Entre force et fragilité

Aubrey « Drake » Graham, à fleur de mots

26 septembre 2013 . Pas de commentaire
By Arnaud, in Lifestyle

« They know that the real is on the rise » ainsi Drake annonçait son ascension lors de son dernier effort Take Care, faisant déjà preuve d’une certaine confiance en soi. Et d’assurance, Drake n’en démord pas moins cette année. Alors que le Yeezus de Kanye West a cristallisé l’auditoire et que le Magna Carta de Jay Z s’est révélé être plus un coup marketing qu’une affirmation artistique, jamais le trône n’a paru aussi accessible. C’est dans ce contexte que Drake a récemment dévoilé Nothing Was The Same, première conclusion d’une carrière en constante évolution, entre force et fragilité.

Started From The Bottom

Nous sommes au début des années 2000 et Aubrey Graham interprète un adolescent atypique dans la série canadienne Degrassi. Un premier rôle qui le place devant les projecteurs mais dont il a du mal à tirer les bénéfices. Cette époque représente la toute fin de l’âge d’or des « enfant-stars » et beaucoup d’entre eux se retrouvent cantonnés à leur statut de minet du petit écran, qui ne paye pas vraiment une fortune.
C’est lorsqu’il invite les caméras de la série à venir découvrir ce qui se cache derrière son personnage de Jimmy Brooks que sa personnalité de musicien apparaît au grand jour. Après un tour dans la modeste voiture que son oncle lui prête, il conduit les téléspectateurs au sous-sol de la maison familiale pour y visiter sa chambre. On y découvre alors un passionné qui, entre les albums de Marvin Gaye, Jay Z, Pharrell Williams et bien d’autres, possède également un micro et plusieurs cahiers de rimes remplis à ras bord. Une passion qui se fait de moins en moins discrète et commence à prendre le pas sur son rôle dans Degrassi.

« Livin’ at my momma’s house we’d argue every month, I was tryna get it on my own »

Après avoir servi la série pendant sept saisons, il prend du recul vis-à-vis de cette dernière : son personnage ne fait plus partie du casting récurrent et il a d’autres ambitions. Sa mixtape Room For Improvement lui a rapporté de bons échos ce qui le motive d’autant plus à préparer un deuxième électrochoc. Vient alors Comeback Season et le fameux clip de « Replacement Girl » en rotation sur la chaîne de télévision BET, lui assurant une place de privilégié alors qu’il n’est même pas encore signé.
Déjà sous l’œil observateur de Lil Wayne, ce dernier le kidnappe pour l’emmener en tournée à travers les États-Unis. C’est donc logiquement qu’en 2009 il sort sa troisième mixtape So Far Gone sous le blason du label Young Money. Un projet qui le positionne une fois pour toute sur le devant de la scène musicale : si elle est sans nul doute la mixtape de l’année, elle offre également une forte concurrence au Man On The Moon de Kid Cudi. Du matérialisme en filigrane aux histoires sentimentales très imagées, Drake semble avoir trouvé son créneau.

Le Malade Imaginaire

Tout comme dans la célèbre pièce de théâtre de Jean-Baptiste Poquelin, les lyrics de Drake tournent essentiellement autour d’une seule et même personne : lui-même. En utilisant sa propre personne pour illustrer les relations humaines, il met l’accent sur les interactions sentimentales qu’il peut y avoir entre les deux sexes. Doté d’un réalisme proche du pessimisme, rien ne laisse pourtant penser qu’il soit victime d’une quelconque maladie si ce n’est l’hypocondrie. Ne serait-ce qu’en 2012, sa tournée mondiale Club Paradise a ramené plus de quarante-deux millions de dollars et lui a permis de se classer dans les haute-sphères du classement annuel Hip-Hop Cash Kings du magazine américain Forbes.
Et sans se soucier des critiques et des beefs que cette position a pu lui créer, il continue dans la même direction en exploitant la nostalgie des nineties pour livrer un doux mélange entre les sitcoms à l’eau de rose et le RnB contemporain d’Aaliyah.

