Bootsy Collins l'infatigable
Bootsy Collins : Eternal P-Funk Star
A presque soixante ans, l’un des personnages les plus emblématiques du P-Funk continue de sévir. Paré de ses éternelles lunettes, de son sourire immuable ainsi que de son haut de forme flashy, Bootsy Collins semble être resté bloqué en plein trip depuis la fin des années 1960. Toujours, est-il que Mr Bootzilla n’a jamais cessé de jouer son funk addictif seul ou accompagné. La sortie cette année de son dernier opus Tha Funk Capital Of The World, prouve une nouvelle fois que sa musique est loin d’être dépassée. Petite rétrospective d’un personnage attachant.
Ahh… The name is Bootsy baby
Quelle carrière tout de même ! Derrière cette insouciante jovialité et un détachement par rapport au réel pour le moins déconcertant, Bootsy Collins cache extrêmement bien son jeu. Car en l’espace d’une dizaine d’années, ce dernier aura apporté à la musique une folie salvatrice colossale à grands coups de lignes de basse rebondies et adipeuses. Familiarisé à l’age de 15 ans avec son futur instrument fétiche (la basse), et accompagné de son frère Phelps « Catfish » Collins, William est très vite gagné par l’univers psychédélique d’Hendrix : « Jimi a ouvert en grand les portes d’un nouveau monde cosmique jamais vu auparavant ». Cette expérience musicale s’avère donc être une sorte de traumatisme qui hante encore aujourd’hui son esprit. Après avoir créé avec son frangin les obscurs Pacemakers, les deux inséparables s’en vont rejoindre le furieux back band de James Brown, The JB’s. Une aubaine pour le bassiste qui apprend ainsi la justesse du rythme, la régularité ainsi que la discipline tout en participant à la création de morceaux dantesques comme « Sex Machine », « Soul Power » ou encore « Super Bad ». L’apprentissage est unique et on ne peut plus formateur pour ce jeune homme insouciant flirtant alors avec ses premiers trips de LSD. Après onze mois exténuants, la rupture avec Brown est définitive. Lors d’une séance, le Godfather of Soul éjecte Collins du groupe, irrité par le comportement du garçon alors en pleine montée d’acide. Il raconte alors : « J’étais assis près de lui et doucement son visage a viré au mauve. Les pores de sa peau se sont ouverts et de violentes éruptions ont surgi de son visage, ses cheveux étaient en feu. Je n’ai pas pu résister, je me suis écroulé par terre mort de rire. Personne ne rit au visage de James Brown, mais je n’ai pas pu m’en empêcher ». Si la différence de maturité a probablement joué un rôle dans cette séparation, ce facteur s’est avéré plus que payant lors de la rencontre avec George Clinton au début des années 1970.
Proches de par leur excentricité, leur univers commun, leurs prises récurrentes de drogues et surtout leur conception de la musique, les deux musiciens vont écrire ensemble une des plus belles pages de la musique. Collins prend alors le pseudo de « Bootsy », signant sous ce nom les opus débridés de Parliament et Funkadelic durant les années 1970 dont le fameux Mothership Connection (1975). Entre-temps, Bootsy forme son propre groupe funk, The Boostsy’s Rubber Band (1976) et crée un alter ego totalement allumé répondant au nom de Bootzilla (cf « Bootzilla »). Telle est la mythologie P-Funk alors en vogue. Accompagné de sa fidèle basse, Collins donne au son Parliament-Funkadelic une rythmique puissante qui parviendra à le faire basculer dans un funk à la fois lourd et élégant.
Des années 1980 à aujourd’hui
A la fin des années 1970-1980, les temps sont rudes pour le funk. Chassé par la vague disco, Bootsy Collins n’en demeure pas moins créatif. Les collaborations se multiplient jusqu’à la fin des années 1990 (Herbie Hancock, Zapp, Ice T, Praxis, Fatboy Slim, The Last Poets…), mais c’est surtout la génération hip-hop du début des 90′s qui parviendra à susciter un intérêt nouveau pour sa musique. 2Pac, Scarface, Biggie, Bone Thugs-N-Harmony, Too $hort, UGK, Ice Cube, sampleront Bootzilla à foison, convoitant son funk originel et décapant (qui sera une des bases du G-Funk) avec son aval enthousiaste à l’inverse d’un James Brown.
C’est d’ailleurs cette génération nourrie au P-Funk qui par la suite cherchera à s’accoquiner avec le musicien fou, comme l’attestent ses nombreux crédits auprès d’artistes comme Dru Down, Snoop Dogg, Hi-Tek, Da Lench Mob ou encore Big Daddy Kane. Toujours aussi actif en 2011 avec son dernier album Tha Funk Capital Of The World bien pourvu en guests (Snoop, Chuck D, Samuel L Jackson, Catfish Collins, Bobby Womack, George Clinton, même Hendrix !…) Bootsy n’est pas près de raccrocher. N’ayant plus rien a prouver (inscrit dans le Rock N Roll Hall Of Fame en 1997), seul le plaisir le guide. Keep the P-Funk alive !




