Un demi-siècle d'adolescence
Le Teen Movie à travers les âges
Depuis déjà une cinquantaine d’années, le teenage movie remplit les poches des producteurs. Indépendants comme mainstream, petits et grands réalisateurs se sont frottés à l’exercice du récit adolescent. À l’occasion de la sortie de « Kick-Ass 2 », Neo Boto pose son regard sur l’histoire d’un genre cinématographique extrêmement riche.
1961 - 1986
On pourrait s’interroger longtemps sur la question suivante : quel est le tout premier teenage movie ? En ce qui concerne l’industrie américaine, il est un produit d’après-guerre. « West Side Story » (1961) n’est probablement pas le premier film sur l’adolescence mais joue un rôle fondateur en remportant un succès marquant et donc précurseur de la floraison du genre. Histoires d’amour, guerres de gangs, les aspirations adolescentes n’ont dans le fond pas tellement changé depuis « West Side Story ». Seule la forme, un New-York à l’ancienne sur fond de racisme et de misère sociale, diffère. En ce qui concerne le fond, le teen-movie s’inscrit alors dans un monde extrêmement romantique : la musique y est un vecteur d’émotion très important. La société étant plus puritaine, le genre est encore très familial. La comédie musicale comptera plus tard à son actif un nouveau grand succès, « Grease » et son frétillant John Travolta (1978).
À la fin des années soixante-dix, George Lucas bouleverse à tout jamais le cinéma américain en sortant « Star Wars ». Dès lors, Hollywood s’intéresse de plus en plus au fantastique. Le teen-movie, comme le reste de l’industrie, suit la tendance dès le début des années 1980. C’est le cas de John Carpenter et de « Christine », sorti en 1983, où le cinéaste raconte l’histoire d’une voiture vivante exerçant un contrôle psychologique et émotionnel sur son possesseur. Ce qui peut paraître aujourd’hui désuet n’avait rien de ridicule à l’époque : Robert Zemeckis a bien fait voyager un adolescent dans le temps à l’aide d’une DeLorean dans « Retour vers le Futur » (1985). Autre teen-movie-thriller-fantastique incontournable, le « Blue Velvet » (1986) de David Lynch. Le film qui propulsa la carrière de Kyle macLachlan fut en terme d’univers le prequel de la série « Twin Peaks » et inspira également la teen-music contemporaine; en l’occurence l’univers vintage et adolescent de Lana Del Rey (voir le titre homonyme).
1999 - 2013
« Fermez les bibliothèques on a des PS3 ». La phrase est d’OrelSan et date de 2012, mais illustre parfaitement les mutations opérées entre le teen-movie des années quatre-vingts et le succès du cultissime « American Pie » en 1999. Les voitures volantes n’intéressent plus personne : désormais, on parlera surtout libération sexuelle et ingestion de litres d’alcool. Pionnier du genre, le récit du dépucelage de Jim Levenstein sera suivi par de nombreuses suites et par des comédies privilégiant largement l’humour au réalisme : « Scary Movie » (2000) et ses personnages dénués de cerveau ; « How High » (2001) et son thème unique : le cannabis, l’inévitable « Ali G » (2002)… La liste est tellement longue que la fin des années 1990 peut être considérée comme une véritable seconde naissance pour le teen-movie. Une nouveau départ placé sous le signe de l’humour et précurseur du What The Fuck?.
