Mac Miller vous envoie des bons baisers de Pittsburgh
Une journée dans les baskets de Mac Miller
Loin d’être une ville particulièrement glamour, étonnamment vide tout en étant un vivier culturel, Pittsburgh retrouve depuis quelques années ses lettres de noblesse. Après s’être imposé dans l’univers cinématographique puis en jouant un rôle capital au niveau sportif, cet ancien haut-lieu de la sidérurgie mondiale avance désormais ses pions avec prudence sur l’échiquier du hip-hop. Depuis l’avènement de Wiz Khalifa, jamais les couleurs jaunes et noires n’ont semblées si clinquantes. Dans l’ombre de son homologue tatoué, un jeune kid issu de la banlieue de Pittsburgh fait ses armes. Initialement connu sous le patronyme d’Easy Mac, celui qui deviendra par la suite Mac Miller débute sa carrière à l’âge de quinze ans avant d’exploser avec une Mixtape, K.I.D.S, aux allures de récital. Plus d’un million de followers et une centaine de millions de vues sur Youtube plus tard, Mac ne semble désormais plus être un gamin. Et pourtant… A l’occasion de la sortie de Blue Slide Park, au détour de quelques-uns des titres les plus fameux du MC, Neo Boto vous embarque pour une journée dans les Nike d’un kid de 19 ans à l’avenir radieux.
Le réveil sonne, Miller le “Snooze”, enfile ses « Nikes On [His] feet » puis sort sous la pluie battante de Pittsburgh. « Good Morning » Mac.
Littéralement à contre-courant d’une scène hip-hop stéréotypée, le succès et le charisme de Mac Miller se construisent sur une apparente banalité. Celui que le magazine Complex décrit comme le « gars cool avec qui fumer un joint et boire », sourit, rime et se déplace avec une nonchalance exacerbée.
Une attitude soulignée par un style vestimentaire à la croisée entre le hipster et le skater, agrémenté de Nike Blazers et casquettes Snapback.
Porte-drapeau d’une génération marquée par le sceau de l’insouciance, jamais le MC ne semble se prendre au sérieux, souvent accessible, rarement arrogant. Blanc-bec, issu d’un milieu aisé et descendant d’une mère Juive et d’un père Chrétien, Miller abandonnera rapidement les études pour se consacrer à la musique. « Sorry Ma’ I won’t Go To College » qu’il clame.
Tête brûlée par excellence, Mac Miller porte dans son sac à dos Among Friends la fraîcheur de l’indépendance artistique et rappe sur des thèmes légers, inspirés de son existence de MC pas tout à fait adulte et complètement immature.
Après un détour par le “Frick Park Market”, des “Kool Aid And Frozen Pizza” sous le bras, direction le « Blue Slide Park » où Miller passera la journée, en attendant la « Party On 5th Ave » organisée à l’occasion de la sortie de son premier album, dans une « PA (Pennsylvania) Night » glaciale.
Pur produit de la scène hip-hop florissante de Pittsburgh, rarement un MC n’aura semblé si proche de ses racines. Dans ses clips, interviews et albums, Miller s’évertue sans relâche à représenter la ville des Steelers, allant même jusqu’à nommer son premier album solo en référence au parc où il a grandi. Une proximité avec sa ville natale qui lui confère une image singulière.
Archétype d’un jeune MC dans la fleur de l’âge, paradoxalement old-school « Party On 5th Ave », « Nikes On My Feet » et dans l’air du temps « Loitering », « Wake Up », difficile de suivre Mac Miller. La résultante directe d’un croisement hybride entre les Beastie Boys et Devin The Dude, Malcolm McCormick semble libéré de toutes entraves, si bien que son identité artistique est agréablement nébuleuse et indéfinissable, aussi enfumée que la weed à laquelle il voue un culte sans limite.
S’il cite volontiers A Tribe Called Quest, Outkast ou Big L comme principales sources d’inspiration, il semble compliqué de prendre Mac Miller au sérieux lorsqu’il se revendique MC. Doté d’un flow à la frontière entre la redondance et l’insupportable, plombé par des lyrics à la hauteur du Q.I de Kim Kardashian (on finit toujours par y revenir), envisageons-le plutôt comme un entertainer, dont les capacités de Mceeing restent encore à prouver.
Sa carrière à peine entamée, Mac Miller a déjà tout Pittsburgh derrière lui. Et rarement, la ville a tant rayonné. « Sometimes I just wanna go… Head to the Blue Slide Park, the only place I call home… ».
La fête est terminée, un fan salue Mac qui lui « Smile Back ». Blue Slide Park vient tout juste d’atterrir dans les bacs. Sur le chemin du retour, Miller se questionne : et s’il venait de passer le “Best Day Ever” ?
Fruit d’un travail colossal sur le marché de la Mixtape et d’une popularité propulsée par la puissance des réseaux sociaux, le premier album solo de Mac Miller est à l’image de son auteur : sans prise de tête et un tantinet convenu.
Complètement fouillis, Blue Slide Park est une cacophonie musicale agréablement agencée, ballotée entre des titres laid-back « English Lane », « PA Night », « Of The Soul » et des égotrips sur vitaminés « Party On 5th Ave », « Smile Back ».
Une attitude je-m’en-foutiste difficilement préjudiciable, tant elle agit comme une métaphore de la jeune carrière de ce fils d’architecte et de photographe. « I’mma do my thing until the reaper comes for me. You can keep on grillin’, I’m a smile back » (« Je vais continuer à faire mon truc jusqu’au jour où la faucheuse viendra me prendre, tu peux continuer à parler sur moi, je te sourirai en retour »), rappe Miller sur « Smile Back ».
A l’écoute de ce premier effort solo, empreint d’une joie de vivre et d’une volonté de s’amuser palpable, l’intitulé de sa dernière Mixtape I Love Life, Thank You, prend un sens nouveau.
Les sirènes du succès ont depuis longtemps résonné à Point Breeze, petit quartier au Nord-Est de Pittsburgh, sans pour autant monter à la tête d’un jeune MC qui continuera visiblement de boire, fumer et rapper sans penser au lendemain. Désinvolte au possible, Miller a récemment déclaré qu’il laisserait sa fan-base décider s’il devait ou non signer en Major. Nikes au pied, casquette vissée sur le crâne, Mac Miller a désormais les deux pieds bien ancrés dans le game. « Run and tell your mother motherfucker ».




Love you Kim Kardashian !