Wale : Analyse d'un revirement artistique périlleux
W.A.L.E, une descente aux enfers en quatre lettres
Compliqué de se faire une place au soleil quand on est issu de la génération Drake et Kid Cudi. Bien qu’épaulé à ses débuts par l’influent et éclectique Mark Ronson, Wale reste largement dissimulé dans l’ombre de ses homologues rappeurs. Le kid de DC finit par s’imposer graduellement et au forceps dans le game, en proposant un premier effort, Attention Deficit, emboitant le pas à un florilège de Mixtapes. Deux ans plus tard, changement de cap, direction l’écurie Maybach Music pour Ambition, un deuxième album à l’intitulé symbolique. W.A.L.E : quatre lettres, quatre explications d’un suicide artistique en bonne et due forme.
W. ashington DC
En grandissant à Washington DC, enfant d’une famille issue de l’immigration Nigériane, difficile de s’imposer en tant que MC dans une ville peu connue pour son vivier Rapologique. Wale écume alors le bitume transpirant des bouches de métro dégoulinantes d’authenticité de sa ville natale, avec un micro et une verve poignante comme seuls moyens d’expression. De ces débuts modestes dans un milieu ingrat envers les cultures urbaines, le nigérien d’origine gardera une sincérité et une fierté palpable, lui qui aura réussi avec plus ou moins de succès à placer la capitale des Etats-Unis sur la carte du mouvement hip-hop. « It ain’t where you from, it’s where you at ». Un adage que Wale Victor Folarin s’est empressé d’adopter, en laissant derrière lui la fraicheur et le relatif anonymat de DC pour savourer le soleil de Miami et sa sphère lucrative. De la go-go music aux productions sous stéroïdes de la scène Floridienne, le parcours n’est visiblement pas si périlleux. Un exode qui marque la première étape d’une perte d’identité et de crédibilité artistique. « DC or Nothing » qu’il clame sur Ambitious…Jamais Wale n’aura été si éloigné de ses racines.
A. mbition & Attention Deficit
Tout, depuis la cover, jusqu’à la tracklist « No Days Off », « Ambition », « Legendary », « Miami Nights », laissait présager un glissement vers le côté obscur du rap game. Sans pleinement convaincre, Attention Deficit avait surpris par sa fraicheur de ton et sa variété, en capitalisant sur une ambiance mainstream volontairement exacerbée (« Chillin’ »), contrebalancée par des pistes à l’ambiance davantage feutrée et introspective (« Diary », « Beautifull Bliss »). Une liberté artistique évidente, expression d’un kid issu d’un mélange culturel porteur d’influences diverses. Pourtant, Ambition impressionne par sa platitude et sa banalité, pénalisé par des productions homogénéisées à l’extrême, parfois à la limite de l’audible (« Slight Work », « Lotus Flower Bomb »), d’autant plus plombées par un Wale qui distille les lyrics les plus risibles de sa courte carrière. Morceau choisi « She hates me when I leave ‘cause when I leave I never call her[…] I can call you right quick, but if I call you, you gon’ be like boo why we haven’t skyped yet ?”. Son égo certainement affecté par le modeste succès commercial de son premier album, le natif de DC s’est fondu dans un moule prétendu lucratif, où la quantité et le matérialisme priment sur la véritable recherche artistique. L’époque de The Mixtape About Nothing et ses beats de J Dilla, Mark Ronson ou Questlove semble bien éloignée. Loin d’être ambitieux, Wale a finalement choisi la voie de la facilité, si bien que le constat s’impose d’emblée : le MC n’a pas les moyens d’être à la hauteur de ce qu’il prétend représenter.
L. abels
Le début de la fin comme on dit. En signant sur Maybach Music, Wale choisit le chemin de la rédemption commerciale. Ecurie rutilante de matérialisme, de vanité et d’égocentrisme, l’équipe de Rick Ross survole le mouvement hip-hop avec une lourdeur proportionnelle au poids de son Boss. Un point de chute attractif, séduisant de par son exposition médiatique et son carnet d’adresse aussi fourni qu’un décolleté de Kim Kardashian. Ambition est le reflet exaspérant de sa nouvelle structure : un album au potentiel lucratif commensurable mais dont la carence la plus pénalisante reste l’humilité. Une notion depuis bien longtemps oubliée par la scène mainstream de Miami, où les Maybach imposantes ont fini par envenimer un gamin qui faisait ses gammes dans le métro de DC il y a cinq ans de ça. Reste Stalley, MC ô combien talentueux et récente signature de Maybach Music, dernière occasion de nous faire mentir quant à la capacité de la structure à briser une identité artistique pourtant solidement établie.
