“On va enregistrer une version de “Get Lucky” en arabe"

[Interview] La Femme/Aline, pop en stock (Part.2)

2 juillet 2013 . Pas de commentaire
By Esco', in FR Side

Jeudi 6 juin 2013, Nantes, Stereolux. Les biarrots-parisiens de La Femme foulent les travées de la salle nantaise pour la seconde fois déjà, après une rapide venue lors du festival Les InRocks à l’automne 2011. Entre temps, le groupe a sorti un premier opus, Psycho Tropical Berlin, qui affole la blogosphère française et le milieu pop moderne. Même son de cloche pour les marseillais d’Aline qui, grâce à leur tube “Je Bois Et Puis Je Danse”, ont tapé dans l’œil d’un large public friand de guitares surf et de riffs ensoleillés. Et le public ne s’y trompe pas : plus de trois semaines avant la venue des deux groupes, le Stereolux affiche complet. C’est dans les loges feutrées de la salle nantaise qu’Aline et La Femme nous donnent rendez-vous pour trois bons quarts d’heure d’entretien sans équivoque, entre power flower et psychédélisme. Une discussion “à la cool” où il est aussi bien question de The Cure, Fauve, que de drogues ou de surf-music.

- Propos recueillis par Morgan Henry (@Esco) -

- Aline, vous êtes vraiment plus punk sur scène que sur disque. Est-ce vos influences qui vous trahissent ?

Marlon Magnée (La Femme) : C’est juste qu’en studio tu es posé alors qu’en concert tu bois, y’a du monde, t’es excité.

Romain Guerret (Aline) : C’est plus tendu quoi. Nous on adore les Ramones et les Buzzcocks, donc à un moment donné quand tu joues sur scène ça se ressent. Au départ, c’était parfois trop rock. Maintenant on arrive à être tendu en restant propre. Ce que j’aime c’est la tension nerveuse, mais il n’y a pas besoin de faire un barouf énorme.

Arnaud Pilard (Aline) : L’intérêt c’est aussi d’offrir un concert différent de l’album.

Romain Leiris (Aline) : On a quand même appris à retenir les chiens car il y a eu des concerts au début où on basculait carrément du côté des chiens. Ca jouait à dix mille à l’heure !

Sacha Got (La Femme) : Ouais c’est chiant les concerts tout mous, les mecs sont là…

- La Femme je vous ai vu pour la dernière fois au festival de Dour l’année dernière. Est-ce qu’il y a de gros changements scéniques, je pense par exemple au morceau “It’s Time To Wake Up” qui devait initialement durer quinze minutes. Sur scène, vous pouvez pousser les chansons dans ce genre de délire ?

M.M. (La Femme) : Ça c’est si le public le mérite, s’il est vraiment en interaction.

S.G. (La Femme) : Mais globalement c’est comme sur l’album.

- Aline on vous sent vraiment déconnecté de ce courant psychédélique, yéyé, que dégage La Femme. Je me trompe ?

R.G. (Aline) : Ah non, tu ne te trompes pas. Enfin j’aime beaucoup les yéyé, Stella, les trucs comme ça. Mais le psyché j’ai jamais été trop là-dedans, je suis pas un grand fan. J’aime bien les Birds mais c’est pas franchement psyché.

M.M. (La Femme) : Il y a psyché et psyché. Il y a les trucs un peu perchés, genre là j’ai écouté un groupe de folk trop ouf qui s’appelle Malicorne, je sais pas si vous voyez ce que c’est ? Les mecs sont en mode folk moyenâgeux avec des luths et tout, c’est ouf.

- Et ça c’est psyché ?

M.M. (La Femme) : Oui pour moi c’est psyché quelque part. Psyché ça peut aussi être le fait de rester sur une note. C’est mental, c’est de la musique pour être en transe.

- Est-ce lié aux drogues ce style de musique ?

M.M. (La Femme) : Non, pas du tout. Après, d’un côté, ça peut être cool d’en prendre.

S.G. (La Femme) : Ouais mais c’est fini les sixties, ça n’a plus rien à voir.

 

- Ça ne vous fascine pas plus que ça ?

M.M. (La Femme) : Si, c’est fascinant mais après voilà…

S.G. (La Femme) : Y’en a qui ont mal fini.

