Le Geste de Youssoupha pour NeoBoto
Chronique d’une révolution avant l’heure : Noir Désir
C’est à 19h, qu’on nous a donné rendez-vous dans les studios Davout à Montreuil. C’est donc à 19h qu’on allait avoir le privilège de goûter en avant première à l’écoute d’un des glissements géo-politiques majeurs dans l’histoire du rap hexagonal avec les premiers frémissements sonores du 3ème album du lyriciste bantou, Youssoupha, et son Noir Désir. Une excitation exacerbée par une attente interminable, le rappeur n’ayant cessé de se faire désirer, un peu comme cette fille que tu apprivoises peu à peu et dont la seule chose que tu attends est un baiser.
C’est à cette sensation-là que nous nous attendions et alors quand nos trois fessiers se sont vissés sur ce canapé d’expérience qui épouse la forme de nos séants comme s’il n’en avait jamais connu un autre, la tension se ressentait incontestablement.
Puis arrive cette voix : « Alors là c’est le premier track de l’album, c’est produit par CHI et ça s’appelle L’Amour ». Nous esquissons un hochement de tête poli (on est comme ça chez NeoBoto) qui instinctivement laisse place à un vacillement de gauche à droite (ou de haut en bas selon les écoles), une mécanique huilée, précise, intensive mais irrémédiablement jouissive.
Les tracks s’enchaînent et les ambiances se succèdent avec un naturel qui rappelle les influences de Youss entre samples new-yorkais, refrains de Kinshasa et d’implacables combos électro. Un éclectisme qui reflète l’image d’un artiste mûr et qui récolte des années de semences d’ouverture et de métissage sonore.
Pendant que les instrumentaux s’habillent tantôt de soie ou de sang, Youssoupha incarne chacun d’entre eux et les accessoirise d’une cascade de punchlines. Le tout sans ne jamais tomber dans l’excessive facilité, car chacune d’entre elles est insérée dans une analyse textuelle précise et qualitative afin de préserver le crédit de la forme et du fond.
C’est alors que notre écoute se jalonne de « pfffff », vous l’aurez compris il ne s’agit pas là de l’onomatopée du mépris mais de celle qui définit en un soupir « Putain, finalement je n’avais jamais entendu de rap français ».
Un niveau qui lui permet de reprendre à sa manière les thématiques usées du rap hexagonal et ainsi lui donner un nouveau souffle, une nouvelle dimension. C’est lui même qui le déclamait dans le morceau éponyme de son street-album Eternel Recommencement :
« Okay, j’ai beau brailler sur des dizaines de mesures. Je peux rien te dire d’original qu’un autre rappeur t’ait jamais dit. Parce que finalement nos plaintes sont les mêmes, on décrit la même réalité, on dénonce les mêmes problèmes. Titre après titre, album après album. Au point que j’ai le sentiment que tout cela n’est qu’un éternel recommencement. »
Cependant, c’est une déclinaison de l’amour que nous délivre Youssoupha celui qui passionne, celui qui détruit, celui qui unit chacun d’entre nous. Un thème de vie dont Noir Désir est la soundtrack. Une paire de check de bandits plus tard et une discussion à cœur ouvert mais à micro fermé et une certitude dans la bouche de l’artiste. Bien que la pression ait pu peser sur ses épaules entre enthousiasme artistique et polémique juridique, c’est dans le geste et le travail qu’il a su triompher de ces perspectives anxiogènes. Outre la réception journalistique, populaire ou même commerciale, le rappeur se félicitera d’avoir fait un album qui lui ressemble.
On quitte le studio et on s’interroge forcément sur quel défaut pourrait bien avoir Youssoupha ? Ah si je crois qu’il était en train de manger un Quick et il faut admettre que c’est difficilement pardonnable.





Oh les enfoiré vous avez pas un petit lien streaming ou des petits snippets qui trainent haha?
Non mais certainement une surprise qui risque de se concocter dans les jours à venir !
Ca marche possible d’avoir un petit mail?
[email protected]
N’hésite pas : )
bravo pour cet article incroyablement bien écrit et qui correspond totalement à ce nouvel opus que l’on peut d’ors et déjà qualifié de classique. c’st trop ouf ce qu’il fait et votre article en est à la hauteur. félicitations