Analyse de quelques différends
Retour sur la folle journée de 1995 et KDBZik
« Au vu des interrogations soulevées récemment concernant les relations entre 199X et KDBZIK… » Si les interrogations en questions étaient restées dans un cercle plutôt réduit, l’affaire éclate aujourd’hui au grand jour, il y a des différends entre le groupe de musique en pleine expansion et le label bien installé depuis 2003. Hier le 28 juillet 2011 a vu défiler deux communiqués, un florilège de commentaires d’un coté, une absence de réponse de l’autre. NeoBoto revient sur cette journée de folie.
Rappel des faits
Procédons chronologiquement, Vers 10h18 hier matin les éditions KDBZik publient sur leur site un long communiqué intitulé « 199X - Il y a aussi des valeurs telles que le respect, la reconnaissance », la bombe est là¢chée. A 11H17 l’article est relayé sur Facebook et beaucoup découvrent un texte qui attaque pour la première fois, de façon concrète et sans détours, l’intégrité du groupe 1995 qui essuyait peu de commentaires négatifs car engagé dans un processus d’ascension médiatique.
Exceptés quelques réticents, l’ambiance générale était à la joie d’accueillir une démarche artistique rafraichissante du crew dans le rap game français. Et voici que nous les retrouvons associés à des mots tels que « arrogants, irrespectueux et vils ». Que diable s’est-il passé ? Le but est donc selon le label « de faire une mise au point à ce sujet par soucis d’honnêteté envers le public de nos artistes fondateurs : Zoxea et Melopheelo », sentant la polémique monter, il fallait clarifier.
Malgré cet éclairage sur une situation conflictuelle, KDBZik propose de répondre aux questions par commentaire et dès 13H le débat s’ouvre et se refermera suite à un flux continu de remarques, attaques ou soutien, qu’à 20H49. Les commentateurs prenant le sujet très au sérieux et attendant des réponses tout aussi réglos de la part du label, le camp adverse se devait d’apporter leur point de vue.
De 15h28 à 15h31 un lien TextUp est balancé suite à toutes les interpellations du groupe sur Facebook concernant l’affaire. Un communiqué beaucoup plus court mais plus incisif sert de contre attaque. KDBZik les appelaient 199X, ils ripostent à l’encontre de leur « éditeur » décrit entre autre comme « ivre mort, vous manque de respect en ayant des propos racistes à la fin de vos propres concerts ». La colère et le ressentiment sont à leur paroxysme, KDBZik crie à la diffamation et passe le relais à leur avocat, mais nous précisent « Nous ne nous en défendrons pas, puisque seul l’avis de nos proches, de notre public et de nos interlocuteurs compte et eux savent qui nous sommes, pourquoi et comment nous Œuvrons dans la musique, en privé comme en public. ».
Chacun y va de son avis on passe des pro-1995 « Vous êtes simplement dégoà»tés de voir sans pouvoir rien faire que le groupe 1995 relève du rap français à l’heure qu’il est, vous échappez !, aux pro-KDBZik « Merci pour cette news qui me fait grandement plaisir. Heureusement que vous avez mis les choses au clair. », jusqu’au Schtroumpf Grognon « Je vous en veux à tous, peut être moins aux Sage Po, mais certainement plus à Rohff, NTM, pour avoir contribué à mettre en place une relève merdique dans le pera. »
Aujourd’hui tout semble vouloir rentrer dans l’ordre et si KDBZik affirmait dès le début vouloir éviter le buzz, tout le monde est désormais bien d’accord pour calmer le jeu puisqu’à 17H37, l’un des membres de 1995, Nek Le Fennek, publie un article sur Facebook expliquant que « c’est une page qui est tournée et il n’y a aucun manque de respect de notre part »
En espérant que l’affaire soit close…
L’opposition de style
Loin de vouloir obtenir une pseudo vérité entre les lignes de chacun des belligérants, c’est plutôt sur l’opposition dans la manière de réagir entre les deux camps que se porte notre intérêt.
D’un côté nous avons le label qui joue la carte de la parfaite transparence en répondant aux commentaires un par un, en présentant un front uni lorsque l’on pose des questions « Nous tenons à établir clairement que nous écrivons au nom de KDBZIK » nous a-t-on dit.
De l’autre l’ambiance est au mutisme. On nous dit de façon très courtoise: « Nous ne souhaitons pas nous étendre sur le sujet. Vos lecteurs se forgeront sà»rement leur propre opinion à la lecture des communiqués ». Leur Facebook et Twitter ne portent que peu de trace de l’affaire alors que cela saute aux yeux sur les mêmes interfaces de l’adversaire.
Ces attitudes sont logiques les éditions KDBZik a révélé la situation au grand jour pour clarifier les choses tandis que 1995 la subissant veut limiter les dégà¢ts. Car volonté de polémique ou non, l’événement a fait le tour de la toile et le groupe de rappeurs ne peut se le permettre. Ils sont en plein effervescence mais ils sont jeunes aussi. Ils ne sont pas sur le devant de la scène depuis très longtemps et un coup comme ça, apparaà®t comme très menaçant pour leur notoriété.
C’est justement de cette notion de jeunesse que vient l’opposition la plus intéressante. Les deux communiqués s’en ressentent très clairement : « Vils parce qu’ayant planifié leur départ du label, certains membres du groupe ont joué de leur appartenance à KDBZIK pour obtenir une crédibilité auprès de divers interlocuteurs afin de bénéficier d’entrées, d’une étiquette « rap à l’ancienne » » à 1995 de renchérir « quand votre « éditeur » vous ment ouvertement en profitant de votre jeunesse dans le business ».
Bien au delà de l’opposition dans la communication, il s’agit d’un conflit de génération. Le label KDBZik repose sur deux personnages clés Zoxea et Melopheelo membres des Sages Poètes de la Rue actifs depuis le début des années 1990 figures d’un rap français noble et de grande qualité. Il est certain qu’être associé à ce genre de « maison » ne peut être que bénéfique.
1995 se détache de cette vision d’un rap lourd de tradition pour apporter une touche novatrice. Vu comme une entité forte de son passé, le label avait aussi tout à gagner à soutenir ce pas vers l’avenir.
Un échange de bons procédés qui aurait pu fonctionner sans un fossé encore trop éloigné entre les deux états d’esprits. « Nous avons des valeurs et pensons qu’il est important que les personnes qui font partie de notre équipe les partagent peu importe le niveau de leurs compétences. Cette cohérence est nécessaire pour travailler dans de bonnes conditions. » nous confie KDBZik.
En espérant que tout le monde va rapidement revenir dans la course et nous offrir la musique que nous apprécions chez chacun d’eux.