- D’après vous, est-ce qu’un album conceptuel est forcément mieux perçu aux yeux de la critique qu’un simple disque de pop songs ?

R.G. (Aline) : Nous, on a dit qu’on faisait de la pop et ça ne va pas chercher plus loin. C’est clairement annoncé. Après ça fait peut-être un peu plus sérieux quand tu conceptualises.

M.M. (La Femme) : Ouai c’est ça, t’as l’air intelligent (Rires). Moi je pense à un projet que j’ai envie de conceptualiser c’est le projet Pi. Tu fais un album de 3,14 et tu retrouves tout en chiffres 3,14 dans les degrés des notes, dans le minutage, dans les centimètres de ta galette. Ca s’appellerait Pi et il y aurait le chiffre 3,14 partout. Je pense que ça pourrait être intéressant au niveau de la musique.

- Je vous demande ça car souvent la critique raffole de ce genre de choses. Le fait de rester trois ans en studio à tout peaufiner. Il n’y a qu’à voir l’accueil du dernier Daft Punk.

R.G. (Aline) : Mais moi je ne le trouve pas conceptuel. Je le trouve nul mais bon…

M.M. (La Femme) : Il y a des chansons-concept quand même. La chanson avec Giorgio Moroder elle est concept. Mais l’album n’est pas un concept. Enfin si, le concept c’est de collaborer avec des artistes.

S.G. (La Femme) : Les concept-albums c’est des mecs qui ont fait des films où tout s’enchaîne, genre les trucs de Pink Floyd, Mélodie Nelson.

- Vous, Aline, votre titre le plus conceptuel serait à la rigueur le premier, “Les Copains”. Cette sorte de thème d’ouverture qui raconte une histoire.

A.P. (Aline) : C’est un thème trop fort pour mettre du chant dessus.

R.G. (Aline) : On revient au surf. C’est juste un instru entre François de Roubaix et Cure.

S.G. (La Femme) : Des fois quand la musique va il n’y a pas besoin de dire de conneries par dessus.

 

- Vous créez tous les deux la musique avant les paroles. La Femme, dans quel cas sentez vous le besoin de mettre des paroles ?

M.M. (La Femme) : Ça nous arrive parfois, genre une fois sur quarante où l’on a vraiment envie de parler d’un sujet.

R.L. (Aline) : Mine de rien, le fait de pondre de la voix sur un morceau, du coup tu ne fais pas de musique instrumentale qui est plus vite fatigante. Je trouve que la voix dans la musique c’est un super repère qui évite de te perdre juste dans l’instrumentation.

- Quand vous me parlez de vos influences, c’est toujours des groupes du passé. Ce qui sort actuellement n’est pas assez influent ou est-ce vous qui ne vous intéressez pas aux sorties récentes ?

M.M. (La Femme) : Je pense que si on était né dans les années 30, dans vingt ans on aurait surement écouté des trucs actuels.

- Certains groupes se revendiquent des Strokes, des Libertines mais c’est rare.

R.G. (Aline) : Le truc c’est que les Strokes et les Libertines faisaient des trucs qui avaient été fait vingt ou trente ans avant.

S.G. (La Femme) : Il y a des grands groupes aujourd’hui qui sortent de très bonnes choses…

- …mais ça ne vous influence pas plus que ça.

R.G. (Aline) : Si, si, moi par exemple, John Maus, j’adore tout ce qu’il fait. On ne peut pas dire que ce soit passéiste, on ne peut pas dire non plus que c’est hyper moderne, mais il a une façon de faire. Ariel Pink aussi j’aime bien. Motorama on aime beaucoup mais ce n’est pas vraiment moderne non plus.

M.M. (La Femme) : Justice et Daft Punk par exemple ! C’est cool quoi, ils font de la bonne musique. Après ça ne nous influence pas des masses mais il y a des morceaux ouf, genre “Planisphère”.

R.G. (Aline) : Tellier a fait des trucs marrants entre deux grosses conneries. Il est capable du meilleur comme du pire ce mec, c’est là qu’il est marrant. Il tutoie les sommets puis après il fait “Pépito Bleu” (Rires). J’ai beaucoup aimé la musique électronique de la fin des années 90, début 2000. Aphex Twin, Boards Of Canada j’ai adoré mais ça correspondait à une nouveauté. Pour le coup c’était vraiment nouveau, Warp et tout ça c’était un son nouveau.

