Time is ILLmatic

Edito #71 - Mon expérience d’Illmatic

21 avril 2014 . Pas de commentaire
By Seb, in Featured, What else ?

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L’enfance est une période plutôt floue dans laquelle je m’y repère grâce aux studios de Walt Disney. Quand Nasir Jones sortit son premier album le 19 avril 1993, malheureusement aucun Disney. Du coup, aucun souvenir. Quelques années plus tard, bien après la vague des 2Be3, la chaîne MTV apparut sur la télévision analogique. Cette première porte d’entrée massive à la l’hégémonie culturelle m’introduisit à un bonhomme de Queensbridge qui me fit voir (« Made You Look ») comment porter correctement un bob sur les « playgrounds » d’Harlem. Les années passèrent, cependant mon admiration pour ce monument déclina lorsqu’un prototype musclé fit son entrée dans le club (« In Da Club ») avec une science implacable du refrain maîtrisé en quatre mesures.

Ma connexion Internet passant de 56k à 512k, les choses changèrent profondément. Dans un premier temps, mon Modem ne fut plus de bruit. Néanmoins, le plus important fut le « monde » et une culture tout entière qui s’ouvrit à moi en un clic et seulement quelques heures d’attente. KaZaA et eMule firent le reste et me permirent de faire ma première vraie rencontre avec Nas durant précisément une heure, vingt-sept minutes et trente-trois secondes. Un premier rendez-vous mitigé car malgré le travail certain, Street Disciple ne bouscula pas la hiérarchie dans mes CD Verbatim - ou dans d’autres termes à faire descendre de mon podium College Dropout, The Black Album et The New Danger. Le choc générationnel diront certains…

C’est bien ici qu’Illmatic prend son sens. Point de repère intemporel à l’heure où le terme « classique » n’a jamais autant été galvaudé, où les stars virtuelles pullulent - une pensée pour Lil B - et où les points de référence s’amenuisent.

Illmatic s’inscrit dans la lignée des standards indispensables pour comprendre l’essence d’un genre et l’histoire d’une culture. Chacun aura son expérience d’Illmatic. Certains malheureusement y seront indifférents. Certains, s’efforceront à le décortiquer via Rap Genuis et liront « I‘m taking rappers to new plateau, through rap slow » et ensuite réfléchiront… Certains approfondiront pour comprendre comment à 21 ans, un gamin du Queens redistribua les cartes au sein de la Big Apple. Certains s’intéresseront aux crédits et remarqueront qu’il était encore très rare de voir différents producteurs réunis pour un même album, car à l’époque les choses fonctionnaient ainsi : un MC/un DJ. Certains, creuseront puis tomberont sur une critique du magazine The Source et sur son auteure Shortie aka Miss Info qui en attribuant le Saint Graal pour tout rappeur « Five-Mic », redonnera une nouvelle norme.

En somme, les influences d’Illmatic sont multiples et sont magnifiquement bien résumées ici. Mais au-delà de ça, Illmatic fait partie de ces albums qui concilient les générations. Cependant, dans le cas où il ne réussirait pas, son impact doit être conté à la manière d’un cours d’histoire. Difficile d’analyser les relations franco-allemandes sans savoir qu’il y eut entre 1939 et 1945 la Seconde Guerre mondiale, non ? Pour le hip-hop de même. Sans Illmatic, cette culture que l’on prédestinait à mourir vite n’aurait jamais été la même.

Pour le vingtième anniversaire d’Illmatic, Neo Boto se devait de faire son devoir de mémoire. Bon lundi de Pâques.

#TimeIsILLmatic

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Sébastien Darvin
@ShawnPucc

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