Quand l'amour de la musique porte le nom d'une souris
Danger Mouse, esclave du son
Brian Burton est composé d’une macédoine de gènes musicaux, ce sont eux qui constituent l’essence de Danger Mouse. Producteur de génie reconnu parmi ses pairs comme un véritable compositeur, un artisan de texture sonore manipulant la musique comme une matière rare et précieuse enrobée d’une grâce unique. Un artiste qui travaille toujours en équipe afin de sublimer son œuvre par le talent de l’autre, un échange fondamental qui se perd parfois dans un domaine où l’égocentrisme et l’amour propre peuvent prendre le dessus sur la passion originale.
Born a M(P)C
La première collaboration notable pour Danger Mouse se fait avec le rappeur Jemini pour l’album Ghetto Pop Life. Un travail où le producteur révèle une partie de l’éventail de ses influences musicales, un univers bâti sur les fondations de la nation hip-hop des 90′s, terre des RZA, DJ Premier, Pete Rock ou autre Large Pro. Mais ce talent remarquable est toujours mis au service de l’album où l’instru devient la prolongation de l’univers du emcee (ce qui le différencie fondamentalement d’un Madlib). Il fusionne alors littéralement avec son partenaire, comme avec MF Doom, afin de devenir une seule et unique entité, Danger Doom. Il va donc s’appuyer sur la noirceur du rappeur masqué pour bâtir une œuvre sombre teintée d’humour et de légèreté. Ce qui donne un album profondément touchant, The Mouse & The Mask, à l’image de l’histoire tragique de l’ancien membre de KMD.
Le hip-hop restera une constante dans le travail de cette « dangereuse souris» et dans son évolution vers une musique plus indépendante. Elle se matérialise soit par sa technique d’origine ou par des projets où sa passion pour le rap surgit explicitement comme Gnarls Barkley ou Demon Days avec Gorillaz.
The Grey Album, le symbole d’un passage du Hip au Pop
Il y a dans l’oeuvre d’un grand artiste à un moment un projet qui va le distinguer et ainsi le singulariser vis à vis de ses pairs et de son public. En ce qui concerne Danger Mouse c’est The Grey Album qui le démarquera à jamais de cette masse de producteur. Il va se servir des acapellas du Black Album de Jay-Z et des samples du White Album des Beatles pour fournir un véritable travail de composition car à aucun moment il ne se cache derrière cette bonne idée pour dissimuler certaines lacunes. Il est largement à la hauteur de son ambition et délivre une œuvre d’une musicalité saisissante en retravaillant intelligemment les instrumentaux du groupe anglais. EMI va alors intervenir pour stopper la vente de cet album mais l’ « album gris » est déjà largement diffusé et a inondé le monde de la musique. Ainsi des artistes de renoms comme Sparklehorse ou Damon Albarn, détecteurs de talent, vont le solliciter.
C’est dans le cadre de Gorillaz que le chanteur de Blur s’entoure de Brian Burton pour la production de leur second opus, Demon Days, 4 ans après leur album éponyme. C’est ce projet qui inscrira définitivement Gorillaz comme un groupe extraterrestre dans le champ musical. Toujours dans cette même veine d’une pop déjantée, il formera avec l’un de ses premiers amis dans la profession, Cee-Lo Green, le groupe Gnarls Barkley. Porté par le titre « Crazy », ils conquerront le monde tous les deux l’espace d’un été.
Le « supa producer » se retrouve aussi dans des compositions moins « groovy » et beaucoup plus sombres. Comme en témoigne son travail avec James Mercier, en fin de cycle avec The Shins après une dizaine d’année d’implication. Le guitariste cherche un renouveau artistique et c’est ce que lui donne Danger Mouse avec la formation d’un groupe flambant neuf, Broken Bells. Ils nous délivrent un travail épuré et minimaliste, une gifle de douceur qui s’écrase sur nos oreilles.
Mais c’est définitivement pour le groupe-homme Sparklehorse que l’œuvre de Brian Burton prend une dimension charnelle. Il composera avec Mark Linkous les deux derniers albums avant son tragique suicide. Il donne alors à l’esprit torturé du rockeur la matière nécessaire pour s’exprimer dans toute sa dimension. En rétrospective, il posera des notes sur sa perte. Quand l’artiste est homme face à son œuvre, quand Danger Mouse redevient Brian Burton
La musique rien que la musique
C’est cet amour qui pousse l’artiste à ne jamais se cloisonner et rester dans un certain communautarisme musical, il pourra se féliciter d’avoir bossé avec tout le monde et de s’être essayé à différents genres. Les textures sonores l’animent et à aucun moment il ne cherche à tirer les gloires sur son personnage, son but exclusif reste et restera basique « faire de la bonne musique ». Chez lui tout n’est que collaboration même son seul effort solo The Grey Album reste un échange entre Jay-Z et les Beatles.
Son dernier projet en date, Rome, avec son complice du moment Daniel Luppi reflète encore cet état d’esprit. Mais cette fois, il(s) recherche(nt) l’esthétique visuelle du son avec une forte inspiration des films western. Rome sonne alors comme un large verre de whisky rempli de larmes de cow-boy qu’on boit calmement et sereinement afin de ne pas perdre une goûte de cette saveur unique.
The Grey Video :
Theme of Rome :




Sympathique la rétrospective, dommage qu’il n’y ait pas un mot sur son travail avec les Black Keys… surtout qu’il a remis ça le temps d’un morceau sur le « Brothers »
Sinon le type frôle le génie, voir même il l’atteint…