La ride selon Alpha

[Interview] Aelpéacha, la West made in France

5 juillet 2011 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in FR Side, Featured

Actif depuis maintenant seize ans, Aelpéacha aka le A a toujours incarné le côté « West side » d’un rap français traditionnellement nourri par le son brut de New York. Ici, exit les beats secs et froids, place aux claps funky et aux lignes de basse arrondies. Le G-Funk à la française longtemps éclipsé par les sonorités East n’a pas disparu loin de là . Si l’à¢ge d’or des parrains américains incarné par Dre, Eazy-E ou DJ Quik est à regarder dans le rétroviseur d’une bonne vieille Impala six-fo’, leur influence est restée intacte. Pour preuve, le dernier album d’Aelpéacha intitulé Val 2 Marne Rider Deuxième Tour ne fait pas mystère de son goà»t immodéré pour la saveurs hédonistes et délicieusement laid-back. L’héritage est sauf même au sein de l’hexagone. Petite virée avec le roi de la ride made in France.

-Dans ton morceau « Voyage To L.A. » tiré de l’album Le Pèlerinage, tu dis que tu écoutes de la West depuis tes années collèges. Comment as-tu découvert la scène West Coast ? Qu’est-ce qui t’a marqué dans ce son ?

A treize ans, Dr Dre fin 92 avec son « Dre Day ». Je l’écoutais en boucle été 93 à New York. Là bas tout le monde écoutait ça, y repenser c’est magique. Quand t’as treize, quatorze ans que t’écoutes la radio new-yorkaise toute la journée juste pour entendre un titre et que c’est un méga carton, ça te marque au fer. Impossible de dire pourquoi, mais c’est ce titre le déclic. Cette musique m’a parlé, le rap c’était trop peu mélodieux à mon goà»t avant. J’écoutais NWA, mais de loin. The Chronic m’a marqué et tout ce qui a suivi bien sà»r.

-Au delà des gros classiques West (Dre, Snoop, Eazy-E, du Dogg Pound, Too $hort, 2Pac, Quik, Ice Cube etc.), quels sont tes albums fétiches moins connus que tu aimes ? Tu peux m’en citer quelques uns ?

Il n’y a pas de classiques et de moins classiques pour moi, mais mes albums de chevet sont: The Chronic (Dr Dre), Safe & Sound (DJ Quik), Oncle Sam Curse (Above The Law). Ce sont les trois albums qui ont influencé majoritairement mon son. Après, entre les Street Gospel (Suga Free), BG Knocc Out And Dresta, MC Eiht, Bone Thugs N Harmony, MC Ren, la scène LBC (Long Beach), ça ne s’arrête pas, il y a du bon partout.

-Comme beaucoup, l’influence de Dre a été déterminante pour toi. Est-ce qu’il y a un autre producteur qui t’a traumatisé en particulier ?

Dans l’ordre: Dr Dre, DJ Quik, Cold 187, Rhythm D, Battlecat, Daz.

-Quand tu es allé à Los Angeles sur la tombe d’Eazy-E, pour l’album le Pélerinage, est-ce que ce trip dans la Mecque de la West t’a influencé de quelque manière que ce soit ? En gros est-ce que artistiquement ça a eu une réelle incidence sur l’album ?

Il y a plein d’anecdotes sur le voyage et sur le pèlerinage relatées dans l’album et la mixtape. Tout ce que je dis je l’ai fait, sauf les coups de feu, c’est pour romancer un chouilla. A ce moment, j’avais déjà actualisé mon son, mais pour cet album j’ai programmé sciemment comme en 95.

-Que penses-tu du retour du boogie funk façon Dam Funk ? Pas mal de rappeurs aux US s’y mettent comme Snoop ou Quik. Est-ce que ce sont des sonorités qui te branchent et que tu as envie d’intégrer ?

Un bon morceau est un bon morceau…



« Fabrice Eboué c’est les années lycées « peace buissonnières ». C’est lui qui m’a écrit mon premier texte de gangsta rap »


-Qu’as-tu pensé du dernier DJ Quik ?

