X-Men se met au prequel

X-Men First Class, éloge du mythe moderne

4 juin 2011 . Pas de commentaire
By Sipowitz, in Urban culture

Avec un 5ème film , la saga des mutants à la palette de pouvoirs impressionnante rejoint, en terme de présence au cinéma, des monstres d’influences tels que Batman ou Superman. Pour ce nouvel épisode, X-Men First Class (X-Men, le commencement), le réalisateur Matthew Vaughn (Kick Ass, Layer Cake) ne se cache pas d’avoir voulu faire un film à l’image de Batman Begins : « First Class is similar to Batman Begins, where you have the fun of introducing the characters and getting to know them [...]« . à‡a n’est pas une suite se basant sur les ruines apocalyptiques du troisième volet, mais au contraire un retour sur la fondation des mutants de la première génération en groupe(s) uni(s).

Avec X-Men First Class, le concept né au début des années 1960 en dessin, l’histoire de l’équipe de héros confirme son statut de mythe ou légende de notre siècle. Les similitudes avec le plus célèbre des mythes, L’Illiade et L’Odyssée, ne sont pas difficiles à trouver. Loin de se référer fidèlement page à page au comics, la liberté dans l’adaptation est de mise. La paternité de la légende n’appartient pas à un seul homme, (Stan Lee et Jack Kirby laissent leur place à Len Wein et Dave Cockrum, ou aux réalisateurs des versions cinéma), c’est l’Œuvre et ses diverses versions qui prennent le pas sur un quelconque créateur. Si les adaptations peuvent être en contradiction (dans les précédents films, Charles Xavier marche sur ses jambes à quelques reprises dans les années 1980, alors qu’on nous explique ici que c’est en 1962 qu’il est immobilisé à vie par son ami Magneto), c’est l’univers commun qui compte. Le cinéma, surtout en dimension blockbuster, joue le rôle, aujourd’hui, de premier média culturel mondial pour la diffusion d’un mythe. Avec cette nouvelle pièce au puzzle géant de la légende des X-Men, on repasse sur l’échec d‘X-Men Originis : Wolverine pour donner corps à l’ensemble.

Comme Ulysse, dont on applique le long voyage dans la réalité de la Grèce Antique, la grande innovation de ce nouveau film est la confrontation à l’histoire réelle de l’humanité.
Plus qu’un bureau oval habité par un président fictif dans les films précédents, on parcourt en détail deux grands épisodes : la seconde guerre mondiale et la guerre froide, avec le président John F. Kennedy en images d’archives faisant quasiment partie du casting. La légende s’impose même comme actrice de cette histoire contemporaine en réinterprétant la crise des missiles de Cuba.


Ces épopées de L’Illiade jusqu’à Star Wars servent à exploiter des aspects de la société qui les véhicule. Elles forcent l’homme à se remettre en question ou, du moins, à se regarder au travers d’une une autre focale. Dans X-Men, l’évocation des grandes problématiques existentielles se trouve dans un juste milieu entre la superficialité assommante d’un District 9 véhiculant plus de clichés qu’il n’en condamne, et la froideur élitiste d’un The Tree Of Life de Terrence Malick. Grà¢ce à ses nombreuses déclinaisons, le mythe apporte une épaisseur à une histoire qui peut donc se permettre une subtilité ludique. Les suites, les prequels, les Spin-off ne sont plus désuets, ils étayent et approfondissent.


Avec la naissance des pouvoirs mutants, on se retrouve donc face à des thèmes récurrents de nos sociétés modernes. Les longs débats et études sur l’immigration ou l’homosexualité n’ont rien à envier à cette réflexion sur l’acceptation de soi dans la marginalité. Comment exister face à la peur de l’inconnu d’une classe dominante ? A l’image de leurs pouvoirs, aussi variés que nombreux, chaque mutant se détache du groupe auquel on le rattache et représente une façon de gérer le problème. Comme dans la réalité, des grandes tendances éclatent et se confrontent, et voilà que nos deux mentors Charles Xavier et Erik Lehnsherr se transforment en Martin Luther King et Malcolm X. La comparaison s’impose avec Charles élevé dans un milieu social aisé, entouré de culture qui s’affirme dans la fierté de sa différence, et Erik dont la personnalité est née dans la douleur et la violence, et qui ne vit que pour une vengeance apparaissant alors légitime face au mal subi.
Rejet ou intégration ? La référence devient explicite lorsque les deux amis, fatalement opposés, se posent cette question en jouant aux échecs sur les marches du Lincoln Memorial, lieu qui accueillit autrefois le fameux « I Have A Dream ».


Tout ce poids plein de symboles serait bien lourd s’il n’était que le seul aspect d’un mythe et de notre film. L’importance donnée au divertissement est indispensable et, ici encore, le contrat est rempli. Bien qu’un tant soit peu muselé par la production, Matthew Vaughn apporte, à l’aide de sa créativité, un univers à la James Bond, des effets spéciaux propres et réussis, des pointes d’humour et un malin plaisir à la référence aux films précédents ou à la suite chronologique. Vous verrez donc une ébauche du premier Cerebro, de nombreuses blagues sur l’absence de cheveux de Charles Xavier, ou un clin d’Œil de Hugh Jackman.




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