Dissection de la personnalité de Lloyd

Lloyd, l’éclectisme au service du r’n'b

6 juillet 2011 . 2 commentaires
By Nico, in Featured, US Side

Qui est véritablement Lloyd ? L’artiste lisse façonné au gré des envies de Irv Gotti, condamné à une carrière de perpétuel outsider ou véritable artiste jusqu’alors muselé contraint à un parcours banal et sans embûche ? A l’heure où le quatrième effort du natif de la Nouvelle-Orléans s’apprête à s’immiscer dans les playlists des aficionados de r’n’b cotonneux, NeoBoto dissèque la personnalité d’un artiste décidément aux antipodes des clichés qu’on lui prête volontiers.

Lloyd c’est…

30% de Michael Jackson

Pour cette voix nasillarde, que l’on sent parfois à la limite de la rupture, charismatique et reconnaissable entre mille. MJ, pour cette volonté, toute proportion gardée, de se redécouvrir et se réinventer, symbolisée par King Of Hearts, ce nouveau projet aux contours difficilement discernables la première écoute consommée. Une prise de risque délibérée pour celui qui déclare vouloir évoluer en dehors des sentiers battus. En définitive, King Of Hearts, c’est un peu le Off The Wall de Lloyd. Alors que Jackson s’évertuait à changer la ligne conductrice qui était la sienne pendant ses années sous Motown, Lloyd s’émancipe de l’influence du label Murder Inc, pour proposer un album davantage personnel et empli d’une musicalité aux influences seventies (« Dedication To My Ex ») et nineties (« Naked » et sa sensualité à la Brian McKnight) marquées couplée à du r’n’b emprunté à la mouvance actuelle (« Luv Me Girl »).


20% de Lil Wayne

Originaires tous deux de la Nouvelle-Orléans, cette ville au rayonnement musical étendu, épicentre du jazz et du blues, Lloyd et Wayne ont tous deux eu une enfance placée sous le joug de la précarité. Très jeune, alors que Lil Wayne rejoignait les Hot Boys, collectif complètement barré sous la houlette du mogul Birdman, Lloyd faisait ses armes au sein du groupe d’adolescents pré pubères N-Toon. Intimement, la carrière des deux lurons reste liée, puisque Lloyd doit ses plus francs succès au soldat de Young MoneyYou », « Bedrock »). Un parcours en parallèle pour une carrière diamétralement opposée.


20% de Raphael Saadiq

Pour cette touche old-school appréciable qui se dégage indéniablement des titres « Dedication To My Ex », « Lay It Down » ou « Cupid ». Un grain particulier qui vient ponctuer une palette artistique peu fournie, le chanteur ayant du mal à se renouveler sur ses trois premiers efforts. A l’instar de Saadiq, Lloyd semble opérer un retour aux sources salvateur pour extirper sa carrière des méandres marécageux de la monotonie. Attention cependant, si le chanteur de Tony ! Toni ! Toné ! avait réussi un coup de maître sur The Way I See It, il s’était un tantinet fourvoyé en voulant exploiter le filon jusqu’à l’extrême sur le confus Stone Rollin’. Gageons que Lloyd ne reproduira pas la même erreur que son illustre aîné, car si la teinte vintage est bel et bien présente, elle n’en reste que distribuée de manière clairsemée.


10% de Lloyd Banks

Pour cette attitude d’artiste en retrait, qui peine à s’imposer durablement. Lloyd est la personnification du chanteur au talent reconnu constamment snobé au moment d’élire des figures de proue. Une carence qui s’explique en partie par cette volonté latente de coller aux tendances sans jamais véritablement se différencier, un mal pour un bien au sein d’une scène r’n’b en cruel besoin de fraîcheur. A l’image de son homologue de la team de gorilles, Lloyd semble condamné à rester une comète que l’on apprécie voir passer, mais dont l’existence est presque aussi tôt oubliée. Une question de patronyme qui sait…


10% de Jaheim

Quelle idée de nommer ses albums « Lessons In Love », « Street Love » et « King Of Hearts » ? Franchement depuis Jaheim et sa série des « Ghetto », on n’avait pas vu pire comme intitulés. Une volonté exacerbée de prouver à la gente féminine que Lloyd reste envers et contre-tout l’ambassadeur de leur palpitant délicat ? Si l’entreprise peut faire sourire, elle apparait rétrospectivement comme un manque criard de créativité, révélatrice d’un artiste qui se cherche encore.


10% de Franck Dubosc

Sorte de petit roquet qui gueule plus fort que tout le monde pour se faire entendre aux côtés des grosses cylindrés du genre, à commencer par Chris Brown, Trey Songz ou Mario, Lloyd s’est imposé à grands renforts de regards de lover, de tatouages et de pectoraux bodybuildés. Une forme de respect qui s’est construite sur un semblant de suffisance et de matérialisme. En apparence seulement, compte tenu de la discrétion du bonhomme en dehors du cercle du show-business.


Lloyd est définitivement un personnage ambivalent qui se dévoile un peu plus à chacune de ses sorties. Patchwork d’influences diverses, le résident d’Atlanta signe avec King Of Hearts son meilleur album et l’une des sorties r’n’b de l’année. Un accomplissement d’envergure pour celui que l’on relaye fréquemment au second plan.

2 Commentaires
  1. neofan le 6 juillet 2011 à 16 h 58 min

    Salut,
    Très bon article qui m’a donné envie d’écouter son disque. Mais j’ai une question : vous ne notez plus les albums?

  2. Ju' le 6 juillet 2011 à 17 h 06 min

    Une surprise vous est réservée à ce sujet à la fin du mois.
    Be Patient ;)