- Et le terme de French Touch, ça veut dire quelque chose au final ?

R.G. (Aline) : Ça correspondait à une scène, à une façon de produire la musique. Tu sais, ce filtre. Daft Punk a inventé ce son-là avec Alex Gopher, Motorbass. Donc quelque part oui, il y a une pate, une identité assez forte qui a influencé un pan de musique électronique. Tout est issu de ça quasiment.

- Vous avez mis sur vos deux albums des morceaux que l’on connaissait depuis des mois, voire des années. Est-ce que ça ne vous a pas desservi quelque part ?

M.M. (La Femme) : Peut-être, mais d’un côté les chansons sont bien et il fallait les mettre dans le premier album.

R.G. (Aline) : Dis-toi qu’il a y plus de gens qui ne les connaissent pas que de gens qui les connaissent.

M.M. (La Femme) : L’album, c’est ce qui restera dans cent ans alors que le reste sera perdu.

R.G. (Aline) : C’est pour ça qu’on a voulu rajouter des nouveaux morceaux. Honnêtement, moi, ça me faisait un peu chier de mettre des trucs déjà sortis mais on était obligé. On ne pouvait pas zapper “Elle M’oubliera” ou “Les Copains”.

 

M.M. (La Femme) : Je te dis, mec, on a fait que d’en mettre et tout le monde nous a chié des gros cakes car “Télégraphe” n’est pas sur l’album !

A.P. (Aline) : Puis le processus de sortie d’album est tellement long que les morceaux vieillissent forcément. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut les jeter.

- La Femme, vous avez l’air d’avoir une grosse culture musicale pour votre âge. Comment êtes-vous passés des compils reggae Trojan aux compils de syth-wave type BIIP ?

M.M. (La Femme) : Je ne sais pas, on écoutait du punk, de la oi !, du ska. On a écouté du skinhead reggae, du rocksteady, du rockab’. Enfin tous les bons sons.

S.G. (La Femme) : Des trucs dans les médiathèques ou sur Internet.

M.M. (La Femme) : C’était notre mode de vie, ce qu’on kiffait, nos potes… On aimait bien ce son là, enfin c’était le délire quoi. C’est un pote qui m’a fait découvrir les compils BIIP quand c’est sorti.

R.G. (Aline) : Avec Internet c’est facile. Plus qu’à notre époque où il y avait les K7. Moi à l’époque j’avais deux CD, je les écoutais pendant six ans. Je lisais Rock&Folk comme il y avait que ça dans mon bled, et comme Rock&Folk c’est une compil avec les Rolling Stones une fois sur deux… Le jour où j’ai eu le premier album du Velvet Underground que j’ai dégoté dans un magasin de disques, putain, j’étais heureux !

A.P. (Aline) : Ça rendait le truc vachement plus précieux !

R.G. (Aline) : Et après le double de New Order alors là…

- Et pour finir, quel a été votre dernier coup de cœur musical ?

R.G. (Aline) : Nous on a bien accroché sur Girls Names.

- Ah, quel album ! Même si je trouve que ça ressemble vraiment trop à Cure ou The Horrors pour être complètement crédible, c’est top !

Vincent Pedretti (Aline) : The Horrors, tu trouves ? Je ne trouve pas. Là pour le coup The Horrors c’est nettement plus psychédélique, avec de longues nappes.

M.M. (La Femme) : “Get Lucky” !

SG. (La Femme) : Ouai “Get Lucky” c’est cool, et puis celle avec Julian Casablancas, le chanteur des Strokes (“Instant Crush” Ndlr).

- Vous ne voudriez pas remixer les Daft Punk en version psychée ?

M.M. (La Femme) : Ouai, si ! On va enregistrer une version de “Get Lucky” où l’on chantera en arabe et tout (Rires).

 

- Merci à Jean-Denis Fanello, William Piel, Marlon Magnée, Sacha Got, Romain Guerret, Arnaud Pilard, Vincent Pedretti, Romain Leiris -


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