Suite de l'entretien avec Dusty et Damage des Jazz Lib'

[Interview] De retour avec les Jazz Liberatorz (Part.2)

3 mars 2011 . Pas de commentaire
By Esco', in FR Side, Featured

Pour se recentrer sur Jazz Liberatorz, je me baladais sur votre Myspace et il y a une phrase, dessus, qui m’a interpellé et m’a fait plaisir : « The revolution will not be digitalized ». Ca fait référence à Gil Scott Heron. Justement, pour vous, il n’y a pas mieux que le CD et le vinyle ?

Damage : À la base on aime l’analogique. On a vécu dedans tout le temps.

Dee Nasty : Le CD ce n’est pas analogique hein…

Donc cette phrase veut bien dire quelque chose ?

Damage : Bien entendu ! Mais je te dis honnêtement que, pour moi, il n’y a pas de clivages entre tout cela. Après, il faut évoluer avec son temps. On a pu avoir un dilemme avec Daniel (Dee Nasty NDLR) par rapport à l’instrument qu’on a utilisé ce soir qui est le serato mais moi je ne me sens pas redevable plus que cela, si ce n’est que quand j’ai un peu de pognon et que je peux acheter des skeuds, je les achète. C’est clair et net. Parce que j’aime toujours ça. Mais actuellement, j’aurais une émission de radio comme je l’ai fait il y a dix ans à Skyrock avec le bumrush, je serais dans la merde totale. Je n’aurais pas assez de nouveautés qui me travaillent pour jouer toutes les semaines du son différemment. Et là, en ce moment, il y a une pénurie. Il y a plein de mecs qui se sont improvisés dans le rap, après il y a des mecs qui ont des putain de flows mais qui posent pas nécessairement sur des beats qui vont me faire tressaillir, et de l’autre coté il y a quand même beaucoup de mecs qui se sont imposés beatmaker. Maintenant, à la limite tu branches et c’est Fisher Price. Tout le monde s’est improvisé dans le truc et c’est en train de noyer le poisson. Et en plus, maintenant, avec les supports, ton œuvre se fait pirater en 2 secondes et c’est fini. Parce que mine de rien, derrière la musique, il faut quand même se dire qu’il y a des mecs qui bossent et qui y passent des heures. Donc c’est quand même avec ça qu’ils croutent à la base. Et puis, je te le dis honnêtement, malgré le fait qu’il y est beaucoup plus de concerts maintenant, c’est pas pour autant que les zikos ils croutent plus tu vois. Autour de nous, ca n’a pas changé grand chose à l’histoire. Mais par contre ca fait perdre du fric à des mecs qui sont venus facilement en faisant des bas de catalogues, des compils et voilà. Mais ils n’ont pas vu arriver le truc.

Il y a un blogueur sur Internet que je connais (Soul Brotha Music NDLR) qui disait dans sa chronique de Fruits Of The Past : « Il n’aura fallu qu’une petite année aux Jazz Liberatorz pour faire leur come-back. Très exactement quinze mois après le triomphe underground obtenu par le délicieux Clin D’œil, le trio en provenance de Meaux sort ce nouvel album tout simplement magnifique, à ce niveau là il n’est pas excessif de parler de génie musical ».

Dusty : Bah déjà il parle de Fruits Of The Past alors que Fruits Of The Past avant tout ce n’est pas un nouvel album, c’est une espèce de compilation de tous les trucs qu’on a sorti en vinyle et que les gens qui n’ont pas de platine vinyle n’ont pas pu nécessairement s’acheter ou n’ont pas pu connaître parce qu’ils n’achètent pas de vinyles. Donc on s’est dit qu’on allait faire Fruits Of The Past pour donner aux gens, pour partager toute cette vibe qu’ils n’ont pas connu avant Clin D’œil.

Damage : C’est une rétrospective de l’avant Clin D’œil en fait. Avec quelques remixs et un puis un inédit mais voilà, c’est ça. Après, sans prendre le veston, je trouve que ça a une cohésion sonore mine de rien.

C’est vrai que j’ai lu plusieurs chroniques très élogieuses à votre égard…

Damage : J’ai un égo surdimensionné donc ça tombe super bien (Rires).

Pour être honnête, quand on écoute vos disques, on n’a pas l’impression que c’est français. Ca sonne américain !

Damage (il coupe) : Pourtant on est bien français. On boit du vin rouge etc. (Rires).

(Dusty)

Sans vouloir gonfler votre égo, on trouve une richesse assez incroyable dans vos albums. Est ce que vous êtes conscients de cela ?

Damage : Non non non. Je ne sais pas ce que tu fais artistiquement dans ta vie mais tu fais quelque chose parce que tu aimes l’artistique. Et est ce que tu es à même de juger ce que tu fais en artistique ?

NeoBoto : Non !

Damage : Eh bah voilà, je te réponds pareil, on ne sait pas. Avec beaucoup de recul, c’est ce que je disais tout à l’heure à Charles, j’écoute 5-6 ans après une track de Jazz Lib’ sans avoir l’idée de m’impliquer dans le truc sans penser aux samples, sans penser au moment ou on l’a fait, et c’est dur. Soit j’adore, soit je déteste. Mais ca s’arrête là. Il faut du temps. Après je ne sais pas comment c’est pour Dusty mais moi il me faut du temps pour analyser vraiment. Ou alors tu as le truc super spontané mais sinon c’est difficile. Après, j’ai certainement moi kiffé l’album de Jazz Lib’ que les gens l’on kiffé, honnêtement. Pour le fait de l’avoir fait, tout bêtement.

