"Je connais bien David Lynch"

Jon Hopkins, de Coldplay à la Boiler Room

17 décembre 2013 . Pas de commentaire
By Esco', in US Side

En se penchant de plus près sur les douze prétendants au vingt-et-unième Mercury Prize*, on constate que trois d’entre eux sont rattachés de près ou de loin à la musique électronique. Preuve, si l’on en doutait encore, de l’impressionnante dimension qu’ont pris les machines en l’espace de quelques années. Parmi ce trio : les inévitables frangins Lawrence de Disclosure et leur album mondain Settle, le grand (au sens propre comme au figuré) James Blake et son sublime Overgrown, et puis un certain Jon Hopkins… Si l’on creuse encore davantage dans l’histoire du célèbre Graal britannique, on s’apercevra que ce même Hopkins faisait déjà partie de la douzaine de nominés pour l’album de l’année 2011. L’œuvre en question s’appelait Diamond Mine et fut co-réalisée avec le chanteur folk King Creosote. Ce coup-ci, c’est en solo que le londonien est venu défendre son bifteck, avec un disque qui n’a plus grand chose à voir avec la folk du roi écossais. Vous avez dit diversité ?

De formation classique

À l’écoute de Immunity, quatrième et d’assez loin meilleur opus de Jon Hopkins à ce jour, on s’imaginerait à peu près tout sauf que le bonhomme nous sorte qu’il n’a pas du tout été bercé par la culture club et encore moins par les scènes techno de Détroit ou Berlin. Comme son dernier-né ne l’indique pas, Hopkins est plutôt de ceux qui sont tombés fous amoureux d’un instrument à cordes frappées appelé piano et des partitions de Maurice Ravel, Poulenc, Bartok ou Stravinsky. Drôle de parcours pour ce trentenaire que l’on aurait volontiers imaginé résident de je-ne-sais-quelle boîte européenne à la mode. Ce que le grand public sait peut-être moins, en revanche, c’est qu’avant les couronnes de lauriers et les inflexions techno de Immunity, Jon Hopkins a d’abord brillé dans l’ambient et l’electronica sur ses trois précédentes galettes. D’où son accointance plus que marquée avec le maître en la matière : Brian Eno. Pour remonter aux premiers véritables essais bruitistes du sieur Hopkins, il faut se pencher sur 2009 et l’album Insides sur lequel traînaient des titres comme “Vessel” ou “Insides”, en rupture totale avec l’ambient de Contact Note et Opalescent. Tout en conservant ses racines classiques et son amour pour le piano, Jon Hopkins commençait à faire les yeux doux à l’IDM et à expérimenter de nouvelles textures sonores. Un choix non-délibéré qu’il ne parvient d’ailleurs pas à nous expliquer pleinement :

Mes chansons sont très abstraites. Je compose ma musique à l’instinct, sans vraiment la mentaliser ni la penser au préalable. Dans ce sens, c’est peut-être un reflet de mon esprit. Mais à vrai dire je ne crois pas tellement en ce qui est réfléchi et imaginé à l’avance.”

De la transe naît la danse

Si l’anglais assure ne pas être de ces artistes chez qui la musique est minutieusement étudiée, il avoue en revanche avoir ressenti un besoin certain de faire danser les gens avec le projet Immunity. Comme il nous le confia lors de notre entrevue au moment du festival Scopitone (Nantes) en septembre dernier, Hopkins est un homme qui se plaît à créer des atmosphères, quitte à conduire ses auditeurs vers des états proches de la transe. Des ambiances hypnotiques, il en est aussi question dans le cinéma, branche de l’art que le pote de Brian Eno affectionne tout particulièrement :

Je connais bien David Lynch. La première fois que l’on s’est vu c’était aux Etats-Unis, puis ensuite dans son bar, à Paris, au Silencio. C’est un type incroyable.

Si l’on attend de pied ferme une collaboration sérieuse* avec le réalisateur de Mulholland Drive, Jon Hopkins s’est déjà frotté au septième art via la bande-originale du film Monsters de Gareth Edwards qu’il a entièrement composée en 2010. Un passage au grand écran logique quand on connaît l’attrait de l’artiste pour les albums bâtis sous forme de voyage initiatique.

Taillé pour gagner

En cette fin d’année et à l’heure des bilans en tous genres, un constat est sans appel : Jon Hopkins a marqué des points en 2013. Entre un quatrième effort adulé des Etats-Unis à la France, une tournée marathon qui l’a mené de Sydney à Montréal et qui se prolonge jusqu’en mars 2014 (minimum), le garçon a de quoi sourire. Ne manquait plus qu’un passage remarqué dans la désormais incontournable Boiler Room pour clôturer une année en roue libre et asseoir définitivement son “électro-crédibilité”. Ce qu’il fit - bien entendu – dès le mois de juin, histoire d’assurer comme il se doit la promotion de sa nouvelle pépite.

Après avoir tapé dans l’œil de Brian Eno puis dans celui de ses voisins londoniens de Coldplay qui l’invitèrent illico-presto à jouer quelques notes sur leur best-seller Viva La Vida (nous sommes alors en 2008), voici maintenant l’ami Hopkins cul et chemise avec toute une frange de la musique électronique d’ordinaire peu encline aux artistes de sa trempe. Quand on se penche sur le cheminement accompli par cet anglais de 34 ans, qui sait ce qui se passera demain ? Ce n’est pourtant pas faute de lui avoir demandé : “Je ne sais vraiment pas ce que le futur me réserve. Je pense que la musique doit toujours être une question de feeling”. Le feeling, l’arme idéale pour rendre un Jon heureux.

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- Morgan Henry -
@Esco

- À écouter : Jon Hopkins - Open Eye Signal (tiré de l’album Immunity)
- À écouter : Jon Hopkins - Collider (tiré de l’album Immunity)
- À voir : Jon Hopkins en live à la Boiler Room

*Le Mercury Prize récompense le meilleur album britannique de l’année écoulée
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Jon Hopkins a remixé le morceau “I Know” signé David Lynch et présent sur l’album Crazy Clown Time (2011)

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