Tout un symbole, le What The Fuck?. Plus communément abrévié WTF?, son nom est une création directe de l’ère internet. L’ère internet ou le triomphe du geek, celui-là même qui lors des décennies précédentes se nourrissait plus de comics que de jeunes filles. Le nerd fut d’abord comblé par un renouveau du fantastique dont les principales références furent « Harry Potter » (2001) et « Twilight » (2008). Entretemps, la réussite des petits budgets « Superbad » et « Juno » (2007) donna un second souffle au récit adolescent et révéla de nouvelles têtes dans le business : Michael Cera, Emma Stone, Christopher Mintz-Plasse… Avec la montée en puissance du comic et de ses adaptations, ces jeunes acteurs s’imposèrent pour finalement tenir une place centrale au sein de l’industrie du teen-movie. « Scott Pilgrim VS The World » (2010), « Kick-Ass » (2010), « The Amazing Spiderman » (2012), autant de films nourris par la culture geek et souvent (mais pas toujours) par l’utilisation intensive du WTF?, enchaînement de situations absurdes et illustrées par de nouvelles références : bulles de comics, apparitions subversives de « 1-UP » à l’écran…
L’envers du décor
Limiter le teenage-movie aux films de genre serait oublier tout un pan de la création cinématographique indépendante. À cet égard, Harmony Korine fait figure de plus grand troll du cinéma américain. En 1995, il signa le scénario de « Kids » et de ses adolescents irresponsables atteints du sida. En comparaison, « American Pie » n’aura jamais semblé aussi puritain. En 2013, il récidiva avec la réalisation de « Spring Breakers », anti « Projet X » par excellence et énorme quenelle marketing en direction de l’industrie hollywoodienne. Mais Harmony Korine n’a rien inventé; il suffit d’embarquer à bord d’une DeLorean pour constater qu’en 1971, Stanley Kubrick imposait déjà dans « Orange Mécanique » sa vision futuriste d’une jeunesse gangrénée par l’ultraviolence. Différents teen-movies à la portée politique implicite : « Orange Mécanique » était un débat sur le libre-arbitre, « Spring Breakers » sur le totalitarisme de la culture pop.
Le Vieux Continent nous aura aussi offert quelques perles rares. Federico Fellini signa avec « Amarcord » (1973) l’un des films sur la jeunesse les plus réussis. Le récit autobiographique de l’enfance mussolinienne du cinéaste n’a pas pris une ride; il constitue en cela un tableau complètement intemporel de l’adolescence. Le film marqua de nombreux esprits, à l’instar de Cédric Klapisch. Ce dernier entretiendra l’héritage de son prédécesseur en intégrant dans « Le Péril Jeune » (1994) une référence directe à « Amarcord ». Romain Duris juché sur un panneau de basket hurle « je veux une femme ! » dans cet excellent portrait de la jeunesse parisienne de la fin des années 70. Quelques années plus tard, « L’Auberge Espagnole » (2001) serait le premier film à contenir du Daft Punk. Parmi les autres rares OVNI du cinéma français, « Les Beaux Gosses » (2009) est à ranger au rayon « culte ». Le dessinateur de métier Riad Sattouf y exposait par l’intermédiaire d’une mise en scène unique une vision de la loose et de la branlette située à la frontière du poétique…
Le teen-movie, il y en a pour tous les goûts. Tour à tour musical, fantastique, humoristique, absurde ou simplement personnel, il témoigne d’une double temporalité : le temps de l’industrie du cinéma d’abord, qui, en s’adaptant aux modes, constitue un témoignage visuel de son époque. Et un autre temps universel cette fois-ci, intemporel, que le spectateur, quel que soit son âge, vivra ou aura vécu : celui de l’adolescence.
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Marin Charvet





j’ai aimé l’article, mais je n’ai pas compris ta définition du teen-movie? Dés qu’il y à des djeuns dans un film ça devient un teen-movie? Orange mécanique un teen-movie? Ça fait vraiment bizarre de dire ça. Et comment parler de ce genre de film sans parler de BREAKFAST CLUB???!!!! Bon après je chipote…lol
Tout d’abord merci de m’avoir lu
Le teen movie n’a jamais vraiment été défini. J’avais originellement commencé l’article par une réflexion, justement, sur la définition du terme. J’aurais pu englober tout film comique qui ressemble à American Pie ou alors toutes les oeuvres qui touchent à l’adolescence. J’ai choisi le second choix car il était plus excitant. Voilà un article trouvé à l’instant sur google qui témoigne bien de l’ambiguïté du terme : http://thebloggerscinemaclub.wordpress.com/2013/07/09/review-livre-les-teen-movies/
Quand à Breakfast club je ne l’ai jamais vu… mais merci du conseil
J’allais exactement faire la même remarque sur Breakfast Club. Mais pas seulement Breakfast Club, en fait tous les films du Brat Pack peuvent définir parfaitement le teen movie des années 80.

Le Brat Pack est un collectif de jeunes acteurs (enfin jeunes dans les années 80), qui ont tournés essentiellement dans des films pour ados. Et dans Breakfast Club, on retrouve justement 5 de ces 9 acteurs
Et pour moi, la définition de Teen Movie n’est pas « film qui parle de l’adolescence », mais « film destiné aux adolescent »
Sinon bon article !