Dusty : C’est chelou parce que moi tout à l’heure il y a un mec qui est venu me voir en me disant : « Ouais, franchement je ne suis pas déçu, c’est chan-mé ce que vous avez fait, mais je pensais que t’allais jouer du Jazz Lib’ ». Mais si je ne viens pas avec le groupe, avec l’équipe, les claviers, les cuivres et tout, je n’arrive pas à jouer mon son. Car je ne suis pas du style à jouer mon son et à regarder les gens. Je suis content quand les gens viennent et que l’on joue du Jazz Lib’, que l’on joue nos morceaux.

Damage (il coupe) : Puis on est DJ, on est des groupies à la base. Tu vois on ne va pas être groupie de nous même.

« Je viens en soirée pour faire danser les gens, faire kiffer les gens » Dusty

Dusty : A part si je suis en émission de radio ou ce genre de truc, je fais un set et je laisse mon nouveau morceau parce que je suis content de l’avoir fait. Mais je n’arrive pas en soirée en jouant mes morceaux comme ça, je ne suis pas là pour me branler sur moi même. Je viens en soirée pour faire danser les gens, faire kiffer les gens avec plein de trucs et tout.

Oui ! Parce que moi je m’attendais à un show jazzy à l’image de vos albums. Et en fait j’ai été surpris de voir un concert vraiment Hip Hop, funky par moment, notamment quand vous avez joué le « Soul Power ».

Dusty : C’est parce que Jazz Liberatorz c’est un projet, c’est une vibe. Mais en même temps je sais d’où je viens. Je ne suis pas né dans le Jazz, je suis né dans la musique antillaise, dans le Funk, tout cela m’a bercé. Ensuite, j’ai commencé à écouter des trucs de Hip Hop que Dee Nasty jouait à l’époque à Nova. C’est un peu le mec qui a fait une bonne partie de ma culture et donc c’est normal que lorsque j’arrive en DJ-set, je lâche des trucs que j’ai appris, que j’ai kiffé. Et non pas dire je vais jouer Jazz parce que je suis Jazz Liberatorz.

Damage : Quand tu arrives en DJ-set, tu as envie de jouer un truc qui t’as fait kiffer et de le transmettre. Tout à l’heure j’ai foutu Kevy Kev, c’est un truc que Dusty m’a mis dans la gueule quand j’étais minot. Ca m’a traumatisé à vie et du coup je suis obligé de le jouer. A chaque fois que je joue ce morceau je pense à sa tronche (Rires). Et Dusty, c’est la même. Les morceaux qu’il a joué il pense à Dee Nasty, à Crazy B, il pense… peut être à ma gueule des fois…

Dusty : Ca dépend (Rires). Mais des fois on nous appelle en nous disant voilà c’est une soirée vraiment orientée Jazz et là je me fais plaisir, je sors mes petits skeuds de Jazz plus ou moins dancefloor, des compil’ de rares grooves et je suis content de jouer ça.

C’est vraiment une optique différente…

Damage : On aime danser à la base. Moi je dansais sur des bouts de carton quand j’avais 15 ans.

Pour avoir vu des gars comme Primo qui ne jouent que leurs sons, c’est un regard tout à fait différent.

Damage : Oui mais Primo, le jour où j’aurais le même palmarès niveau beatmaking peut être que je me ferais une crise d’égo aussi, j’en sais rien (Rires). Mais honnêtement, c’est un bon le bonhomme. Et puis les gens l’attendent pour ça, Primo c’est Primo. Moi justement le fait d’avoir une pseudo notoriété mais de pouvoir imposer de temps en temps mon bordel, comme Dusty le fait aussi à coté quand il fait ses sets de mix, c’est un peu le but aussi. Vous kiffez notre son, alors kiffez notre culture.

Dusty : Notre son en vrai il vient de ce que l’on joue. Il vient de ce qu’on lâche. Si t’as aimé l’album, même si physiquement ce ne ressemble pas à notre set, la recette qui a été donnée dans Clin D’œil et Fruits Of The Past c’est toute la culture qu’on lâche du skeud.

Damage : Quand Dust’ lâche un « Easy Rock » c’est parce qu’il l’a bouffé tellement dans sa gueule que ca fait partie de sa culture et qu’à un moment donné, quand il fait un morceaux comme celui avec Sadat X, eh bien il y a une résurgence. Je ne peux pas te dire là où elle est mais il y a un petit truc sur une caisse claire ou sur autre chose.

Pour finir les Jazz Liberatorz, auriez vous un petit message à passer aux internautes de NeoBoto ?

Damage : NeoBoto, en 2011, les Jazz Lib’ pour vous. Peace !

Un grand merci à toute l’équipe du label Dooinit, aux bénévoles et bien sûr à Dusty, Damage et Dee Nasty.

(Dusty des Jazz Liberatorz au festival Dooinit)

Aucun Commentaire