Les codes de la finance appliqués au rap game

Rap game : qui a perdu son triple A ?

12 octobre 2011 . 6 commentaires
By crazyhorus, in Featured, US Side

A l’heure où les Etats européens vivent avec une épée de damoclès au dessus de leur tête, à l’heure où les agences de notation font la pluie et le beau temps sur le Vieux Continent, NeoBoto a décidé en l’espace d’un article de détourner le mode d’évaluation des grandes sociétés de notation afin de l’appliquer au rap game. Qui donc parmi les grands pontes du milieu a vu sa note régresser et son réconfortant AAA (triple A) disparaître pour laisser place à l’inquiétant AA + ou pour les plus malchanceux, voir se profiler le menaçant AA- ? Puisque nous ne serons probablement jamais de foutus ronds de cuir, prenons-nous à ce « jeu » qui pour une fois s’avère totalement inoffensif.

Note au lecteur : la perte du AAA ne prend en compte que le critère artistique et non le caractère financier portant sur les ventes d’albums.

Dr Dre AA -

Rarement la planète hip-hop n’aura autant spéculé sur un album. Avec Detox, Dre entretient (parfois malgré lui) un buzz qui à défaut d’être excitant a fini par devenir comique voire même franchement ridicule. On ne compte plus aujourd’hui les déclarations sans lendemain de ses collègues, ni les dates de sortie certifiées Paco Rabanne. C’est à se demander si « l’album fantôme » verra le jour avant la fin du monde prévue pour 2012.


Ice Cube AA -

Il est bien loin le temps où le plus célèbre cube de glace du monde affirmait avec une fierté non feinte qu’il était le roi de la West. Depuis 1998, O’Shea Jackson s’est enlisé dans les méandres du rap facile malgré son aisance légendaire à faire sonner ses 16. Entre carrière cinématographique et musicale, le rappeur ne sait plus à quel saint se vouer. C’est d’ailleurs probablement en partie pour se rassurer que le MC de South Central a intitulé (modestement) son dernier album I Am The West. Malheureusement pour lui et heureusement pour nous, Cube nous laisse aujourd’hui de glace.

50 Cent AA +

Il aura su propulser le rap matérialiste vers des sommets « inimaginaux » comme le dit si bien David Douillet. Une attitude de thug enrobée d’un soupçon de culturisme qui aura fait son temps à l’image de ses beefs avec des As de la pirouette comme Ja Rule ou Fat Joe. Pour reconquérir les masses, 50 devra se réinventer et sortir de son hibernation, et cela semble bien parti. Un bon p’tit beff pourrait le remettre d’aplomb.


Eminem AA -

Le nombre de ventes ne reflète malheureusement pas toujours la qualité du produit. La preuve en est, Recovery est probablement l’album d’Eminem qui divise le plus. Quand certains montrent du doigt un flow épuisé, d’autres pointent un choix de production malheureux (si ce n’est le deux). Quoiqu’il en soit, la navire prend la flotte comme rarement. Rajoutons à cela le résultat médiocre de l’EP Hell : The Sequel issu de sa réconciliation très médiatisée avec son meilleur ennemi Royce da 5’9′‘ et vous obtiendrez un MC qui frise la déception chronique.

Busta Rhymes AA -

Véritable boucher, Busta est aujourd’hui devenu le Paul Bocuse du game, reposant ainsi quasi uniquement sur sa renommée de découpeur de verses. Voilà presque trois ans que le MC de Brooklyn n’a pas sorti un projet et le temps commence à se faire long surtout quand on se rappelle que la dernière livraison était loin de faire l’unanimité. Aujourd’hui, Busta préfère poser en featuring sur des morceaux sans âme. Triste vie.


Method Man AA +

Cinq ans et toujours aucun album à se mettre sous la dent. Ce ne sont d’ailleurs pas ses récents projets en collaboration avec Redman ou ses amis du Clan qui redresseront la barre. Method Man s’est depuis un certain temps inscrit aux abonnés absents apparaissant ici ou là sur quelques morceaux épars au gré de ses envies. On en était là, jusqu’à ce qu’il fasse récemment irruption sur un excellent clip d’une marque de confiserie ! Attendons la suite, Crystal Meth est annoncé pour 2012.

Redman AA -

Quand on parle de « l’aspirateur de salive » (Method Man), son acolyte Redman n’est jamais bien loin. Le roi du calumet est lui aussi pointé du doigt par notre rédaction après avoir délivré un opus que beaucoup d’entre nous auraient préféré ne jamais écouter. Avec Reggie, le Funk Doctor a fait grimacer comme jamais a un tel point qu’on se demande si la carrière musicale de notre smoker préféré n’est pas au point mort. Muddy Waters 2 confirma ou démentira.

RZA AA -

La dernière bonne prod’ de RZA c’était quand ? On serait tenté de dire 2009 avec « New Wu » qu’on ne serait pas loin de la vérité. Devenu au fil du temps de plus en plus dispensable au sein de la Wu Sphere, le maître es beatmaking peine à convaincre sur ses derniers travaux, ce qui ne l’empêche pas d’être courtisé à plusieurs reprises par Kanye West. RZA aurai-il perdu le feu ?

6 Commentaires
  1. m&m le 13 octobre 2011 à 12 h 23 min

    Joli article, mais la notation ne peux être le même suivant les artistes qui ont un rythme de sortie très variés donc en quelque sorte une prise de risque inégales… mais analyse très juste.

  2. Moosetache le 13 octobre 2011 à 13 h 31 min

    Bon article :)

  3. Isaïah le 13 octobre 2011 à 20 h 10 min

    Assez d’accord avec l’ensemble des artistes cités, on pourrait meme en cité d’autre (Wuddup DMX)

  4. crazyhorus le 14 octobre 2011 à 0 h 07 min

    @ M&M : Exact certains sont plus productifs que d’autres mais ils ont tous un dénominateur commun, c’est surtout ça qu’on voulait mettre en relief. D’ailleurs la liste aurait pu être un peu plus longue comme l’a fait remarquer Isaïah. Merci de votre fidélité en tout cas !

  5. Wolf le 27 octobre 2011 à 23 h 36 min

    Yep, en quoi jugez vous le résultat médiocre de l’EP des Bad Meets Evil ? Niveau ventes, c’est très réussi (+ de 500 000 pour un duo inconnu du grand public qui venait de se reformer), et artistiquement à part le titre pété avec Bruno Mars, l’ensemble est violent, les gars font du bon son de Detroit, ça kick violemment je trouve.

    • crazyhorus le 27 octobre 2011 à 23 h 47 min

      Comme l’indique la note au lecteur en début d’article, on s’appuie sur l’effort artistique et non commercial. Un album qui se vend bien n’est pas forcément un bon album. L’EP était malheureusement mauvais, c’est aussi subjectif que ça.