Il m'a regardé, je l'ai regardé...
NeoBoto donne enfin son avis sur bref
Parler de Bref en février 2012 c’est tellement septembre 2011…
Au delà de l’avancée de l’année télévisuelle, ne donner notre avis que maintenant sur le programme phare du Grand Journal nous permet de ne pas passer pour les vautours que beaucoup ont été quand ce mec au blaze imprononçable est apparu sur nos écrans. Comme un bon vin, on a laissé passer du temps pour pouvoir vous faire déguster notre vision de cette série qui a pour titre un adverbe. Bon, sans plus attendre, voilà ce que les membres de la rédaction de NeoBoto ont à dire sur Bref.
Apparemment, Bref c’est l’histoire de trois jeunes qui ont crée un programme sans se faire influencer, guider ou censurer par leurs aînés. Comme Booba a fait Bercy « tout seul », ils sont arrivés au Grand Journal « tout seul », certes. En tout cas, au niveau de l’esprit, plus qu’une photographie de notre génération, Bref offre à celle-ci exactement ce qu’elle veut en matière de divertissement humoristique. Ça a commencé avec L’autre c’est moi de Gad Elmaleh et fleuri chaque jour avec toute la bande de Norman fait des vidéos. On veut qu’on nous parle de nous, des détails ennuyeux de notre quotidien pour pouvoir s’y reconnaître, devenir un personnage principal et se sentir intégré dans une masse. Bref nous l’a apporté dans une forme innovante, maîtrisée et non contraignante (on peut tout à fait se permettre de perdre 1 minute 40 chaque jour).
Par contre, impossible de dissocier ce produit frais de son hôte Le Grand Journal, qui après une période faste en est réduit à l’état de congelé, réchauffé et recongelé, tant la promo insiste sur le fait que Bref appartient à l’émission de Canal +. Dans un dernier élan, un Michel Denisot et son programme branché sur pilote automatique ayant perdu toute spontanéité, s’accroche - à en faire de la peine - à ce buzz qu’il aurait offert à la France, au point d’inviter à deux reprises l’équipe de jeunes trentenaires sur son plateau. À quand l’interview d’Arianne Massenet ?
Bref, c’est un peu la série qu’il est impossible d’avoir raté l’année dernière. Pour vous dire, hier encore, Robinson Crusoé nous disait qu’il accrochait pas mal. Faut dire que le concept est relativement sympa : des épisodes de deux minutes, avec un personnage des plus banals dans lequel chacun peut se retrouver, c’est un peu comme si t’espionnais la vie de ton voisin d’en face avec des jumelles. Concrètement, il n’y a rien d’exceptionnel, mais la façon dont c’est mis en scène est juste terrible, et t’as aucunement envie de louper le moindre détail.
À côté de ça, la cote de popularité de Kyan Khojandi a grimpé en flèche d’une façon folle. Il y a six mois, il prenait le métro et hier encore il paradait avec Kim Dotcom et Jay-Z dans son nouveau yacht. Le rêve américain sérieux.
Au début, certes on rigolait bien à l’idée d’entendre le Père Denisot annonçait, tout fier : « Bref, aujourd’hui j’ai un plan cul ». Mais bon, six mois plus tard et déjà une saison écoulée, qu’en est-il du concept ? Si on veut parler du Daron du Grand Journal, son état de pâmoison devant l’équipe de Bref est égal au nombre de fans que la série accumule : très grand. Mais pour le reste ? Il n’aura fallu qu’un ou deux épisodes pour comprendre la supercherie, la moitié devient finalement le maître mot de l’histoire, et notre crédulité en prend un coup. Un mec à moitié gros, à moitié chauve, qui est à moitié au chômage, et qui a une moitié de relation avec son plan cul a décidé de nous raconter brièvement à quoi peut ressembler la vie d’un trentenaire à Paris qui change de chaussures un épisode sur deux (les fans de sneakers ont le sens des priorités). Tout comme l’histoire qu’il vit avec « cette fille » chez qui il s’installe, on a du mal à croire que la fine équipe de Bref soit comme un passage chez Total : le fruit du hasard. Il suffit de gratter un peu pour découvrir que le cru 2006 du Jamel Comedy Club est bien recyclé et qu’on fait profiter du succès de Bref à toute la chaîne numéro 4 : Kyan Khojandi offre du rab’ à toutes les émissions en clair. Finalement, bosser pour Canal +, c’est un peu comme la stratégie marketing de feu Steve Jobs : dès que tu commences à acheter chez eux, il faut que tu continues.
« Bref » a ceci de commun avec les réseaux sociaux, celui de faire de quelque chose d’anecdotique un micro événement aussi inintéressant soit-il. Autant dire que le nombre de sujets est quasi intarissable quand on sait combien nos vies de simples mortels regorgent d’épisodes cocasses, tragiques et en apparence totalement insignifiants. Alors prenez la voix d’un type un peu blasé, un trentenaire adolescent un peu looser et légèrement dégarni, un sujet ultra banal, le tout compressé dans un épisode de moins de trois minutes et vous obtiendrez la recette de « Bref ». Efficace, concis, et souvent autodérisoire, ce rendez-vous quotidien a fini par s’imposer sur nos écrans avec une certaine humilité. Si un jour l’envie vous prend de chercher l’origine de ce format court, n’hésitez pas à vous plonger dans le film « Les Lois de l’Attraction » dont une scène particulièrement marquante a inspiré cette petite équipe.
Gil Scott-Heron a eu beau crier sur tous les toits que la révolution ne sera pas télévisée, c’est pourtant de la petite lucarne que s’est échappé le plus gros buzz médiatique français de l’année. Bref, ou quatre lettres qui ont fait couler beaucoup, beaucoup d’encre… pour pas grand chose ! Car en soit, la série enfantée par la chaine cryptée n’a de bouleversant que le phénomène social qui l’entoure. Mis à part son montage cut ultra nerveux et ce Kyan qu’on a envie de biser tellement il a l’air cool, Bref est aussi anecdotique que son intitulé. Sauf que ce succès va bien au-delà de l’amusement passager. En quelques mois, la série est devenue un mode de vie, un leitmotiv pour une frange de la population symbolisée par l’émergence de cette génération Y qui envahie l’espace public et médiatique depuis septembre. Ah oui, j’oubliais, le feuilleton a également remis le Sopalin au goût du jour… Bref, j’retourne me gausser devant les conneries de Norman Thavaud !
L’objectif de Bref est simple : mouler notre quotidien d’une forme originale et dynamique. Mais est-ce que cela mérite 41 épisodes et les nombre de saisons incalculable auquel nous auront le droit dans la décennie à venir ?
Le tour de force des premiers épisodes était incontestablement réussi, en effet sa puissance narratrice et sa réalisation virevoltante ont rapidement fait de Bref le mot à la mode. Cependant, le format de deux minutes lasse rapidement de ce personnage qui est censé nous ressembler dans sa vacuité, et nous amuser dans ce miroir LCD (ou cathodique pour les plus pauvres). Alors quand la vibe est bonne et le concept bien trouvé, chacun ri aux éclats. Mais quand on apprend qu’il emballe sa dinde, on s’en tamponne. Cette distance qui nous identifiait aux personnages perd en saveur et permet à chacun de regarder les épisodes qu’il a raté une fois tous les trois mois et ainsi trouver en 20 minutes de ratées une demi-douzaine intéressante. Finalement, la série aurait dû s’arrêter à l’épisode : Bref, je suis comme tout le monde.
Les plus belles révolutions sont les plus courtes… Après, il faut apprendre à construire !




