec lui un 45t, le natif de Motor City a profité de la présence des musiciens déplacés pour l’occasion afin de travailler ses propres compositions. En ressort un rock bien burné qui tire vers un lo-fi bien senti à défaut d’être surprenant. Les diverses influences (folk, country, garage) prennent gentiment place le long de ces treize morceaux blafards mais un poil décevants. On s’attendait tout de même à mieux. - Crazyhorus -

La Rumeur – Tout Brûle Déjà (Da Buzz Sarl)

Quatre ans que l’on attendait le retour du quatuor - remodelé en trio (Mourad étant de moins en moins présent) – le plus subversif du rap français sur long format. Quatre années au cours desquelles La Rumeur n’aura pas chômé, Hamé s’attelant sur des projets cinématographiques (“De L’encre”) quand Le Bavar et Ekoué publiaient une série de mixtapes (Nord Sud Est Ouest). Le trio a donc choisi de revenir en cet entre-deux-tours bouillant pour nous livrer un quatrième opus au titre évocateur et on ne peut plus explicite : Tout Brûle Déjà. Comme l’on pouvait l’apercevoir sur l’excellent single “Hors Sujet”, le combo a définitivement troqué les samples jazzy et autres boucles soulful pour un son âpre, lourd et brut de décoffrage. Tout Brûle Déjà poursuit le sillon tracé par Du Cœur à L’outrage et accentue l’image noire et ténébreuse du crew parisien. Certains regretteront forcément l’époque de “L’ombre Sur La Mesure” quand d’autres – comme nous – salueront la volonté de renouvellement perpétuel du groupe. La Rumeur au grand complet est enfin de retour, et putain que c’est bon ! – Esco -

Michael Kiwanuka - Home Again (Polydor Ltd. (UK))

Après avoir été considéré comme le nouveau Otis Redding (ou le nouveau Marvin Gaye, c’est comme vous voulez) par toute une partie de la presse musicale internationale, Michael Kiwanuka a enfin pu faire résonner sa soul personnelle et touchante à toute la planète. Son premier essai studio Home Again entend ainsi redonner à la soul une once de fraicheur à une époque où les plus grandes voix de ce genre commencent à nous quitter une par une (Etta James, Witney Houston, etc). En passant au-delà du single «Home Again» qui s’est révélé être l’interlude acoustique de cette année 2012, la diversité de cet album (Tell me a Tale, Rest, I Won’t Lie) prouve que Mr. Kiwanuka n’est pas un simple néo-crooner sans intérêt, mais qu’il mérite bien d’avoir été pendant des mois le «chauffeur de salle» de l’imposante Adèle pour pouvoir enfin inscrire son nom dans l’histoire de la soul britannique. - Vincent V -

Monica - Still Standing (RCA)

Après son retour dans les bacs il y a deux ans, Monica revient cette année avec New Life, son septième effort et successeur du réussi Still Standing paru en 2010. Produit par Rico Love, Missy Elliott, Jermaine Dupri ou encore Salaam Remi, la chanteuse a tenté de faire aussi bien, voir mieux, que son précédent opus et ce que l’on peut dire c’est que c’est pour le moins réussi. De ses duos avec Brandy et Wale sur respectivement « All Belongs To Me » et « Take A Chance » à des titres comme « Try » et « Time To Move On », les bons moments sont légions sur ce projet. Un album qui fait sensiblement du bien au R&B, un genre en grande perte de vitesse ces dernières années. - Rémy -

Nicki Minaj – Pink Friday: Pink Reloaded (Young Money/Cash Money)

Deuxième album pour la Barbie de Young Money, après un premier effort édulcoré au possible et dont le contenu frisait la médiocrité. Pour le second volet des Pink Friday, on prend les mêmes et on recommence. Entre mélodies aseptisées à outrance (« Sex In The Lounge ») et titres convenus (« Pound The Alarm »), Nicki s’égare dans un entrelacs de sonorités pop et électro, au détriment d’une démarche hip-hop, pourtant fondatrice de son identité artistique. Si l’album a trouvé son public, il éloigne la première dame du collectif dirigé par le beau gosse Birdman d’une orientation artistique définie et égare son auditoire dans un ramassis de titres calibrés pour les grandes ondes. Peine perdue. - Nico -

Reks - Straight, No Chaser (ShowOff Records/Brick Records)

Après le décevant R.E.K.S. (R.hythmatic E.ternal K.ing S.upreme) l’année dernière, Reks se devait de rattraper le coup cette année avec la sortie de son cinquième effort Straight, No Chaser. Un nouvel opus produit intégralement par Statik Selektah, une valeur sûre dans le game ces temps-ci (cf. Population Control, Well Done avec Action Bronson) ce qui ne peut que faciliter la tâche à un Reks dont le talent au micro est toujours unanime. Une association qui s’avère donc payante, en atteste ce projet idéalement produit de bout en bout ce qui a pour conséquence des morceaux de grande qualité, la preuve avec des tracks comme « Autographs », « Such A Showoff », « Break Ups », « Straight, No Chaser » et le bouquet final « 730 ». Un album brut de décoffrage comme on les aime. Attendons maintenant de voir ce que ça donnera le 24 juillet avec la sortie de son nouvel album REBELutionary avec le producteur Numonics. - Rémy -

Sébastien Tellier – My God Is Blue (Record Markers)

La furie médiatique entourant l’arrivée du nouvel effort de notre Dieu bleu national fut tout bonnement dantesque. Hissé au rang de classique des mois avant sa sortie par une presse indie rarement aussi unanime, My God Is Blue ne pouvait presque que décevoir… Et bien non ! La pépit(o)e bleutée de l’ami Tellier est bel et bien l’ovni dont tout le monde parlait. Une sorte de transe électro/funk phénoménale dont les effets sur le corps et l’esprit font plus de ravages qu’un cachet de MDMA. On ne saurait vous conseiller une piste en particulier tant My God Is Blue se vit du début à la fin tel un rituel chamanique ou un trip sous acide. Pas tout à fait la bande originale du “Enter The Void” de Gaspar Noé – mais presque – le nouveau cru de Sébastien Tellier risque bien d’hanter nos nuits pendant de très longs mois. On vous laisse maintenant imaginer l’adaptation scénique… - Esco -


Les notes de la rédaction


3 Commentaires
  1. BDK le 1 mai 2012 à 21 h 14 min

    Pas un petit mot sur l’album de Shurik’n?

  2. Esco' le 1 mai 2012 à 23 h 44 min

    Nous sommes contre les armes.

  3. NWA le 2 mai 2012 à 15 h 15 min

    Très drôle…Sérieux, vous ne parlez pas de son nouvel album, pourquoi ?
    Sinon, bonne découverte avec Séb Tellier, merci.