Jeune et ambitieux

Yung Lean, triste comme les années 2000

18 avril 2014 . Pas de commentaire
By Mael, in Featured, US Side

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Premier jet d’une génération de rappeurs nourrie à la culture des années 2000, Yung Lean, 17 ans, n’a peut être pas débarqué sur votre ordinateur avec la rapidité d’un virus mais plutôt avec l’efficacité d’un cheval de Troie, une bombe à retardement. Il s’installe peu à peu dans vos suggestions YouTube ainsi que sur les sites de culture hip-hop que vous fréquentez, se retrouvant même dans les fils d’actualité de vos réseaux sociaux préférés. Nominé pour les XXL Freshmen 2014 il prouve qu’il mérite que l’on s’intéresse à lui. Voici le portrait du précurseur d’une génération qui s’accapare la scène virtuelle.

Un rap hybride

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La Suède est un pays encore assez sous-développé en ce qui concerne le rap, mais il existe une bande de potes de Stockholm qui, gavés à la culture hip-hop américaine et élevés par internet, ont décidé de faire un mix de tout cela pour proposer leur propre rap. Parmi ces rappeurs il y a un qui a su exporter son art avec brio, il se nomme Yung Lean et il a 17 ans.

Le MC suédois pratique un rap hybride, une musique qui regorge d’influences diverses. Tout comme la trap l’avait fait au début du millénaire en associant rap et dubstep, lui mélange les genres pour poser un rap vocodé, au flow presque parlé sur le genre d’instrumentales electro-smooth qui fleurissent sur Soundcloud. Un rap aux lyrics semblables à celles de MCs américains, du genre putes et drogues. D’ailleurs, la référence qu’il cite le plus quand on le questionne sur ses influences est Lil B. Et c’est vrai que cette influence se ressent autant dans les textes que dans le flow du rappeur du Nord.

Presque un an après la sortie de Unknown Death 2002, un premier projet plutôt prometteur qu’il a balancé gratuitement et dans lequel figurent ses potos Yung Gud et Yung Sherman, Lean semble avoir pris de l’assurance. En tout cas c’est ce qu’on peut en déduire à l’écoute de son titre « Kyoto », apparu il y a quatre mois sur la toile et qui à ce jour compte parmi ses meilleurs scores de vues. Eh oui, c’est un artiste avec lequel on est obligé de parler en « nombre de vues » sur YouTube et pas en chiffres de ventes. Comme pour tous ces « comiques » de YouTube, avoir un paquet de vues sur une vidéo rapporte de l’argent. C’est la preuve d’un véritable phénomène au sein de l’industrie de la musique, et c’est d’ailleurs pour ça que nous nous retrouvons aujourd’hui avec de plus en plus de clips par projet.

Mais Yung Lean n’est qu’un ambassadeur parmi d’autres de cette génération née dans la deuxième partie des années 1990. Car il marche en équipe, une team nommée Sad Boys dans laquelle nous retrouvons également Ecco2K, Bladee et bien sur Yung Gud et Yung Sherman qui sont au passage les principaux auteurs des productions du jeune rappeur. C’est un groupe de jeunes suédois qui s’est formé au fil des rencontres dans un parc de Södermalm (quartier de Stockholm d’où ils sont originaires). Une génération dite Z, qui est née dans un monde en crise, et bien qu’en tant qu’occidentale elle n’ait jamais connu le besoin, l’hyper accès à l’information, notamment grâce à l’internet, lui a permis de se rendre compte qu’elle vit dans un sad world.

Un visuel culturel

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Dans le monde de Yung Lean, le visuel a autant sa part que la musique. Une manie cultivée qui fascine pour les uns et provoque l’incompréhension chez les autres. Acidulé, il est la plupart du temps inspiré de la culture web et culturelle des années 1990 et 2000, témoignage de la nostalgie d’une époque qui est quelque peu antérieure à son âge, mais qu’importe, il semble se l’être plutôt bien attribuée. Et aujourd’hui, le visuel semble gagner en importance au détriment de la musique elle-même, bien que cette dernière reste heureusement l’objet d’attentions particulières.

Pour le visuel, Yung Lean pratique un savant mélange de culture rap américaine, combinée à une influence asiatique notamment perceptible au niveau des jeux vidéo. Ainsi, dans le clip de son titre « Hurt » on le retrouve bob ou foulard sur la tête, dents en or, flacon de codéine ou jeux de Nintendo 64 à la main, le tout devant un fond vert aux incrustations suintant l’internet 1.0. Un visuel qui passe aussi par un mode de vie, ou plutôt par le lifestyle qu’il essaye d’adopter. Là-dessus encore, il s’inspire largement de la culture rap américaine. Il ne se voit pas passer sa vie en Suède, mais plutôt dans une villa à Miami ou à New-York avec tout ce qui va avec : studio d’enregistrement, filles et drogues.

Cela peut paraître ridicule ou faire mal aux yeux de certains. À force de trop insister avec des visuels pleins de chez pleins, le rappeur risque d’être pris pour une caricature. Car en plus de risquer de provoquer une crise d’épilepsie, ses clips peuvent vous agacer, au point de vous faire rater le critère plus important, le morceau. Une telle insistance sur le visuel peut apparaître comme un pari risqué, mais chez Yung Lean, elle s’apparente plus à la mise en image d’un monde intérieur qu’à un pari commercial.

Une hyper-connectivité

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Dans une ère qui nous donne l’impression que percer n’a jamais était aussi simple, il y a quand même de nombreux pièges à éviter. Car si l’accès à la lumière est plus rapide, le retour dans l’oubli l’est tout autant. C’est vrai, on ne compte plus les Soulja Boy et autre Lil Bow Wow à avoir profiter de la toile pour se faire connaître, des noms qu’internet nous a fait oublier.

Et c’est pour cela qu’aujourd’hui internet ne se manipule plus aussi simplement qu’il y a dix ans, avec le flux de nouveautés quotidiennes que nous apporte la toile il faut savoir apporter de l’innovation, du jamais vu. Mais lorsque comme Yung Lean et toute une génération de moins de vingt ans qui a été élevée à la culture américaine via la télévision et surtout par internet, il suffit juste de faire un medley de toutes ces cultures pour en ressortir quelque chose de nouveau mais dans lequel un grand nombre de personnes se reconnaîtront.

Yung Lean and fans.

Yung Lean and fans.

C’est pour cela que nous retrouvons un Yung Lean hyper connecté aux réseaux sociaux car ces derniers offrent un immense moyen de communication gratuit et quasiment accessible à tous. C’est ainsi que chaque jour il approvisionne son compte Twitter et illustre son quotidien avec pas mal de photos sur Instagram. Une connectivité qui se retrouve aussi dans la manière de diffusion de sa musique, qui se fait uniquement par YouTube, et lorsqu’il sort son projet il le fait via le net et en téléchargement libre. La référence à Lil B prend encore plus quant à la gestion numérique de l’image, car tout comme Yung Lean, le rappeur de Berkeley fait un usage massif des réseaux sociaux afin d’étendre son réseau de fans.

Image de prévisualisation YouTube

Maintenant reste à savoir si Yung Lean saura trouver sa place parmi les grands noms du rap, ou s’il repartira se geler les c******* dans le nord de l’Europe. En attendant il a l’air de tout faire pour s’exporter, il est en tournée européenne avec le Sad Boy Crew et a même fait un tour à Paris le mois dernier. Un artiste encore jeune mais qui va devoir continuer à faire ses preuves, pourquoi pas avec un EP, s’il ne veut pas tomber dans l’oubli.

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Maël Vandergooten

@Maelvs

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