Pharrell et l'art, où est le rapport ?

Pharrell, le premier des hipsters ?

13 juin 2011 . 3 commentaires
By Sipowitz, in Featured, Urban culture

Il y a un peu plus d’une semaine, Pharrell Williams, via son blog BBC, nous exposait une œuvre d’art installée pour le Glasstress Show dans le cadre de la Biennal de Venise. Cette œuvre intitulée « Inside Out » est une installation aussi monumentale que minutieuse réalisée par des souffleurs de verre de Murano. L’initiative revient entièrement au célèbre producteur qui explique longuement sa démarche artistique à travers un texte qu’il a accompagné de la sculpture. C’en était trop. Pharrell répertorié dans un onglet « artiste » ? Au sein de l’une des plus prestigieuses et plus vieilles manifestations artistiques ? Représentant et expliquant une de ses œuvres ? Son lien avec l’art visuel se devait d’être analysé.

C’est un fait connu et intégré, la moitié des Neptunes est un personnage éclectique. Il ne s’est pas arrêté à la musique, a lancé sa propre marque de vêtements (BBC, Ice Cream), s’intéresse à l’architecture, au design et à l’art. Seulement, cette diversité est souvent vue comme quelque chose de global qui le caractérise comme le roi de la hype. Soyons quelques instants ethnocentriques et prenons l’exemple de la relation de la star avec notre pays. Sa fascination pour Paris, Colette, la galerie Perrotin, le vélo, Murakami à Versailles, le festival de Cannes, tout cela peut, en effet, s’apparenter aux préoccupations d’un parfait dandy, classe mais superficiel.
Cependant, force est de constater que lorsque le surnommé Skateboard P. se penche sur un projet, les explications de son cheminement intellectuel résonnent d’une certaine profondeur, ou, du moins, d’une réflexion un peu plus poussée que la lisseur que l’on veut bien souvent lui prêter. Il faut être un minimum intéressé par la culture (voire complètement allumé) pour se rendre au musée militaire des Invalides lors d’un voyage à Paris.


Pour être reconnu comme tel, un artiste musical a le droit à la débauche, à la démesure (Jim Morrisson, Snoop Dogg…). Un artiste du cinéma a le droit d’engranger des millions de dollars (George Lucas, Leonardo DiCaprio…) mais, en ce qui concerne l’art plastique, c’est une pillule encore dure à avaler. Une certaine pureté dans la démarche artistique est exigée, dans tout ce qu’elle a de presque spirituelle, et doit se détacher de tout marché économique ou de réseau médiatique. C’est pourquoi Pharrell ne peut être pris au sérieux en tant qu’artiste visuel.
Pourtant, un artiste est quelqu’un qui fait avancer l’art en général et se confond de plus en plus - aux vues des moyens de diffusions actuels - à « l’influencer » très bien décrit par les réalisateurs Paul Rojanathara et Davis Johnson. Il doit embrasser toute forme de culture, avoir un niveau d’assurance particulier, populariser des tendances, être écouté et, surtout, provoquer des réactions. Des qualités (ou des défauts, cela ne fait pas de différence) que comptabilise indéniablement le leader des N*E*R*D.


Il joue sans conteste de nombreux rôles au théâtre de l’art contemporain et de ses rouages. On peut commencer avec celui de simple amateur d’art, le pot-pourri réjouissant de curiosités artistiques que l’on trouve sur son blog en est le premier témoin.

Puis, il échange ses bermudas légendaires pour endosser le costume traditionnel du mécène : il se porte garant du développement médiatique de Kaws. L’heureux artiste se voit faire des pochettes d’albums pour les Clipse ou Kanye West, peindre des décapotables pour les clips de son ami (« Hot & Fun ») et, surtout, est présenté au galeriste Emmanuel Perrotin. Sa côte de popularité augmente en un instant. Il fournira en contre partie dans une relation simple de très bonne amitié, une sculpture géante de son Companion pour le hall d’entrée de l’appartement de Pharrell à Miami, accompagné d’une petite collection personnelle de ses Bob l’Éponge artistiquement modifiés.

Il passe un cran au dessus et rentre dans l’univers de la collaboration avec le célèbre Takashi Murakami. Grand admirateur de son travail, les deux hommes s’associent pour faire l’œuvre « The Simple Things ». Un monstre, dont seul l’artiste japonais a le secret, qui tient dans sa gueule colorée cinq objets du plus pragmatique quotidien, tous choisis par notre personnage touche à tout. Leur démarche dans l’héritage d’un Duchamp qui rend œuvre d’art des choses insignifiantes que nous côtoyons tous les jours, pousse le concept un peu plus loin en recouvrant chaque élément de véritable pierres précieuses. Pharrell explique dans une interview que les gens ont besoin de cet apparat pour apprécier et reconsidérer ces objets banals.

Il obtient enfin un premier rôle avec la confection, seulement supervisée par Domeau & Pérès, puis par Emmanuel Perrotin, de ses fameuses chaises conceptuelles. Pour la première expression de sa créativité en tout liberté, il se lâche et arrive avec un objet fini pas des plus catholiques. Une chaise a quatre pieds pour celle-ci, il y en a deux féminins devant et deux masculins derrière, regardant tous dans la même direction. On vous laisse imaginer la position sexuelle suggérée et le résultat lorsque vous êtes invité à vous assoir… Le deuxième modèle, la Tank Chair, se sert d’un registre beaucoup plus sérieux. Il force chacun à s’assoir à la place de ceux qui partent faire la guerre et de méditer, bien installé, sur la question.

Le clou du spectacle arrive donc aujourd’hui avec cette œuvre aux deux anges squelettiques en verre. La démarche devient carrément abstraite, si bien qu’il raconte avoir eu des réactions du type : « You’ve taking it too far this time ». On pourrait croire qu’il cherche la virtuosité pour épater la galerie avec ces souffleurs de verre. On réalise, en fait, que le projet vient d’une idée de « l’artiste » à la recherche d’une représentation de l’homme qui vole (l’ange) et de sa transparence, et que c’est cela qui l’a amené à rencontrer les compétences de ces artisans hors normes.


Les foules peuvent être parfois un peu longues à la détente. Comme on a eu du mal à comprendre que la terre était ronde, que les rousses ne sont pas des sorcières ou que Céline Dion est restée bien trop longtemps à Las Vegas, peut-être croirons-nous, un jour, en la sincérité de la démarche artistique de Pharrell, malgré sa hype- attitude apparente.








3 Commentaires
  1. Sapapaye le 13 juin 2011 à 17 h 49 min

    Je pense que c’est Duchamp l’artiste auquel il est fait allusion.

  2. Sapapaye le 13 juin 2011 à 18 h 41 min

    J’ai rien dit …

  3. Monaé le 19 juin 2011 à 2 h 31 min

    Grande fan de Pharrell depuis la première heure…et pourtant un des meilleurs article français voir article tout court que j’ai lu sur Pharrell…belle reflexion sur le sujet car j’en ai marre de tous ces journalistes qui caressent certains artistes dans le sens du poil…Merci