Décryptage du Sherlock Holmes des temps modernes
Qui est vraiment le Sherlock Holmes de Guy Ritchie ?
Avec ce deuxième volet des aventures du plus célèbre des détectives privés britanniques qu’il a une nouvelle fois réalisé, le cinéaste anglais Guy Ritchie (prononcez Guaille Ritchie sous peine de moqueries intempestives) met plus que jamais les pieds dans l’industrie hollywoodienne. Pourtant, c’est bel et bien avec un mythe absolu de la littérature d’outre-Manche, j’ai nommé Sir Arthur Conan Doyle, que l’ex-Monsieur Madonna tend à s’américaniser. Après un premier coup d’essai en 2010 qui s’est avéré être un succès fulgurant (590 millions de dollars de recettes pour un budget de 90 millions !), le réalisateur de “Snatch” et d’“Arnaques, Crimes et Botanique”, suppléé par son producteur Joel Silver et de son duo d’acteurs à qui il doit beaucoup, Guy Ritchie rempile pour un tour avec “Sherlock Holmes : Jeu D’ombres”. Si ce second volet reprend grossièrement les codes techniques et scénaristiques du premier, force est d’avouer que c’est une nouvelle fois au duo Holmes/Watson que revient la Palme. Dialogues ciselés, réparties cinglantes, complicité plus qu’évidente, cette amitié masculine pas toujours des plus viriles s’accomplie grâce à l’alchimie magnétique qui règne entre Robert Downey Jr. et Jude Law. Afin de mieux saisir l’étendue de cette personnalité particulièrement loufoque, nous vous proposons un décryptage en bonne et due forme du Sherlock Holmes imaginé par Guy Ritchie. Elémentaire, mon cher !
“Sherlie”, tantouze parmi les tantouzes ?
Quid des orientations sexuelles du vieux briscard imaginé par Conan Doyle ? Peu importe, celui qui nous intéresse n’est autre que le Sherlock Holmes pensé par sir Guy Ritchie : plus crypto-gay que jamais ! Dans le second épisode mis en scène par le bel étalon anglais, l’ambigüité du binôme Holmes/Watson, déjà identifiable dans le premier, atteint son paroxysme. Alors que le bon docteur (Jude Law) s’apprête à célébrer ses fiançailles avec la douce Mary (Kelly Reilly), le détective détraqué embarque son complice dans une cavalcade réservée aux hommes (majeurs). Une ambigüité que Guy Ritchie, en personne, assume totalement : “C’est exactement le mot : ambigüité. J’irai même plus loin, ils sont clairement amoureux l’un de l’autre. Mais deux amis très proches peuvent être amoureux. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il y ait passage à l’acte”*. Une relation qui peut paraître étonnante lorsque l’on sait que le cinéaste a longtemps été traité d’homophobe…
Dépressif illuminé ?
Le Sherlock Holmes du XXIème siècle tel que nous le présente Guy Ritchie est un homme désabusé, quasi autiste, évoluant en vase clos dans un immense bureau parsemé de gadgets chelou. Robert Downey Jr. campe à merveille ce détective blasé et solitaire, tiraillé entre le suicide et la poursuite de sa quête aventureuse. Si ce côté misanthrope incompris provoque la compassion de ses pairs, Holmes n’hésite pas à en abuser pour attirer les regards sur lui, notamment celui de la sulfureuse Irène Adler (Rachel McAdams). Disjoncté, dur à cuir, cabochard au grand cœur, Sherlock Holmes reste une énigme pour son aide ménagère qui s’inquiète de sa bipolarité. Un comble pour quelqu’un qui cherche à les résoudre.
Scientifique maladif ?
Une des grandes particularités du héros reste son approche mathématique du combat. Chaque geste, chaque coup porté à son adversaire est murement réfléchi et synthétisé par un cerveau en ébullition constante (Angle d’attaque 1 : l’oreille droite, 2 : la gorge, 3 : les côtes). Cette vista naturelle lui permet d’anticiper les attaques et d’avoir toujours un coup d’avance sur son ennemi. L’utilisation des ralentis et la suspension du temps lors des scènes de combats est également la clef de voute de la mise en scène de Guy Ritchie, bien que le réalisateur ait tendance à en abuser dans ce second volet.
Expérimentateur, chimiste à ses heures perdues, cette science du combat avantage Sherlock Holmes autant qu’elle l’handicape. Il lui devient alors impossible de se rendre à une quelconque soirée sans se sentir observé ou pris pour cible. Un vrai paranoïaque compulsif.
Sherlock Holmes : homme caméléon
Tout bon détective se doit de se fondre dans la masse lors d’un rendez-vous qui tourne au vinaigre. Sauf que notre ami a la fâcheuse tendance à s’accoutumer à n’importe quel objet du décor comme un rideau ou un fauteuil rayé, juste pour le plaisir… Pour ce faire, Holmes se tricote des costumes sur mesure que même Watson ne parvient pas à identifier (ceci nous vaudra une mémorable scène finale que l’on ne dévoilera pas…).
Doté d’une intelligence reptilienne qui lui permet de se camoufler dans les endroits les plus saugrenus à la manière d’un caméléon, les costumes de ce Sherlock Holmes des temps modernes sont devenus une institution, au même titre que sa pipe et son bulldog anglais.
Ses traits de caractères en font une personnalité attachante, son attitude gay-friendly et ses parures façon drag queen nous valent quelques tranches de rigolade, mais gageons que tout cela serait impossible sans le génie créatif d’un Robert Downey Jr. en état de grâce. Si l’ensemble du Sherlock Holmes revu à la sauce Guy Ritchie est critiquable sur bien des points (lourdeur de la mise en scène, surenchère permanente, décors en carton-pâte), l’interprétation qu’en font les deux protagonistes est tout bonnement savoureuse. Et comme ces américains ne savent jamais s’arrêter, on vous dit à bientôt pour le volume trois. Diantre !



