Rap et R'n'B, un effet de mode ?
R’n'B et Rap, pour le meilleur et pour le pire
Il est parfois difficile dans les musiques urbaines de distinguer la frontière entre des phénomènes de tendances passagères et ceux qui relèvent des fondements de la culture même. Alors quand Chris Brown, Trey Songz, Justin Timberlake, The Weeknd, Bei Major et Marc Lavoine (n’oubliez jamais chers lecteurs la sensation « Je me sens si seul » de l’été 2005) s’essaient au rap, on pourrait naà¯vement crier à un effet de mode puis ainsi pousser et in extenso fausser l’analyse sur la recrudescence d’une embellie autour du hip-hop. Cependant depuis une vingtaine d’années, le monde du r’n'b est marqué par une multitude de tentatives rappées de ses protagonistes les plus illustres. Mais forcément la différence de l’exercice entre une voix sublimée dans un slow beat et celui de la recherche d’un flow original sur des instrumentaux saturés pose des interrogations autant sur le fond que sur la forme.
Vulgarisation de l’exploration de la partie submergée de l’iceberg.
Le chanteur r’n'b, un rappeur qui se tait
La musique comme bien d’autres thématiques est emportée par la culture du buzz, mère des raccourcis, rapide et efficace dans la perspective d’interpeller nos esprit chétifs. Des articles originalement titrés « Chris Brown/Justin Timberlake/Justin Bieber/Trey Songz se met au rap » qui précèdent des réactions d’approbations ou de rejets par les internautes qui se tiennent à « J’aime bien moi / Ah non moi j’aime pas ».
Malheureusement cette superficialité qui prête à croire que chacun de ces artistes s’adonneraient uniquement à ce type de performance pour le bruit que cela engendre semble bien loin de la réalité. En effet de tout temps, la concomitance entre la forme contemporaine du r’n'b et la naissance du hip-hop ont poussé musicien et chanteur à l’intérêt, la curiosité et au mélange dans deux cultures agglutinantes unies par les liens sacrés de la black music.
C’est donc logiquement que New Edition apporte cette dimension au genre, une saveur qu’on retrouve dès le premier album solo de Bobby Brown o๠encore dans des groupes comme Bell Biv Devoe. Des bases reprises naturellement au fil du temps par Blackstreet, R. Kelly ou autre Mary J. Blige témoignant ainsi que cette liaison passionnelle transcende de loin l’éphémère pour s’inscrire comme une base même du genre. Une nature qui ressort aujourd’hui parfois de manière schizophrénique, une pathologie violente qui explose brutalement comme une chemise lors de la transformation de Bruce Banner pour devenir l’incroyable Hulk.
Préparez vos kits de survie, ils arrivent !
Le choix de l’intégration du rap dans son travail relève d’une question de sensibilité personnelle. Alors que certains le feront très simplement en mêlant les deux styles avec beaucoup de fluidité à l’instar de Lauryn Hill, Estelle ou encore Ryan Leslie.
D’autres au contraire vont jouer pleinement et symboliquement cette bipolarité artistique. Cela prend peut prendre des tonalités de renaissance comme l’aphrodisiaque Brandy qui laisse la place à l’impitoyable Bran’Nu. Quant à Mary J. Blige, elle préfère s’amuser en mettant habilement la mise en place d’un alter-égo (processus largement employé dans le hip-hop) qu’elle laisse intelligemment monter en pression sur un morceau comme « Enough Cryin », un crescendo autant musical que visuel.
La question du genre étant centrale, on retrouve régulièrement des chanteurs qui optent pour une séparation entre leur domaine de prédilection et leur penchant rap. Même si Chris Brown dans son dernier opus a surpris son monde sur le couplet de « Look at me Now », quelques mois plus tard il propose une mixtape exclusivement hip-hop avec Boy in Dentention. Il est d’ailleurs imité par Trey Songz qui sortira le premier jour du mois de Novembre, un projet exclusivement r’n'b, Anticipation 2, et un autre hip-hop, #Lemmeholdatbeat2.
Cette possibilité de passer de l’un à l’autre semble une manière de transcender les carcans que peuvent imposer un genre musical autant dans sa nature que par l’attente de son public. En effet, pour certains d’entre eux cela semble sonner comme une libération totale et sans concession de leurs envies autant dans le fond que dans la forme.
Une réelle liberté de ton, l’essence même du hip-hop !
La richesse des échanges entre le r’n'b ne doit surtout pas se concevoir de manière unilatérale, c’est un intérêt de fascination et de partage qu’entretiennent les deux parties qui façonnent au quotidien l’image de ces deux genres. Que ce soit les rappeurs tentés par la chanson autant soul que r’n'b ou les innombrables collaboration qui jalonnent les différents hits que nous fredonnons tous.
C’est un engagement qui lie les deux styles : un engagement historique, artistique et parfois économique… Pour le meilleur comme pour le pire.






Une petite erreur: Hulk c’est Bruce Banner, pas David Banner. Sinon bel article.
Merci N.A.S.,
A force d’être plongé dans le hip-hop et dans la culture urbaine on arrive même plus à distinguer Bruce et David Banner…
Tristesse