Cinq films pour les amateurs de Jaquie et Michel

RDA #7 : Le sexshop de Neo Boto

20 avril 2013 . Pas de commentaire
By Esco', in Featured, Urban culture

Ces derniers mois auront vu arriver sur les écrans français Perfect Mothers et 20 ans d’écart, ou autant de films traitant de ce sujet qui ravit Tellement Vrai ou Confessions intimes : les Cougars. Casting de stars, diffusion confortable, le cinéma ne semble plus connaître de tabou pour des pratiques sexuelles tout juste tolérées quand elles n’étaient pas purement et simplement interdites dans un passé pas si lointain. Les décennies 60 et 70 sont passées par là, et le cinéma a logiquement suivi le train de la société dans la libération des mœurs. Petit tour d’horizon de la question avec cinq petits îlots de liberté.

Les Enchaînés, Alfred Hitchcock, 1946

Tonton Alfred, le roi de la manipulation du spectateur qui se plaisait tant à transcender les codes du septième art. Et surtout, il faut bien l’avouer, un sacré obsédé sexuel de première. Inspiration manifeste du Möbius d’Eric Rochant, Les Enchainés mêle une intrigue d’espionnage retors et machiavélique à une histoire d’amour déchirante. Un film aussi connu, ce qui nous intéresse ici, pour son pied de nez à la censure de l’époque qui veillait à ce que les baisers ne dépassent pas les trois secondes à l’écran. Autoproclamé baiser le plus long de l’histoire du cinéma, la papouille entre les deux idoles Cary Grant et Ingrid Bergman est en fait un long rail de trois minutes où l’alternance baiser/dialogue fait la nique aux censeurs, le compteur étant remis à zéro à chaque nouveau mot. Quel coquin ce divin chauve.

Harold et Maude, Hal Ashby, 1971

Quand un jeune vingtenaire nihiliste adepte de la simulation de suicide et de la fréquentation des enterrements tombe amoureux d’une vieille dame de 80 ans qui va lui redonner goût à la vie. Sans surprise, le film fera scandale et cumulera les interdictions malgré l’absence de sexe entre les deux héros suite au refus du studio. Un de ces rares films qui peut à la fois vous faire pleurer rire et de tristesse. Bien aidé par une bande originale sublime signée Cat Stevens, Hal Ashby nous offre le joyau d’une carrière très inégale. Une merveille d’humanité, une ode à la liberté qui a bien mérité son statut d’œuvre culte. A découvrir et redécouvrir.



Gorge Profonde, Gerardo Damiano, 1972

Il fut un temps où s’intéresser au porno américain revenait à s’intéresser à une certaine contre-histoire de l’Amérique. Mafieux, F.B.I., hippies, dealers, politiques, tout ce petit monde se déchirait pour le contrôle des films classés X. Point de YouPorn ou de Jacquie et Michel à l’époque les loulous, le cul était une véritable contre-culture. Et Gorge Profonde l’un des films les plus emblématiques de cette période dorée. Lors des castings, une certaine Linda Lovelace tape dans l’oeil (ou dans la glotte si vous le préférez ) de tout le milieu grâce à son fabuleux don de la nature : la gorge profonde. Estomaqués, les créatifs décident de faire un film sur cette divine créature. Bien leur en a pris, en résulte le premier porno doté d’une distribution en salle classique. Résultat : un carton cosmique et une Lovelace propulsée légende vivante. Et bien des vocations de créées, on l’espère.

Le Secret de Brokeback Mountain, Ang Lee, 2005

Aux dernières nouvelles, John Wayne s’en serait retourné quelques fois dans sa tombe. Si on lui avait dit à ce bon vieux « Duke » qu’un film narrant l’homosexualité entre deux cow-boys ferait un carton mondial et finirait même par rafler trois oscars. Pour être honnête, Ang Lee avait déjà œuvré dans la chronique gay avec Garçon d’honneur et le réel diamant sur le sujet reste sans doute l’apanage de Wong Kar-Wai avec son Happy Together, mais Brokeback Mountain est le film gay le plus emblématique de l’histoire. Un réalisateur installé, deux grands acteurs, l’efficacité et le classicisme hollywoodien, tout y est pour faire chavirer le public mondial. Écrasante victoire.


Laurence Anyways, Xavier Dolan, 2012

Une sacré tête à claque ce petit hipster québecois. On adorerait détester ses films, mais on finit toujours pas se détester de les adorer. Après deux réalisations imparfaites mais attachantes, Dolan franchit clairement un palier avec cet ouragan filmique qui emporte tout sur son passage. Presque trois heures en apnée à coller aux basques d’un Melvil Poupaud né dans le mauvais corps, qui décide de devenir la femme qu’il a toujours été. Souffle dingue, lyrisme échevelé, classe folle, tout concorde et on finit par fermer les yeux sur les tics de réalisations habituels (trop poseur, trop démonstratif) du petit génie. Une odyssée sentimentale pleine de larmes et de fureur, où comment réussir à vivre sa différence dans le regard des gens. Une merveille.

- Tranquillo Barnetta -

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