Un rouquin dans la ville

King Krule, un roi dans la lune

29 août 2013 . Pas de commentaire
By Esco', in US Side

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Des prodiges naissent tous les ans. La musique a ceci de fascinant qu’elle nous permet sans cesse de découvrir, partager, échanger, apprendre, voyager. Chaque pays, chaque culture, chaque recoin de la planète possède son propre son, son propre rapport à l’art. Donc à la musique. Le tango en Argentine, le highlife au Ghana, la cumbia en Colombie et, par définition, le rock en Angleterre. Qu’ils soient péruviens ou capverdiens, coréens ou serbes, ces petits génies de la musique sont tous reliés par un dénominateur commun : celui d’avoir changé la donne, bouleversé les codes d’un genre à un instant T. Archy Marshall est de ceux-là. Ou, du moins, ose-t-on l’espérer. Anciennement Zoo Kid, Londonien de naissance, tout juste majeur et roux comme un pur sang irlandais, King Krule affole les radars. Cap sur le pays d’Elizabeth.

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Voix sacrée

Crier au génie est sans doute prématuré. Car voilà, aussi prometteur qu’il puisse paraître, King Krule n’avait, jusqu’à ce samedi 24 août et la sortie de son premier opus, juste assez de titres pour gonfler un set d’une cinquantaine de minutes. À la faveur de deux EP sortis entre 2010 (U.F.O.W.A.V.E. sous le nom de Zoo Kid) et 2011 (King Krule) à l’orée de son dix-septième printemps, le rouquin du South East London est parvenu à s’attirer en quelques mois les éloges de l’ensemble de la presse européenne. À dix-neuf ans, Marshall chante avec la maturité d’un quarantenaire dans un corps chétif de pré-ado. Et puis il y a cette voix. Une voix hors du commun, caverneuse et dilatée, qui peut vaguement faire penser à celle d’un autre irlandais célèbre pour son sourire chaotique et ses récits d’ivresse : Shane MacGowan. Si la comparaison entre King Krule et le leader des Pogues est évidente, c’est aussi pour ce grain so british et cette âme tortueuse qui s’échappent de leurs paroles et par laquelle transparaissent les maux d’une société en péril (“The Noose of Jah City”).

Mélodie en sous-sol

Ecouter King Krule, c’est un peu comme déambuler dans une vieille banlieue anglaise un lendemain de cuite. Une musique qui transporte, qui charme et nous fait aimer l’Angleterre pour ce qu’elle est : une terre atypique, parfois hostile, pépinière de talents et mère des plus grands apôtres du rock’n’roll. Pourtant, le jeunot ne se revendique pas vraiment de cette école mais plus de celle de son mentor et voisin Mike Skinner, seul esthète contemporain qu’il semble vraiment admirer. Lui, et puis son frangin. Car chez les Marshall, la musique est une affaire de famille : “Mes parents écoutaient énormément de jazz, de la pop, du ska, de la musique expérimentale, du punk. J’ai assimilé toute cette culture, inconsciemment, sans avoir à mener des recherches. Ma mère donnait des fêtes où le dub et le garage faisaient trembler les murs”, racontait-il à Libération l’an passé. Pas étonnant, dès lors, que sa musique soit gorgée de ce dubstep nonchalant dont les Londoniens sont mordus (qui a parlé de James Blake ?). Il y a, chez King Krule, quelque chose d’impalpable, d’indicible, que l’on ressent et qui nous échappe. Une atmosphère flottante qui prend aux tripes, vous happe et vous plonge dans un univers nébuleux.

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Un rouquin dans la ville

6 Feet Beneath The Moon, sorti au lendemain de son dix-neuvième printemps, confirme la tendance. Marshall est de ces gamins surdoués qui sentent et comprennent les choses avant les autres. Lui dit ne vivre que pour la musique, et l’art en général, qu’il a étudié à la Brit School de Londres puis aux Beaux-Arts avant de lâcher prise pour se consacrer pleinement à sa passion, toujours entouré des siens. “Désormais, c’est ma mère qui fabrique les t-shirts « King Krule » et fait les produits dérivés, c’est mon frère qui fait les visuels… c’est chouette, on est tous ensemble sur mon projet.

Tous ensemble, et seul à la fois. Car non, Archy Marshall n’est définitivement pas fait du même bois que les mômes de son âge qui tuent le temps sur Google et les réseaux sociaux. Lui rêve davantage de plénitude et d’espaces verdoyants, de quitter cette ville qu’il aime mais connaît trop pour recouvrer la vraie liberté. King Krule est en quelque sorte ce roi du bitume, cet aristocrate de la plèbe comme il dit, dont le talent rayonne en marge du star-system.

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Riche de mille influences, la blue wave d’Archy Marshall est le reflet de l’Angleterre d’aujourd’hui. Au carrefour du punk, du garage et du trip-hop, le gosse de banlieue façonne une musique d’une simplicité déconcertante, qui brise les formats et illumine l’esprit. Comme si la pureté était soudainement devenue salvatrice, évidente. L’avenir sera roux, nous dit-on. Peut-être… Pour l’heure, le kid boit des bières, traine sur les bancs du lycée avec ses potes et fait des concerts en survêt’. En mode “roi du bitume”, toujours.

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- Morgan Henry -
@Esco

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