Analyse d'une personnalité à part de la scène hip-hop
B.O.B plane dans d’étranges nuages
Qui est B.O.B ? Fils de pasteur, élevé dans un environnement confortable, et dont la carrière rime avec succès commercial et reconnaissance artistique ? Ou MC torturé, ATLien souvent comparé à Andre 3000 et bouffeur de micro aux rimes introspectives? Après quelques Mixtapes à la réussite critique honorable et un premier album dont le contenu a laissé de nombreux auditeurs pantois, difficile de situer Bobby Ray. La sortie de Strange Clouds, deuxième livraison du MC épaissit d’autant plus le mystère autour de B.O.B. Décryptage d’un personnage à part de la scène hip-hop.
B.O.B et Miles Davis, même combat ?
A l’heure où l’essence même du rap est assaisonnée de touches pop, élctro, r’n’b ou rock pour satisfaire le grand public, difficile pour le natif de Caroline du Nord de se cantonner à un art brut de décoffrage et sans fioriture. A la différence de certains de ses homologues MC, B.O.B a plus d’une corde à sa guitare –sans prendre en considération la pseudo carrière de rockeur de Lil Wayne, évidemment -. Trompettiste, guitariste, pianiste et bassiste, le MC joue cartes sur table et fait preuve d’une polyvalence salvatrice qui lui permet d’envisager chacun de ses projets comme un patchwork d’influences diverses. Un éloignement du strict et étouffant cercle hip-hop qui symbolise, si besoin est, le relatif déclin d’un mouvement trouvant aujourd’hui son salut dans une scène underground en plein renouveau mais dont le succès commercial a depuis longtemps livré son dernier soupir.
Miles Davis, dans les années 60, constatant que son « cool jazz » n’attirait qu’un public réduit - le classique Kind Of Blue mis à part, intronisé album de jazz le plus vendu de l’histoire –, a mis sur pied un super-groupe de Rock fusion. Composé des meilleurs jazzmen de l’époque, le collectif avait dans l’optique de proposer une alternative aux artistes à succès du moment, entendez le déjanté Jimi Hendrix, le groovy James Brown et le funky Sly & The Family Stone. Une décision artistique qui engendrera le premier véritable album de Jazz-Rock, Bitches Brew, et dont l’orientation musicale, bien que douteuse, marquait la volonté d’évolution d’un artiste qui n’avait plus rien à prouver. Si la comparaison entre l’une des plus grandes figures de la musique afro-américaine et un MC dans la fleur de l’âge est lointaine, la démarche de B.O.B est sensiblement la même. La liste des invités de Strange Clouds, pourtant résolument hip-hop, dissimule un album au contenu éclectique, naviguant entre le folk de « Both Of Us », l’électrique « Out Of My Mind », la Pop de « Never Let You Go » et « Strange Clouds », inspiré du dub-step où B.O.B s’offre un solo de guitare. Une virtuosité évidente et parfaitement assumée, que l’on avait entraperçue sur le premier effort du MC, bien que camouflée par une teinte sudiste prépondérante. Celui dont les influences naviguent entre Crime Mob, Outkast, Lil Jon et David Bowie en passant par les Beach Boys ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’il prépare actuellement la sortie d’un album entièrement Rock, dont les premières esquisses ne devraient pas tarder à pointer le bout de leur guitare.
Entre introspection et démarche commerciale
A l’instar de T.I, avec qui il prépare un album collaboratif, B.O.B se joue de ses alter égos, les décrédibilise puis les porte aux nues , dans un jeu de rôle dont la pertinence limitée n’a d’égal qu’une fausse modestie. Sur le titre « Where Are You » le MC affirme sans détour « I never thought you’ll sell out and become so cocky, I asked you for a picture after your show, you walked right by me. I’m like, ain’t this the dude that said it ain’t about the price tag? Now on your records, all that you do is brag”. ; « Je ne pensais pas que tu te vendrais et deviendrais si prétentieux. Je t’ai demandé une photo après un de tes concerts et tu es passé devant moi sans me regarder. Je me suis demandé si tu étais bien le mec qui clamait que tout n’était pas relié à l’argent, maintenant sur tes albums, tu ne fais que te la raconter. ».
Un discours facile et qui décharge maladroitement le MC d’une réalité implacable : B.O.B a changé depuis l’époque où beaucoup le considéraient comme le futur Andre 3000, et où les Mixtapes Cloud 9, Who the Fuck is B.o.B? et Hi! My Name is B.o.B résonnaient dans les oreilles des auditeurs comme la promesse d’un avenir ensoleillé pour le rap Sudiste. Les édulcorés « Nothin On You », « So Good », et « Magic » plus tard, Bobby Ray s’est trouvé un public davantage sensible aux refrains chantés qu’aux allitérations et changements de flow et dont les figures de proue se nomment Nicki Minaj, Lil Wayne et Taylor Swift, plutôt que Big Boi, Andre 3000 ou David Bowie. Sans verser dans un enchainement de titres calibrés pour les ondes, B.O.B s’en sort honorablement sur son deuxième effort, un salut qui puise sa source dans d’excellents titres tels que « So Hard To Breathe », « Play For Keeps » ou « Bombs Away » où les qualités lyricales de l’artiste prennent le pas sur la simple démarche commerciale.
A la frontière entre Bobby Ray Simmons et B.O.B, entre rap acoustique et pop édulcorée, l’artiste est insaisissable. Celui que beaucoup avaient qualifié de simple « one hit wonder » après le succès de « Nothin On You » s’est imposé aux forceps dans une industrie vorace, et a fini par s’établir en tant que rappeur, chanteur et musicien crédible. Et puis qu’importe si il est finalement impossible de cataloguer B.O.B. Peut-être que sa place est là-haut, dans les étranges nuages qui planent au-dessus de lui.



