Vous reprendrez bien une dose de Deen...
Deen Burbigo, le couteau suisse du rap français
Deen Burbigo. Un blaze clamé avec force et hargne qui résonne comme la promesse d’un avenir radieux pour le rap français. Des punchlines plein les Nike et un putain de charisme sous la snapback, le MC marseillais est entré dans le game en défonçant la porte. Alors que le symboliquement intitulé Inception vient tout juste d’entrer numéro un des ventes iTunes, Neo Boto revient sur le premier effort du secret le mieux gardé de l’Entourage. Consigne bienveillante : munissez-vous « d’un peu d’intimité et de sopalin » pour apprécier ce papier. Vous aurez été prévenus.
« Où que j’aille, j’tombe de haut, j’comprends l’expression point d’chute. Sans points d’suture, je cicatrise de la vie je n’attends rien de plus. J’suis pieds nus mais j’connais ma pointure. J’étais là avant l’peintre, je sais ce que cachent ses couches de peinture ».
L’animal connait ses classiques. Rien de neuf sous la Jordan 3 mais à l’instar du tentaculaire collectif 1995, la réputation de Deen Burbigo s’est construite sur une attitude de bouffeur intempestif de mic’ à la technique aiguisée et aux influences prononcées. Depuis les scratch DJ Premierien de « Rimeur à gage » et « Soldat Sûr » jusqu’au teint laid-back de « Roule » en passant par le jazzy « Un je ne sais quoi », Deen pioche dans la vibe old school New-Yorkaise des 90’s tout en faisant du pied à Curren$y, nouvelle icône de la fumette Outre-Atlantique.
Déconcertant de prime abord, Inception se joue des clichés usuels, en se libérant avec brio de toute qualification et s’apparente ainsi à un joyeux bordel tissé d’influences si diverses qu’elles en deviennent cohérentes. « Le Rap c’est mieux maintenant » peut-on lire sur le t-shirt du soldat de l’Entourage, un énoncé chargé de sens pour celui qui symbolise la figure d’un MC parvenant à conjuguer le rap au passé, présent et futur. Certains avanceront qu’il incarne une conception du rap français souvent oubliée où le discours rimait avec authenticité, d’autres qu’il n’est qu’un simple freestyler sans véritable identité artistique. Mais l’intéressé n’en a strictement rien à foutre. Les pieds ancrés dans l’héritage de ses illustres prédécesseurs, l’esprit en phase avec son époque, Burbigo devrait enfin réussir à satisfaire les vieux puristes aussi frustrés qu’un eunuque devant un décolleté de Scarlett Johanson. Autant dire que la tâche s’annonce insurmontable.
« Et j’ai toujours cru au destin depuis gosse, touché en plein cœur. Au royaume des aveugles, j’suis comme un borgne qui fait des clins d’œil ».
Du flow a coulé sous les ponts depuis Dîn, Rime et Intérim, premier EP du MC qui avoue lui-même ne plus revenir sur cette timide et parfois maladroite sortie, intervenue avant les médiatiques Rap Contenders. Depuis, celui qui se décrit comme un tafeur maladif et éternel insatisfait pourrait bien avoir décroché un temps plein dans le Game – bon, on avoue, celle-là était un peu facile - à grands renforts de freestyles épiques. Porté par une attitude nonchalante contrebalancée par un flow rapide tissé d’allitérations, Deen enchaîne les vers comme un barjo sans penser au lendemain. En témoigne le titre introductif « Rimeur à gage » et la démonstration technique « Couteau Suisse », où le MC était, de son propre aveu, dans une optique d’égo-trip où la rime se voulait dominante. C’est également là la force d’Inception. A l’heure où critiques et artistes se masturbent le micro en érigeant des albums conceptuels aux thèmes chargés de sens, le soldat de l’Entourage propose un album sans véritable fil conducteur, à la fois varié et parfaitement homogène.
Au micro de la Fnac.com, celui qui rimait à ses débuts sous le pseudonyme d’Ahmadeen déclare à propos de « Soldat sûr », l’abrasif premier extrait de Inception « L’idée était de faire un morceau qui soit street dans la veine, dans l’univers […] mais qui soit à l’opposé des clivages de ce que l’on peut entendre dans un morceau street.[…] C’est un truc qui m’a énervé dans les chroniques de ce morceau-là. C’était « le rap sort du ghetto » ou je sais pas quoi. Non […] l’idée c’était de dire : nous on a un autre discours, on présente autre chose ». En s’éloignant intelligemment des stéréotypes induits par la street crédibilité, Deen, diplômé de la Sorbonne en Histoire et animateur de colo à ses heures perdues joue la carte du Monsieur Tout Le Monde, l’amour des punchlines assassines en plus. « J’me verrais bien en nouveau riche. Boulot clean mais jamais loin d’mes potes cramés. Magique de faire rimer son plus grand rêve avec son pire cauchemar. Si j’crève, une mixtape en guise d’au revoir. Mais s’il-vous-plaît, évitez les pleurs, récitez les verses. Car toute ma vie est contenue dans mes rimes et mes skeuds » rime le MC. A l’instar du chef d’œuvre de Christopher Nolan, Burbigo navigue entre rêve et réalité, personnage insaisissable et à l’identité complexe. A l’heure de la sur-médiatisation, on ne peut que s’en réjouir.
Quand le site P’tit Délire lui demande quel est son personnage favori de série télé, Deen évoque sans hésitation le flippant serial killer et baron de la drogue Gus, de la saga Breaking Bad. On savait bien que quelque chose ne tournait pas rond dans le crâne de ce garçon… À ne pas mettre entre tous les tympans, gageons que les neuf titres qui composent Inception finiront d’installer le rappeur du Var comme l’une des plus fines plumes du circuit, pas seulement « le type qui a vaincu Taipan en over-time aux RC ». En attendant de passer son partiel de punchline pour Neo Boto, une petite dose de Deen ne devrait pas faire de mal. Allez, « Roule un spliff poto, roule un pollen » pour fêter ça.





Parfait cet article!
Bigo, juste un des meilleur MC de cette génération.
On aurait pas mieux dit ! Merci pour le compliment
Le flow de l’article en lui même est aussi super !
Bonne continuation !
DEEN BURBIGO L’ENTOURAAAAAAGE ! jkiffe quand i dis sa au RC
Merci pour vos commentaires !