Retour sur la crise qui touche la radio...
Skyrock ou la fausse excuse de la liberté d’expression
« Skyrock, radio libre en danger de mort. A tout moment, Skyrock peut disparaître et sans Skyrock plus de rap, plus de r’n’b… plus de radio libre. La liberté toute entière de toute une génération est menacée à tout jamais… ». Quoi qu’il en soit, cette voix-off est celle qui marquera toute une génération, celle qui a vu le jour entre les années 80 et 90. Des jeunes élevés aux découvertes populaires de Planète Rap ou, pour les véritables mélomanes, aux ambiances de la Nocturne. Au-delà d’un point de vue musical, Skyrock est marquée par Difool et cette génération fraîchement adolescente qui souriait avant d’aller au collège des facéties de cette équipe déjantée puis, aux portes du sommeil, fraudait pour vivre leurs premières expériences sexuelles avec les allusions salaces de Romano et la voix sensuelle de Marie.
« Rebel without a cause »
Alors quand on apprend l’éviction de Pierre Belanger qui induit une remise en question totale de la radio, forcément, cela choque les masses. Comme en témoigne la manifestation virtuelle, la page facebook « Défendons la liberté de Skyrock » caracole actuellement à plus de 500 000 likers, tandis que le mot « #Skyrock » était celui le plus twitté il y a quelques jours. Mais aussi une manifestation physique avec une réelle mobilisation au pied de la radio, puis une déferlante d’artistes et de politiques au micro de Fred Musa où autre Difool dénoncent une véritable censure de la liberté d’expression par cette décision du Conseil d’Administration. Comme si le spectre stalinien avait resurgi 58 ans plus tard pour faire taire Romano, alors que cette décision est motivée exclusivement par des enjeux économiques (la raison évoquée étant le manque de retour publicitaire). Comme c’est le cas de beaucoup d’entreprises depuis plus d’une quinzaine d’années… Donc, autant dire que l’image de cette liberté de ton bâillonnée est bien loin des réalités contextuelles.
Des artistes aux abois
Fraîchement nommé directeur général, Marc Laufer a tenu rapidement à rassurer l’équipe en place et les auditeurs en confortant la radio dans sa ligne éditoriale fondamentale. Mais cela est insuffisant pour des artistes qui craignent un changement de programmation qui pourrait s’avérer désastreux pour une culture en mal de représentation médiatique massive. En effet, le soutien apparent de ces artistes en faveur du maintien de la culture urbaine et la liberté d’expression dissimule une crainte économique pour la prospérité de leur carrière. Qui achètera les albums de Canardo si ses morceaux ne sont pas diffusés de manière nationale comme le garantit Skyrock ? D’ailleurs, l’intéressé ne s’en cache pas en déclarant : « On flippe car on a peur que le gars (Marc Laufer ndlr) n’aime pas le hip-hop… et qu’il refasse un truc pour faire de la maille … ». Sans elle, la crainte de leur existence artistique est réelle et ils le savent, ce qui explique tous ces discours larmoyants autour d’une apologie de la street culture.
La (re)conquête
Message qu’on retrouve chez des politiques omniprésents sur le sujet au chevet de la radio souffrante. Ils viennent de toutes les sensibilités, de gauche comme de droite, mais c’est évidemment du parti de Martine Aubry que s’élèvent les premières réactions. C’est François Hollande qui profite d’un Frédéric Mitterrand (ministre de la culture et de la communication) aux abonnés absents pour être le premier à intervenir au micro de Fred Musa. Le socialiste, officiellement en campagne depuis 15 jours, frappe un grand coup en montrant sa vivacité à propos de ce sujet sensible. Il en va lui aussi de sa petite larme sur les conséquences de cette décision concernant « la culture des jeunes », mais en profite également pour mettre un coup de coude dans les côtes du système capitaliste : « la radio n’est pas n’importe quelle entreprise, ce n’est pas facile pour des salariés d’être mis en cause pour leur travail […] la radio, c’est un esprit ». Lorsque l’ancien secrétaire du PS martèle avec force que sa présence n’est pas intéressée, c’est à se demander s’il y croit lui-même.
Rapidement, la droite affirme sa présence, notamment Rama Yade et un Xavier Bertrand qui se voit pousser la barbe à la manière de Marx en s’opposant aux lois libérales qui sont les bases idéologiques du programme économique de l’UMP. En réalité, l’enjeu pour le parti de la majorité est de ne pas laisser le monopole de cette cause à ses opposants comme le déclare le ministre : « Ce n’est pas une question de droite ou de gauche ». Après un record d’abstention au premier tour des cantonales (plus de 55%), il est fondamental pour ces politiques de se battre aux côtés des jeunes en faveur d’une cause qui leur ressemble et pour défendre ce qu’est aujourd’hui un pan de leur culture.
La culture urbaine encore touchée.
