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Terrence Malick, ce grand malade
A La Merveille fait partie de ses films qui font tout particulièrement sentir le prix d’une place de cinéma. Mais si vous avez douloureusement perdu quelques euros que vous auriez bien du donné à votre première intuition qui était Spring Breakers et ses jolies affiches, ça n’est rien à coté de la gravité de la situation. Ne riez pas pauvres lecteurs, Terrence Malick est malade. Il ne souffre pas du genre de maladie qui a tout de même permis à Auguste Renoir de peindre avec des main brisées ou à Beethoven de composer sans ses oreilles. Non, nous parlons bien d’un mal interne auto-généré dont chacun des films de Mr Malick semble être l’IRM. On parle partout d’une augmentation de la fréquence de la sortie de ses œuvres (seulement deux ans entre The Tree Of Life et À La Merveille), ce qu’on ne voyait pas c’est que ça n’est que la preuve de la progression accélérée de son cancer artistique. On approche dangereusement des soins palliatifs.
Depuis The Tree Of Life nous sommes incontestablement rentrés dans une nouvelle phase de la carrière de Terrence Malick. Il gagne la palme d’or mais n’a jamais été aussi contesté. Sa vision intellectualisée et esthétique du monde qui le plaçait comme monument sacré du cinéma américain, laisse aujourd’hui comme un goût de foutage de gueule. Dans À La Merveille on retrouve tous les éléments qui nous ont fait admirer le maître mais ils sont placés là mécaniquement sans âme, multipliés même métastasés. Il ne manque rien, les voix off qui s’interrogent sur le sens de la vie, les plans au cœur des champs et de la forêt, la sublimation de la nature et des corps, des personnages qui arrivent sur des territoires inconnus…
Alors pendant une trentaine de minutes on y croit, on redécouvre la beauté telle que veut nous la montrer Terrence Malick. Tout particulièrement pour nous Français qui découvrons Paris et le Mont Saint Michel à travers la vision et la caméra d’un réalisateur au style si particulier. Il sait filmer des lieux, des situations, des histoires que nous avons vus, rencontrées ou entendues 1000 fois mais avec son propre regard, en nous surprenant. À La Merveille c’est l’histoire de deux personnes qui tombent amoureuses et qui essayent de s’aimer, à peu près comme le magistral The Notebook (N’oublie Jamais en français) qui n’a pourtant strictement rien à voir. Et n’est-ce pas tout ce que l’on demande au cinéma?
Lorsqu’un réalisateur est reconnu du public et de ses pairs, plane alors sur lui l’insulte ultime qui risque de tomber telle une épée de Damoclès à chaque fois qu’il sort un nouveau film. Quentin Tarantino et Woody Allen en ont fait les frais car eux aussi, ils sont devenus la « caricature d’eux-même ». Même s’il est très (trop) facile d’ainsi d’assassiner un artiste, il faut avouer que l’on peut aisément comprendre ce genre de reproche vis à vis des derniers films de Terrence Malick.
Son traitement froid et distant des personnages correspondait parfaitement à Badlands, son intérêt pour le lien entre l’homme et la nature est passionnant pour un traitement nouveau de la guerre dans La Ligne Rouge, ses questionnements existentialistes s’appliquent à merveille à un film sur la construction du Nouveau Monde. Autant d’éléments qui conjugués à certains sujets ou situations donnaient un ensemble presque magique. Mais reprendre indéfiniment ces mêmes éléments apporte forcément pour finir, une mauvaise combinaison du rubik’s cube.
Les ficelles de ses procédés autrefois innovants sont bien trop voyantes pour véritablement les apprécier deux heures durant. Terrence Malick nous montre toujours à quel point le cinéma peut être beau, mais il nous rappelle surtout par la même occasion combien il peut aussi être chiant.
Car oui contaminé par lui-même, malgré la trace d’organes qui autrefois fonctionnaient bien, le cancer est desormais généralisé. Une overdose d’images subliminales et de voix off murmurantes coupent tout lien avec son public. Le scénario d’À La Merveille est tellement abstrait qu’il est impossible de s’identifier à quoi que ce soit. Alors en pauvres humains que nous sommes et qu’il s’est trop efforcé de décrire nous rejetons ce que nous ne comprenons pas. C’est ainsi que Terrence Malick est annoncé mort tout autour de vous, emporté tragiquement par la branlette intellectuelle.




