Yallah !

La Vérité fallait pas pousser

4 février 2012 . Pas de commentaire
By V for Vincent, in Featured, Urban culture

«Grandiose», «Enfin un troisième volet qui a de la gueule», Laurent Ruquier et Michel Denisot avaient même lâché «vous ne seraient pas trompé sur la marchandise». A côté de ça une campagne de promotion égalant un tsunami avec apparition des acteurs sur à peu près tous les plateaux télé (même dans le SAV), ces derniers martelant à qui veut l’entendre que le temps d’attente entre le 2 et le 3 été dû à un manque de qualité dans l’écriture du scénario. La Vérité Si je Mens 3 s’annonçait comme «la revanche du troisième volet», celle qui devait mettre fin à cette «malédiction» qui frappe tous les 3ème film français depuis quelques années. La presse scandait fièrement :

« Les déçus de Taxi 3, Astérix 3 et Les Bronzés 3 devraient y trouver leur bonheur. »

Dès le générique on sait que l’on va retrouver tous les codes qui forgent l’identité des épisodes de La Vérité Si Je Mens ; ambiance orientale oblige, les 4 éternels potes se retrouvent, bien qu’ils ne se soient jamais vraiment quittés. Avec Thomas Gilou aux commandes, les ingrédients sont bien tous réunis, on peut commencer la projection. La Vérité 3 se révèle au final bien plus complexe que les 2 précédents épisodes, le scénario aidant, l’arnaque tient toujours la route, et limite, plus elle est grosse mieux c’est. Sur un format un peu plus long, la chronologie du film est toujours la même (perte/voyage/recouvrement) et ça fait plaisir, mais ça s’arrête là.

Dans la Vérité 3, Thomas Gilou a gardé la même recette pour faire vivre ses personnages, distiller une humanité toujours plus poussée en fonction des épisodes. Les protagonistes ont donc bien pris en maturité mais gardent cette «bêtise» qui fait qu’on les aiment tant. Mais l’un des rôles qui impressionne le plus dans ce n°3 c’est Gilbert Melki. Toujours au top dans son interprétation de milliardaire narcissique, son histoire prend ce coup-ci une tournure de tragédie grec lorsqu’il tombe amoureux d’une agent des impôts venue chez lui pour un petit contrôle, l’idylle de ces deux extrêmes crée un paradoxe saisissant. José Garcia, la tête de turc reste dans l’état d’esprit du looser et prend son rôle de paria très à coeur. Limité jadis au poste de bouffon, José Garcia acquiert une part plus importante dans la Vérité 3, il sera d’ailleurs l’instigateur d’un climat de tension/trahison assez poussé entre les 5 potes, élément nouveau et propre à la Vérité 3. Richard Ankonina reste le caractère central (entendez par là, c’est lui qui trouve toujours l’arnaque de fin) n’évoluant que trop peu. Vincent Elbaz, en grand re-pêché de la première époque apporte ici une touche d’humour assez spéciale même si son personnage demeure l’un des moins intéressant de la trilogie. Et Bruno Solo est lui sorti des tables de poker pour venir se remplir les poches sur La Vérité.

On sent également chez certains anciens une perte de régime qui déçoit un peu tellement leur rôle aurait pu être mieux exploités : Elisa Tovati d’une naïveté déconcertante. Aure Atika, fidèle à son charisme inexistant n’a jamais été essentielle à l’histoire, tandis que Amira Casar re-bascule dans l’adolescence en retournant à la fac, pour qui, pour quoi, on ne sait pas. Seul Enrico Macias sort la tête de l’eau en proposant des scènes assez drôles où il se découvre acteur.

Finalement, même si on est nostalgique d’une époque ou d’une amitié qui lie 5 potes, il fallait, pour ne pas paraître trop fade, ajouter un peu de neuf dans tout ça. Léa Drucker joue à merveille son rôle de contrôleuse des impôts à la fois fascinée et révoltée contre Patrick Abitbol. Cyril Hanouna, même si il garde toujours cette hyperactivité signé VirginRadio, se mêle comme un gant à l’équipe des 5 (au point qu’on envisage sans difficultés un n°4 avec ce nouveau venu). Ces personnages enrichissent largement ce nouvel épisode en créant une multitude d’histoires parallèles pas dénuées d’intérêt : L’Idylle entre Gilbert Melki et Léa Drucker, la polygamie de Cyril Hanouna etc…

Avec un monde scénarisé qui évolue, on passe naturellement de l’univers du Sentier dans la Vérité 1, à la grande distribution dans le 2 et finalement à la mondialisation dans le 3. Les personnages surfent sur un humour par moment assez léger, tout en usant de clichés folkloriques plutôt sympathiques (l’accent, le diner asiatique et son «zoo» dans l’arrière salle, etc). Le chinois est au début l’ennemi naturel et deviendra au fil de l’intrigue un allié de poids dans la mise en place de l’arnaque.

Pour finir, soyons honnête, même si La Vérité 3 n’est pas aussi bâclée qu’un Taxi 3, il n’est pas non plus le petit bijoux scénarisé qu’on nous avait annoncé. De plus, sachant que des journalistes n’avaient pas été conviés à l’avant première par peur des mauvaises critiques, la projection s’entamait avec des a priori. Avec une bande annonce qui concentre les meilleurs gags du film, la pellicule laissée aux spectateurs se révèle assez opaque et on aurait presque des regrets de voir cette si belle brochette d’acteurs se casser la gueule.

La Vérité fallait pas pousser

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