E. clectisme
En faisant appel à des beatmakers aux horizons aussi variés que The Neptunes, Cool & Dre, Mark Ronson ou Dave Sitek pour son premier effort, Wale jouait la carte de la versatilité et de l’éclectisme. Si le résultat s’apparentait à un joyeux bordel musical, ponctué d’éclairs de génie (« Beautifull Bliss »), le MC piochait un peu partout, constituant un ensemble hétérogène, parfois agréablement déroutant. Petit nouveau dans une industrie accablée par une rigueur étouffante, d’aucuns ont perçu en Wale la métaphore d’une scène hip-hop qui puise sa source dans un mélange des genres longtemps renié. On ne prend pas les mêmes et on ne recommence pas, exit les Mark Ronson et DJ Green Lantern, Ambition se façonne sur une uniformité troublante, soutenue par d’illustres inconnus derrière les manettes. Le génie créatif de l’artiste tué dans l’œuf, Ambition met en exergue un MC métamorphosé, sans charisme aucun, et dont la personnalité bondissante a été placée sous le joug d’une homogénéité redoutable. L’éclectisme originel de Wale, cette association de go-go music, hip-hop, pop, soul et r’n’b, apparait comme un mirage noyé dans un désert de conformité.
A l’heure de la sortie de son deuxième album, la côte de popularité de Wale est à son firmament, alors même que sa carrière, d’un point de vue strictement qualitatif, est sur la pente descendante. Je-m’en-foutiste ou simplement dépassé par les événements ? Le cannibalisme de Maybach Music Group semble avoir eu raison d’un gamin de Washington DC avec des rêves plein la tête. Dans le mauvais sens du terme. W.A.L.E, ou quatre lettres qui ont perdu de leur superbe.




J’suis daccord sur tous sauf une chose, je m’explique. J’ai l’impression que vous l’enterrez lui et sa carriére de MC a 12 pieds sous terre alors que bon c’est son premier « échec ». « Attention » était cool. Et « The Mixtape About Nothing » était plus que bien. Faire un album en carton ne veut pas dire que c’est la fin pour lui. Après j’ai compris l’article comme ça peut-être que je me trompe. Mais en tout cas s’il reste dans le label au gros Ross c’est vrai qu’il est dans la merde…
Peace!
Salut Tothaface! Vois plutôt cet article comme une critique de l’orientation que la carrière de Wale est en train de prendre. Le MC apportait une véritable fraicheur et n’était à n’en pas douter un très bon rappeur. Cette signature sur Maybach Music semble l’avoir complètement métamorphosé en MC prétentieux et imbus de lui-même, à l’image de sa nouvelle structure. Si Wale reste un rappeur plus que correct, il a simplement perdu de son éclat. C’est cette opposition que j’ai voulu mettre en avant. On voit franchement mal comment il pourrait inverser la donne, comme tu l’as dit, en étant signé sur le label de Rick Ross. Espérons en effet, que sa carrière puisse se relancer, c’est tout le mal qu’on lui souhaite, surtout qu’il en a largement les moyens. Merci de ton commentaire en tous cas, j’espère avoir compris ta réaction !
Apparemment ça plait, vu qu’il réalise de bonnes ventes pour Ambition, donc ca ne le poussera pas a refaire un projet convenable. L’album s’en sort grâce a ses prods en général, mais Wale s’etouffe et se complait dans de la chanson facile. Ross le fait car il n’a pas les compétences pour le faire, Wale c’est déjà plus dérangeant.
Les prédictions annoncent en effet pas loin de 200 000 ventes pour Ambition. Rick Ross est en effet un moins bon MC que Wale, et n’a jamais changé d’orientation artistique, que ça plaise ou non, son style est établit. Comme tu le dis Isaiah, Wale a choisi la voie de la facilité en ce centrant davantage sur le côté marketing de son projet que sur ses capacité de MC, pourtant bien développées.
Sa signature chez MBM ne va pas arranger les choses en effet, et c’est bien triste…j’espère sincérement que Stalley ne suivra pas la même voie, la perte d’un talent comme le sien serait vraiment dommage !
J’etais a la release party de Ambition et le man a de quoi revendre. Cet article est fonde mais peu lie a la realite du jeu, comment est-il cense se faire un nom sans l’aide d’un label? Si vous aviez ecoute ambition, Wale ne s’eloigne pas de son style initial malgre qqs feats qui ont l’air d’avoir ete influences par MMG. Il reste un des gros espoirs du rap et je suis sur qu’il aura plus l’occasion d’imposer son style lors de ses prochains albums.
@Marco Au contraire, cet article a été le résultat de nombreuses écoutes de Ambition. Encore une fois, ce qu’il en ressort est un changement radical d’orientation artistique, que ce soit au niveau des productions ou de l’attitude que le MC dégage. Wale est à n’en point douter un rappeur plus que convenable, il apparait simplement que cet album est raté car très peu original. Espérons en effet que Wale arrivera sur ses prochaines sorties à imposer son propre style, en évitant de se faire dévorer par MMG. J’ai cependant du mal à comprendre la phrase suivante : « Comment est-il sensé se faire un nom sans l’aide d’un label? ». Wale était signé sur Interscope Records avant Maybach Music, son départ semble donc voulu, il est normal qu’il veuille profiter de la reconnaissance qu’un label peut lui apporter, il apparait simplement qu’il n’a pas choisi le meilleur!
@Nico, oui oui on s’est tout à fait compris alors. On est sur la même longueur d’onde.