« Bank account statements just look like I’m ready for early retirement »

S’il est connu pour ses chants et sa voix aiguë, c’est également pour son ascendant rappeur que l’on l’aimera sur Nothing Was The Same. Digne héritier de la couronne que Kanye West avait ramassée et aussitôt délaissée avec Graduation et 808′s & Heartbreak, Drake rompt totalement avec le cliché « gangster » que l’on aime attribuer aux rappeurs.
Une des rares facettes agressives de sa personnalité qu’il avait révélée avec des morceaux tels que le hit « Versace » ou « 5AM In Toronto » et qui se concrétise fièrement sur l’album, une fois la neuvième piste atteinte avec le titre « The Language ». Toujours avec dans sa posture de rappeur, il se permet même de glisser quelques piques à ceux qu’il ne porte pas dans son cœur, de la même manière que Molière prenait plaisir à moquer les médecins de l’époque.

Feuille d’érable et fraternité

Drake a beau être le genre d’homme sensible qui enlève les croûtes de son sandwich, il n’en demeure pas moins aussi patriote qu’un Captain America à la canadienne. À Toronto, la scène musicale se résume pour ainsi dire à Kardinal Offishall et K’naan, la majorité de la scène urbaine n’ayant jamais eu droit à son instant de gloire. « À Toronto, la mentalité est telle que personne ne te respecte tant que les Américains ne te respectent pas » raconte Oliver El-Khatib, son nouveau manager. Et c’est précisément ce que Drake essaye de changer.
S’il a déjà lancé la carrière de The Weeknd, c’est avec la création de son label OVO Sound, qu’il vise véritablement à mettre en avant davantage de talents canadiens. À commencer par Majid Jordan, duo canadien que l’on retrouve sur le titre « Hold On We’re Going Home » et PartyNextDoor, âgé de tout juste 20 ans et qui a déjà sorti une mixtape. « I want to be extremely selective. I want artists who are, first and foremost, genuinely good people who are good to be around ».

« This has been years in the making, it’s all for the city, they know I come right every summer »

Dans une industrie où beaucoup dénoncent les gens faux et opportunistes, Drake dernier est particulièrement bien entouré. S’il s’est récemment séparé d’un manager qui ne croyait pas en son succès, il est toujours aux côtés de son crew October’s Very Own et de son producteur Noah Shebib connu sous le pseudonyme de 40, avec qui il partage son succès depuis ses débuts. C’est avec lui et Oliver El-Khatib qu’il a crée le label OVO Sound et obtenu la reconnaissance des autorités de la ville de Toronto.
En effet, grâce à son festival OVO Fest, la capitale de l’Ontario devient chaque été l’un des plus grands évènements sur le plan musical. Outre les légendes qui viennent se produire sur scène, la ville devient littéralement une attraction à touristes. Consciente de l’économie que cela représente, c’est ainsi que la mairie de Toronto a débloqué un fonds de 45 millions de dollars sur trois ans pour aider à la production, la distribution et la promotion des artistes locaux, en partenariat avec les équipiers de OVO Sound qui auront le rôle de conseillers.


« Oh god I’m turning old » s’exclame Drake lorsque l’on lui annonce qu’il a bientôt vingt-sept ans. Mais avant d’avoir atteint la trentaine, il aura vendu cinq millions d’albums, remporté un Grammy et laissé son empreinte sur la culture populaire. « My life is a complete checklist » tel qu’il le dit sur le morceau « Tuscan Leather ».
Après la tournée de Nothing Was The Same, il désire redémarrer sa carrière d’acteur. Premier ou second rôle, peu lui importe. Pour lui, l’idée est de faire les bons choix. Drake va-t-il mourir sur scène comme Molière ?

Facebook : La lettre du Maire de Toronto quant à son partenariat avec OVO
Vimeo : Drake fait boire toute son équipe dans le Grammy qu’il a reçu
Forbes : Hip-Hop Cash Kings 2013
YouTube : Drake Unscripted

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Arnaud Sommie
@somesta

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