Aline est revenue

Aline, la plus belle histoire du monde

12 janvier 2013 . Pas de commentaire
By Esco', in FR Side

L’histoire prend forme à la fin du mois d’août 2012, au crépuscule d’un été festif et oisif, au lendemain d’une soirée de retrouvailles entre potes de longue date. “Je bois et puis je danse”, premier contact avec l’autochtone. “C’est quoi ça ? – Aline !”, me rétorque un frérot d’une voix sèche et blanche. Electrochoc ! Le son est clair comme de l’eau de roche, d’une pureté presque angélique. La voix diaphane et légèrement en retrait me rappelle instantanément ces vieux disques de pop française qui tournaient à la maison dans les années 90 : Daho, L’Affaire Louis’ Trio, Les Négresses Vertes, Taxi Girl, Les Innocents… Gamin, déjà, ces mélodies matinées de synthés eighties et de basses percutantes me trottaient dans la tête. Et puis c’était la grande période Canal, Nulle Part Ailleurs, Culture Pub et Les Deschiens. Le temps où M6 diffusait ses nocturnes spéciales new-wave entrecoupées de pubs salaces. Aline m’a tout de suite rappelé cette jeunesse pas si lointaine où les bars passaient du Madness et ou les trentenaires trainaient le pavé en Slang et pantalons à pièces. Elles avaient quand même de la gueule ces jeunes années…

L’art de l’évidence

Août 2012 donc, date de ma rencontre virtuelle avec ces quatre marseillais d’adoption qui s’apprêtaient, sans même s’en apercevoir (comment le pourraient-il, d’ailleurs ?), à bouleverser ma perception de la chanson, disons de la pop, à la française. Si 2012 a vu naître son lot de belles surprises à commencer par l’éclosion de Lescop, Yan Wagner, Granville ou Zombie Zombie dans un registre plus électronique, c’est à Aline, et personne d’autre, que revient la palme du single de l’année. Mais malgré ce tube rétro-futuriste (“Je Bois Et Puis Je Danse”) et l’EP quatre titres qui en découla, j’étais bien loin de me douter du potentiel du groupe de Romain Guerret, trentenaire bien tassé, porteur de vestes en jean et adorateur de Motorama. “J’ai trouvé leur musique incroyable, pleine de magie. Ayant toujours été attiré par la culture slave, le fait qu’ils viennent de Russie m’a également beaucoup impressionné. […] Ils sont tout seuls là-bas, et tu as envie de leur rendre visite pour leur dire : ‘C’est vraiment super ce que vous faites, allons boire de la vodka ensemble et emmenez-moi visiter votre grand pays’”, confiait-il récemment au magazine Magic.

Rien de très étonnant là-dedans quand on sait à quel point la voix du chanteur de Motorama est proche de celle de Ian Curtis, leader génial et déglingué de feu Joy Division, autre cousin éloigné d’Aline comme peuvent l’être les Smiths ou… Indochine. A la seule différence qu’Aline compose une musique singulière et spontanée, marquée par la force du tube que ne possédaient pas toujours ses aînés anglo-saxons. Regarde Le Ciel, en plus de nous faire gagner du temps sur les tops de fin d’année, possède l’avantage et l’efficacité d’un album mûri et réfléchi pendant de longues années de galère. Car ce sens du gimmick et cette apparente facilité n’est qu’une façade pour masquer la “misère” d’un groupe qui se faisait encore appeler Young Michelin il y a une poignée de mois. Si le célèbre bibendum a eu raison du pseudonyme initial du crew, les années de vache maigre à galérer au RSA et à écumer les troquets pourris n’ont pas altéré la motivation ni le talent de cette bande de potes qui récolte enfin le fruit de son dur labeur. Une soif de revanche qui transpire de part et d’autre de Regarde Le Ciel, disque nostalgique et cristallin marqué par un désir permanent d’aller de l’avant.

Clair-obscur

Ces derniers mois, il fut beaucoup question de cette fameuse “ligne claire” quand il s’agissait d’évoquer l’univers et les intentions des quatre garçons. Une dénomination qui renvoie directement à l’esthétique d’un groupe qui perçoit sa musique comme de la “mélancolie teintée de légères touches nostalgiques”. Car en effet, tout, chez Aline, de la pochette du disque pensée par Martin Etienne au thème qui ouvre l’album (“Les Copains”), confère à l’apaisement, à la transparence. Comme un sentiment d’évidence, une impression que tout va de soi.

En l’espace de quelques secondes en cette matinée d’août, la brume s’est dissipée, le ciel s’est soudainement éclairci, comme si je venais de tomber sur le groupe que j’avais secrètement attendu des années. Faut-il encore parler d’espoir pour évoquer le cas Aline ? Ou plutôt de révélation ? De bénédiction ? Faut-il, une énième fois, les noyer de qualificatifs et de noms propres comme on l’a déjà fait pour Lescop, La Femme ou Juveniles ? Ne serait-il pas plus habile de simplement se laisser porter par un groupe qui, malgré ses influences punk, new-wave, cold-wave, surf music, bref, tout ce que vous voudrez, vient de remettre les compteurs à zéro, trois semaines après une fin du monde que l’on attend toujours ?

Il serait presque temps que cette déferlante de petits génies bleu-blanc-rouge cesse avant que l’on ne tombe complètement à court d’idées ou que l’on donne l’impression de s’exciter tous les deux mois sur des artistes qui n’en valent pas la chandelle. Pas d’inquiétudes ce coup-ci, Aline, c’est du costaud. L’assurance tout risque de se manger en pleine face un disque lumineux et bourré d’idées qui n’a rien à envier aux plus belles œuvres de Morrissey. Regarde Le Ciel, clin d’œil à ces longues soirées d’été à attendre une lueur que l’on croyait vaine. Je n’ai pourtant pas crié, mais Aline est revenue.

- Morgan Henry -

Crédit photos : Frank Loriou

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