Le combat de Skyrock est définitivement une lutte où tous les acteurs cherchent à tirer leur épingle du jeu de manière intéressée, laissant une fois de plus la question de la culture urbaine de côté. Il est indiscutable aujourd’hui que les canons définis depuis des dizaines d’années par Skyrock desservent une représentation multiple et hétérogène du hip-hop et du r’n’b en France, souvent perçu de manière caricaturale par la programmation de la radio. Medine déclare à ce sujet :
« Je déplore qu’il y ait des conditions à remplir pour être diffusé sur un média qui devrait être notre porte d’accès. Voir du Medine avec David Guetta, ça ne m’intéresse pas […] Je ne baisserais pas mon froque pour être joué à Skyrock. S’il me passe, j’appelle la direction pour qu’il retire mon titre […] La radio doit s’adapter à nos morceaux et pas l’inverse. Aujourd’hui, pour être diffusé, il faut qu’il y ait une petite meuf au refrain, des couplets de 12, on bippe les mots hardcores. Non, le rap n’est pas comme ça ! »





Belle analyse conjoncturelle sur les restructurations d’une institution (loin d’être irréprochable) qui est directement connectée à la culture urbaine. Toutefois, je doute fortement que Skyrock abandonne ses mauvaises manières que sont la mise en avant d’artistes plus incapables les uns que les autres et de la mollesse de sa programmation. Bel article, judicieusement rédigé et éclairé dans sa portée
Bon article. Je fais partie de ceux qui ont découvert le rap dans les années 90 sur Skyrock, à l’époque où cette station n’avait pas encore parodié et caricaturé le Hip Hop en le restreignant à des codes d’un niveau affligeant. J’ai peu à peu cessé d’écouter, eu point d’en arriver à détester cette radio, qui par ses émissions d’une débilité extrême et sa programmation, n’a vraiment pas tiré tout le monde vers le haut. Les auditeurs se font de plus en plus jeunes, de moins en moins informés sur le mouvement Hip Hop (beaucoup sont persuadés encore aujourd’hui que Skyrock c’est le rap et que tout ce qui ne passe pas sur cette radio n’en est pas) et entrent eux-mêmes dans les clichés que les « artistes » passant sur sky’ véhiculent (écoutez donc un jeune rapper, il va lâcher plus de « wesh wesh zink pour mes potos » dans son texte que de phases, ça fait peur).
Bref.
Je me fais ma propre culture Hip Hop depuis des années, en fouillant sur internet, les forums, chez des disquaires, dans les petites salles de banlieue parisienne…et croyez-moi, du rap français, du bon rap français, il en reste ! Mais voir cette radio s’ériger en « numéro 1 sur le rap » et prôner « la liberté d’expression » quand elle-même restreint celles et ceux qu’elle va accepter de diffuser, ça me fait rire. N’oublions pas que Skyrock a porté plainte contre le groupe La Rumeur en 2002, allant jusqu’à collaborer avec M. Sarkozy (alors Ministre de la Culture) pour trainer en justice et faire interdire de diffusion le groupe. 8 ans de procès, de multiples appels et Hamé (le rappeur en question) est ressorti libre.
Quand au soutien soudain des politiques pour cette radio, il est d’un ridicule consternant. Pourquoi soutiennent-ils une telle radio à votre avis ? Tout simplement parce que le rap de Skyrock est exactement ce qu’ils aiment, un rap qui ne revendique rien, qui n’a plus rien à dire, plus rien à apporter à la culture musicale de notre pays, Skyrock est devenu une bonne excuse aux détracteurs du mouvement Hip Hop (et qui la plupart du temps n’en connaissent pas les 1/10è…) pour dire « le rap c’est nul ». Pensez-vous, les rappeurs de Skyrock ne risquent pas de faire bouger les choses, que soit culturellement ou socialement parlant, ils ont préféré depuis longtemps nous balancer des « Hamdoulah çava », « Fais-moi la passe » et autre « Désolé », le tout à gros coup de vocoder et de jolis clips où les effets de lumière se chiffrent en milliers d’euros…
Pauvre rap français, heureusement que les labels indépendants continuent de bosser honnêtement, simplement et proprement dans l’ombre. Je crains juste qu’un jour ou l’autre, on nous oblige à tous écouter la même chose et malheureusement, celles et ceux qui gardent le monopole, ce sont ceux d’en haut, médiatisés et Skyrock n’a pas à se plaindre sur ce plan là !
Le rap ne peux et ne doit pas se résumer au rap « non indépendant ». Skyrock est une vitrine (bonne ou mauvaise) du rap, il ne faut donc pas la censurer car maintenant avec Internet et des sites spé en tout genre (dont le merveilleux Neo Boto…) l’auditeur peut si il en a envie se faire sa propre programmation.
Prenons simplement Skyrock comme une mise en bouche au rap pour les jeunes, plus ou moins savoureuse pour certains…