S’ils avaient été Français #1 : 1+1 de Beyoncé
Au cinéma, les débats font rage. Il y a ceux qui ne supportent pas de devoir lire des sous-titres, ceux qui ne supportent pas ne pas d’entendre la voix des vrais acteurs, et ceux qui se disent des inconditionnels de la V.O. et qui regardent secrètement Titanic en V.F. par pure nostalgie. Mais, sur un Menu de DVD, ou de BluRay pour les plus riches, ou de BluRay 3D pour la famille Bettencourt, il y a toujours le choix d’une traduction. En musique, nous n’avons pas cette chance. Les années 60 avaient tenté le coup avec Julien Clerc qui laissait entrer le soleil (« Let The Sunshine In »), mais un instant seulement puisque l’ombre s’est vite étendue sur ce genre de projet, tant le résultat tourne systématiquement au désastre.
Est-ce notre chère langue de Molière qui a tendance à rendre ridicule tous les nobles sentiments évoqués dans les chansons écrites dans celle de Shakespeare ? Ou est-ce trop de crédit que la France accorde aux mots et devient méprisante au premier petit cliché textuel ? Dans tous les cas, il y a matière à rire.
Découvrez, pour ce premier épisode, ce qu’aurait été la récente track « 1+1″ si Beyoncé avait été française.
Ce qu’Etta James (« I Just Wanna Make Love To You ») et Michel Polnareff (« L’Amour Avec Toi ») ont en commun, Beyoncé le partage également grà¢ce à ces quelques vers d’une clarté et d’une nudité (est-ce le cas de le dire ?) à toute épreuve : Right now baby make love to me me me mee mee. Ooooh oooh make love to me., ce qui signifie dans une traduction évidemment des plus objectives : Tout de suite bébé fais moi moi moii moii l’amour. Ooooh Oooh fais moi l’amour.
Si cette demande insistante on ne peut plus charnelle laisse court aux pulsions animales de la reine B, ne vous méprenez pas ! L’esprit est on ne peut plus important pour elle. Cependant, elle confesse humblement ses lacunes : I don’t know much about algebra, but I know one plus one equals two Je n’y connais pas grand chose en algèbre, mais je sais que 1+1 = 2.
Attirer son homme dans son lit est l’objectif, et, à la vue du titre, son argumentaire repose sur les mathématiques, soit !, le titre « 1 2 3 4″ de Feist a bien rythmé l’été 2007. Mais bien que chanter à tue-tête unnn plus unnn égal deuuuux peut s’avérer très convaincant (?) elle a plus d’un tour dans son sac.
Pleine de fourberie, elle utilise une ruse classique dans les techniques d’argumentation: flatter l’adversaire : If I aint got nothing, I got you / If I aint got something I don’t give a damn, cause I got it with you, Si je n’ai plus rien, je t’ai toi / S’il me manque quelque chose, je m’en fiche, car je l’aurai avec toi. Bravo B. Crédible et discret. Elle en profite bien sà»r pour insister sur les compétences de son bien aimé (ou de sa proie, question de point de vue) pour accomplir sa demande : Darling you got enough for the both of us / So come on baby, make love to me, Chéri tu en as assez pour nous deux / Alors, vas-y bébé, fais moi l’amour.
Pour couronner le tout, elle va jusqu’à la figure de style (toujours pour obtenir un rapport sexuel, rappelons-le) en exploitant un parallèle vieux comme le monde (ou comme Johnny Hallyday) entre l’amour et la guerre. Après : Quand on a fait l’Amour / Comme d’autres font la guerre / Quand c’est moi le soldat / Qui meure et qui la perd dans la chanson « Que Je T’aime », Beyoncé nous offre : Make love to me. So that when the worlds at war, that our love heal us all, Fais-moi l’amour, pour que quand le monde est en guerre notre amour nous guérisse tous. Jay-Z peut dorénavant prétendre faire partie du cercle fermé des X-Men. Son pouvoir? Un pénis guérisseur.
Finalement, l’ancienne leader des Destiny’s Child ne connait pas grand chose en beaucoup de choses : Hey ! I don’t know much about guns but I…I’ve been shot by you / Hey ! And I don’t know much about fighting, but I, I know I will fight for you, Hey ! Je n’y connais pas grand chose en armes à feux, mais tu m’as tiré dessus / Hey ! Je n’y connais pas grand chose en combat, mais je sais que je me battrai pour toi.
à‰tait-il vraiment nécessaire de s’aplatir ainsi comme une crêpe et tant flatter l’égo de son bien aimé lorsque l’on a les formes de Beyoncé Knowles ? Dans son album 4, la chanteuse parcourt plus d’un siècle de féminisme entre sa première track « 1+1″ et la dernière « Run The World (Girls) » dans laquelle elle semble enfin comprendre qu’elle n’avait pas besoin de toutes ces niaiseries pour obtenir ce qu’elle souhaite : You’ll do anything for me / Who run the world? Girls, Tu ferais n’importe quoi pour moi / Qui dirige le monde ? Les filles !
Pour mettre du son sur le sens (ou l’inverse on ne sait plus très bien),
Beyoncé - 1+1




J’aime bien ce premier épisode. En attendant la suite.
Plein d’humour et de dérision! J’aime.
C clair que pour une bonne partie des tracks anglo-saxonnes, une fois traduites elles deviennent ridicules…
Mais tant que l’on ne comprend pas les paroles et que le rythme est entrainant, que demande le peuple? Hein?
Une trad’ de 50 genre Candy Shop ou Magic Stick ça doit être marrant.
Moi je veux bien voir la même chose pour des rappeurs cainris qu’on considère comme de grands lyricistes. A mon avis ils ne sont pas tous irréprochables.