NeoBoto revient sur le dernier opus des Doors

L.A. Woman : le mythe des Doors renaît

30 janvier 2012 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in Featured, US Side

L’occasion était trop belle pour ne pas la saisir au vol. L.A. Woman, mythique dernier opus des Doors est aujourd’hui réédité afin de célébrer son 40ème anniversaire sous la houlette de l’excellent label Rhino connu pour la pertinence de ses choix musicaux. Agrémenté de quelques morceaux inédits et retravaillés, cet album légendaire conservera malgré tout sa force de caractère ainsi que son génie ; celui d’un groupe macrocéphale incarné par le mystique Jim Morrison qui signera ici son œuvre ultime avant d’aller fleurir le cimetière du Père Lachaise.

La genèse

1967-1971, deux bornes chronologiques essentielles dans la discographie des Doors. Avec un premier album éponyme en 1967, qui marquera à jamais l’histoire du rock et cet opus de 1971 dont la valeur artistique n’est plus à prouver, le band de Morrison s’est offert un salut pour l’éternité dans le cœur des rock addicts. Si le premier s’était payé le luxe d’un traumatisme public en accompagnant de ses paroles hallucinatoires et subversives la guerre du Vietnam ou mai 68, le deuxième a fait l’effet d’un méchant contre-pied, là où peu de personnes ne s’attendait à revoir le groupe de la Cité des Anges à une telle maîtrise de leur art. Car la genèse de L.A. Woman n’a pas été sans accroc. Depuis l’émeute de Newhaven en 1967 en passant par l’épisode de sex-scandal de 1969 à Miami, la communication entre le chanteur et les musiciens est restée pour le moins tendue. Ray Manzarek temporise comme à son habitude mais la situation se dégrade. Malgré les inimités passagères et les irritations palpables, les Doors s’accordent en 1971 sur la création d’un nouvel album au titre tinté d’un double symbolisme. L.A. Woman sera leur collaboration ultime, déjà chacun prévoit de quitter le groupe par la suite.

« J’amène le chaos dans mes paroles, les autres ramènent l’ordre en musique » Jim Morrison


City of night, L.A. Woman

Enregistré en l’espace de dix jours au 8512 de Santa Monica Boulevard dans les locaux du groupe, L.A. Woman fait office de véritable tour de force en matière de rapidité et d’efficacité. Avec pour unique matos une console de mixage, un 8-pistes et une salle de bain, les Doors se libèrent des contraintes intrinsèques aux séances studio et se séparent dans la foulée du producteur de leurs débuts, Paul Rothchild. Seuls invités autorisés, le bassiste d’Elvis, Jerry Scheff et le guitariste Marc Benno épaulent avec brio les envolées instrumentales de Ray Manzarek et les riffs de Robbie Krieger. Quant à Morrison, ex-chanteur glabre et icône sexuelle indétrônable, les années de sévère biture ont eu pour effet de lui rendre un grain de voix grave parfait pour le répertoire blues. Car il s’agit bien de blues ici. Alors que Morrison commençait à s’interroger sur le futur du rock et sa capacité à se réinventer, le quatuor retourne aux racines de la musique noire (leur tournée avec Canned Heat y est peut être pour quelque chose) tout en y injectant une micro-dose de rock bien senti.

Ode à la femme, mais surtout fabuleux voyage nocturne dans les rues de Los Angeles où la nuit à défaut d’endormir les sens, les excite au plus haut point. Le style presque boogie du titre éponyme mélange ainsi rythmes trépidants et crescendo haletant sur lequel Morrison scande son anagramme schizophrénique « Mr Mojo Risin’ ». L’album dépouillé de toute complexité, s’est en revanche chargé d’un son massif façon John Lee Hooker dont le titre « Crawling King Snake » ici repris par Morrison, sonne dans sa bouche comme une évidence. L’alchimie des débuts que l’on croyait disparue revient en flashback. Chacun retrouve ses automatismes, et Manzarek dont la main gauche est libérée des basses, se lance dans des envolées instrumentales dont il a le secret. Quand « L’America » - intégré au départ à la BO du film Zabriskie Point d’Antonioni puis rejeté - s’enfonce dans des méandres délicieusement hallucinogènes, « The Wasp » délivre de son côté une frappe sèche et une rythmique millimétrée. Comme un adieu pour un trip éternel sous mescaline, « Riders On The Storm » conclu le chef d’œuvre avec un équilibre admirable entre symbolisme poétique et voyage extralucide reposant sur des notes d’orgue éthérées.

Mais déjà Jim est loin, il a pris le premier avion pour Paris concluant de fait quatre années d’une prodigieuse intensité.

Aucun Commentaire