Chronique du nouvel album d'Atmosphere

[Review] Atmosphere – The Family Sign

15 avril 2011 . Pas de commentaire
By Esco', in Featured, US Side

Y a t-il un remède miracle pour contrer l’effondrement du marché du disque ? A cette interrogation, la réponse reste indubitablement : non. Néanmoins, par le biais d’efforts consentis, des labels notamment, la situation peut se régulariser. A titre d’exemple, la maison Rhymesayers Entertainment, tend, à chaque sortie, à mettre en valeur ses artistes et les œuvres qu’ils produisent. Cette approche passe par un gros travail au niveau du packaging des disques, une promotion virale orchestrée par des vidéos de lancement alléchantes et, surtout, des clips artisanaux réalisés dans un soucis d’originalité remarquable. C’est ainsi qu’ont pu voir le jour des albums au design avant-gardiste comme The Stimulus Package de Freeway et Jake One, les divers opus de Brother Ali ou encore ce dernier cru estampillé Atmosphere.

Comme un air de famille

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, il est utile de rappeler que l’écurie Rhymesayers est l’œuvre de Sean Daley et Anthony Davis, plus connus sous les patronymes de Slug et Ant, fondateurs du groupe Atmosphere. La carrière de ces deux hommes figure aujourd’hui parmi les plus passionnantes de l’underground américain. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder l’engouement que chacun de leurs projets suscite, ou, plus concrètement, le nombre de shows à guichets fermés que le binôme peut enquiller sur une année. A l’instar d’un Tech N9ne et de son label Strange Music, Atmosphere a su faire preuve d’inventivité et d’intelligence pour se faire une place au soleil amplement méritée. Mais au delà de ce travail d’entrepreneur, Slug et Ant confectionnent depuis plus d’une quinzaine d’années maintenant un art dont eux seuls ont le secret. Cette musique, aussi éclectique et protéiforme soit-elle, a contribué, de part son évolution et son excellence constante, a faire la renommée du groupe. Atmosphere vit pour la musique, à travers la musique, et, dans leur cas, au-delà de la musique.

“Now everybody hold up the family sign”

Rarement une formation aura aussi bien porté son nom. Volage, subtile, chimérique, impalpable, Atmosphere est tout cela à la fois. Aux antipodes des groupes de rap ordinaires, le duo de Minneapolis s’éloigne de tout ce qui a trait aux notions codifiées relatives à la culture hip-hop (rap game, beef, bling-bling), et se développe dans un style que certains jugent plus “mature”. Sur ce nouvel effort, Slug s’attache à décrire en profondeur les rapports humains. Une thématique récurrente que le MC aborde de manière très solennelle sur ce disque où l’introspection tient une place de choix. De l’intitulé de l’album à la résonance de ses métaphores, The Family Sign sonne comme un retour aux sources du groupe après deux opus (When Life Gives You Lemons… et To All My Friends…) aux propos plus généraux. Le constat est aussi valable sur le plan musical où Ant, l’homme à qui l’on doit la quasi totalité des productions d’Atmosphere, fait sonner les rimes de son comparse sur des tempos souvent langoureux (“The Last To Say”, “Became”, If You Can Say Me Now”, My Notes”), propices au recueillement. Un titre comme “The Last To Say” s’écoute avec le cœur, autant pour la beauté du texte (récit poignant d’une femme prisonnière d’un homme tyrannique) que pour la subtilité de son riff de guitare. Même si la majorité de ce disque est construit sur un enchainement de morceaux lents et mélodiques, le côté énergique du combo ne peut s’empêcher de ressurgir au détour d’une nappe de piano (“Just For Show”, “She’s Enough”). Là où les précédentes réalisations du groupe jonglaient entre les styles (parfois) sans parvenir à trouver l’équilibre, ce cru s’impose comme une œuvre homogène dosée à la perfection.

Jamais monocorde, pas assez long pour devenir saoulant, sensible sans être mièvre, The Family Sign est une main de fer dans un gant de velours. En quatorze ans d’existence discographique, Atmosphere a souvent eu l’occasion de créer l’événement, mais les avait on déjà vu si proches de la perfection ? “Le temps mûrit toutes choses ; par le temps toutes choses viennent en évidence ; le temps est père de la vérité” (Rabelais).

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