Qui s'y frotte s'y griffe
X-Men : l’argent fait-il le bonheur ?

2000 - 2013. 13 ans d’histoire mondiale, on compte deux gratte-ciels en moins à Manhattan, deux mandats de Nicolas Sarkozy et un championnat remporté par le PSG. Tout ce temps passé donc, et l’on fait pourtant toujours des films issus de la saga X-Men.
De X-Men 1 en 2000 à The Wolverine : Le combat de l’immortel il y a une semaine, l’univers des mutants parmi les humains semble être une source inépuisable de projets cinématographiques et donc de recettes. À tel point qu’après déjà six films sortis, le septième X-Men : Days of future past arrive l’année prochaine.
Suite, Prequel, Spin Off, Sequel et ces autres termes pseudo-techniques ne nous indiquent pas pourquoi diable la 20th Century Fox ne peut se résoudre à lâcher son nonos. La réponse qui vient évidemment en premier lieu à l’esprit est le milliard 890 millions de dollars récupérés grâce à cette entreprise. Cependant Neo Boto n’a bien sûr pas pu s’arrêter à une simple explication de comptoir, ainsi nous avons voulu regarder de plus près cette machine folle pour comprendre à quel point elle pouvait être enrayée.
Six films, cinq réalisateurs
On en conviendra la saga X-Men rassemble des films qui se retrouvent joyeusement dans la catégorie du blockbuster. Le but est de divertir et d’emporter le spectateur dans un univers qu’il mourra d’envie de retrouver dans le film d’après.
Le réalisateur est donc pour ces films un outil pour offrir le plus beau spectacle possible, mais en aucun cas il impulse et assume une démarche artistique n’engageant que lui.
C’est pourquoi dans ce genre de franchise on retrouve rarement le même réalisateur à mesure que les films sortent. La stratégie des X-Men ne déroge pas à la règle: on veut faire les choses bien au début. James Cameron puis Robert Rodriguez étaient même pressentis lors de l’arrivée des premiers scénarios du volet numéro 1. Loin d’être ridicule c’est finalement Bryan Singer (Usual Suspects) qui se jette à l’eau.
Et ça marche, il réalise les deux premiers films reconnus comme les plus réussis par les plus intellos d’entre nous. Tout allait bien donc, jusqu’à ce que peu avant le troisième film, Bryan s’engage dans la réalisation de Superman Returns.
La famille des mutants ne l’attendra pas, la production choisit de privilégier le rythme et l’excitation encore fraiche du spectateur plutôt que d’attendre le retour de son réalisateur. Tout est une question d’équilibre entre qualité et quantité. De ce point de vue la motivation semble en effet pencher du coté du chiffre à tout prix. En se reposant sur les acquis des deux premiers opus on se permet deux films beaucoup moins bons voire médiocres X-Men : l’affrontement final et X-Men Origins : Wolverine. Et en effet le risque ne semble pas si grand, une fois que les critiques sont trop mauvaises on va simplement chercher Matthew Vaughn (Kick Ass) pour remettre un peu de subtilité et d’auto-dérision à tout ça. Ça donne X-Men : First Class, et nous voilà tous de nouveau en train de rêver d’avoir des supers pouvoirs.
C’est comme si tout n’était que calculs froids effectués par des fous à la Ari Gold dans des bureaux climatisés à L.A. Votre sentiment étrange à la vue du dernier bébé Wolverine : le combat de l’immortel devient logique. Le film efface certes l’échec du précédent Spin Off basé sur notre Logan poilu et adoré, il est bien réalisé et dans l’air du temps mais on peine pourtant à en ressentir l’intérêt.
« Une réalisation qui tient la route cinématographiquement, grâce à un esprit de sérieux et une mise en image correcte »
Olivier Père à propos d’X-Men 1 - journaliste aux Inrocks

Six films, un acteur et des centaines de millions d’entrées
Beaucoup de gens plutôt intelligents choisissent de ne pas prendre la population pour des imbéciles. Alors même si les studios de la Fox manipulent sans compter et sans scrupule, on peut tout de même opter pour un point de vue qui défend que le spectateur n’est pas complètement dénué de goût. Si l’argent est le ciment de ce projet, il est tout de même possible que cette construction ait une âme.
Sinon comment expliquer que le beau Hugh Jackman et ses pubs Ice Tea accepte après tant d’années de recommencer à sculpter son corps et ses rouflaquettes pour toujours plus de semaines de tournage. Dans tous les making of on vante son enthousiasme, ses sacrifices, sa détermination. Après six films on pourrait penser qu’un acteur puisse se lasser sans rougir de son personnage mais pas ici. Il faut évidemment se méfier de la promotion qui est souvent de la poudre aux yeux mais en lisant entre les lignes ce qui revient dans toutes les interviews concernant les films c’est cette volonté de creuser les personnages, en montrer des aspects nouveaux, de comprendre leurs origines, leurs démons intérieurs. Cela reste un objectif très cinématographique qui apporte de la profondeur à un film.
Car oui nous vous en avions déjà parlé, X-Men c’est un mythe moderne à l’instar de Star Wars ou autres Dragon Ball. On nous offre des personnages extraordinaires, des héros qui nous inspirent avec des interactions et des faiblesses capables d’un peu de consistance. Lorsque du haut de vos dix ans vous aviez déjà rongé les sept suites du Roi Lion et les trois Spin Off d’Aladin sur Jafar il vous fallait bien la suite dans l’évolution de votre maturité. C’est ainsi que sont arrivés les affrontements idéologiques entre Magneto et Charles Xavier, la lutte de Wolverine contre son animalité ou le regard sur soi de Mystique. Des problématiques vieilles comme le monde mais indispensables dans le fondement de notre culture commune.
« Je vois Magneto comme un jeune Sean Connery, c’est l’espion ultime : imaginez James Bond, mais avec des super-pouvoirs. »
Matthew Vaughn - réalisateur de X-Men First Class
Alain Chabat ce génie de notre temps avait vu juste dans le Burger Quiz, dans un cas de figure de question manichéenne du type « Bernard Tapis ou un tapis » ou « X-Men machine à fric ou conte moderne » il faut impérativement ajouter « ou les deux » pour pouvoir apporter un semblant de bonne réponse.
Nous ignorons combien de films vont être encore tournés, nous ignorons si Hugh Jackman vivra assez vieux pour pouvoir y interpréter Wolverine, nous ignorons si à court de format, comme le chuchotent les rumeurs, on en arrivera un jour à un X-Men : la comédie musicale. Nous savons par contre que par amour de l’univers beaucoup iront les voir par curiosité, déçus ensuite par les navets et heureux de quelques éclairs de subtilité.