Très bon. Il a une sonorité actuelle avec l’esprit funk. Tout ce qu’on aime.

-La scène West américaine t’inspire toujours ou plus du tout ?

Oui bien sà»r. Même si la musique est universelle, ce son vient de là -bas et ils ont l’art et la manière de toujours le faire évoluer. Au delà des tendances et des vagues commerciales comme l’a été le G-funk dans les années 90, il y aura toujours un producteur, un rappeur ou un chanteur pour te faire mal au crane et la France n’est plus très loin… On a du talent, ne dormez pas les ricains (rires)

-Comment expliques-tu le fait que le rap français a pour sa majorité été longtemps inspiré par la scène new-yorkaise plutôt que par la West ? On pourrait presque penser que c’est une question de climat non ?

New York est le berceau du rap, les pionniers français l’ont ramené de New York, point barre. C’est normal quelque part. Même aux States c’est comme ça. Fais une enquête, Eazy-E, parrain du gangsta rap ne sera jamais dans les cinq premiers noms du hip-hop neuf fois sur dix.

-Tu es pote avec Fabrice Eboué et Thomas N’Gijol avec qui tu as collaboré un moment pour son show quand il était sur Canal. Comment se sont faites ces deux connections ?

Fabrice c’est les années lycées « peace buissonnières ». C’est lui qui m’a écrit mon premier texte de gangsta rap. C’est la famille comme on dit, le gang quoi. Thomas, je l’ai rencontré en 2006 quand Fabrice est entré dans le Club de Debbouze.

-Sur ton dernier album Val 2 Marne Rider 2 tu samples « Atomic Dog » de Clinton et deux chansons de Léo Ferré. Sur tous tes albums on s’aperçoit que tu samples peu et que les rares fois o๠tu le fais, tu pioches autant chez Gainsbourg que chez Teddy Pendergrass. Comment expliques-tu ces deux choses ?

J’aime jouer mais j’ai commencé par le sample et c’est la base du rap. J’aime sampler. Il y a toujours un petit quota de samples français, ce n’est pas une volonté, c’est comme ça, c’est aussi ma culture.

-Toujours en matière de production, tu bosses avec Sylvain Obriot (S.O.B.) qui est un peu le Stan Jones (Stan « The Guitar » Man ») français. C’est important pour toi d’avoir de vrais instruments ?

Le Stan ou le Robert ! (Robert « Fonksta » Bacon, guitariste qui a joué sur énormément d’albums West, ndlr). Bien sà»r, c’est lui qui m’a appris à foutre des instruments, c’est un putain de musicien, il sait jouer de 27 instruments !! Plus on fait évoluer le truc dans tous les sens plus c’est cool.

-Pourquoi avoir voulu donner une suite à ton album Val 2 Marne Rider paru en 2007 ?

Livraison estivale. J’ai cherché, j’ai pas trouvé mieux que ce titre, et puis c’est une façon de dire : « regardez on peu foutre la même merde dans le même esprit avec un son actualisé ».

-Même si les deux albums restent sur des sonorités très laid back, Val 2 Marne Rider 2 possède un son un peu plus « synthétique » et plus lourd. C’était voulu de ta part ?

Oui (comme dit plus haut)

-Un nouvel album avec MSJ de prévu ?

En distillerie actuellement. On ajoute un peu de canne à sucre, il y a trop d’alcool là ! (Rires)

-Pour finir est-ce qu’il y a un ou des albums en particulier que tu écoutes en ce moment et pas forcément en rap ?

Albums non. Les albums que j’achète sont essentiellement des opus de soul des années 60-70 en vinyle. Sinon je fais comme tout le monde, je « regarde » la musique sur youtube.

A écouter :

- Aelpéacha : Val 2 Marne Rider Deuxième Tour (Studio Delaplage)

Disponible sur aelpeacha.com/

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