5 bonnes raisons d'aller voir Case Départ

Le Top 5 qu’aurait fait Thomas N’Gijol pour voir son film

9 juillet 2011 . 3 commentaires
By Sipowitz, in Urban culture

Difficile d’écarter le souvenir de Thomas N’Gijol, présent sur Canal + tous les soirs à l’heure d’un certain Grand Journal. Il s’y moquait gentiment (ou pas) de chaque invité, soutenu par une batterie avant de lâcher ce concept si sympa, le fameux Top Five. Un compte à rebours à l’ironie tranchante et insolite allant des 5 véritables raisons de la réunion d’NTM aux 5 bonnes raisons pour engager un noir à la télé.
En ce moment, l’humoriste est engagé sur autre chose, il a vu grand et endosse la casquette d’acteur/réalisateur/scénariste aux cotés de Fabrice Eboué et Lionel Steketee pour le film sorti en salles mercredi, Case Départ. Bien trop occupé à tenir son rôle d’artiste, nous assumons le pan journalistique de l’événement en le remplaçant sur la chronique qui l’a médiatisé au sein du grand public.


Number Five : Il n’y a rien de mieux à voir au ciné cette semaine

Plus que la raison classique du « par défaut », Case Départ creuse l’écart entre son attractivité et la pauvreté du potentiel enthousiasmant des autres films sur la ligne de départ (haha), ce mercredi 6 juillet. Comme l’on pouvait s’y attendre, face à Julia Roberts et Tom Hanks qui tentent de nous convaincre dans une comédie romantique (de plus) qu’il n’est jamais trop tard ou un lapin animé (de plus) à l’adolescence qui se rebelle contre le rôle que lui avait attribué son père depuis son enfance, un voyage dans le temps, au plein coeur de l’esclavage, paraît on ne peut plus rafraichissant et atteint facilement la première place du box-office dès le premier jour.
Au delà du caractère original du scénario, il est agréable de constater que les Français qui avaient décidé d’aller au cinéma ce jour là ont fait le pari, certes inconscient mais non moins effectif, de rire du passé colonial de la France dans son lien avec les répercussions sur l’intégration aujourd’hui. Un sujet constamment rabâché sur le registre de la peur le reste du temps.


Number Four : Vous assisterez à la bataille Juifs/Noirs : l’affrontement final

Un marchand juif sauve nos deux esclaves quelque peu décalés. Lorsque les trois compères se retrouvent autour d’une même table, ils couvrent en trois minutes et en une seule scène, des siècles de débats traités sur des centaines de pages par les historiens, les journalistes ou même les philosophes.
Les hébreux sauvés par Moïse, la hiérarchie de la souffrance, Hitler, le conflit Israélo-Palestinien, tout y passe… en 1780. Chapeau !


Number Three : Les Visiteurs, ça commençait à dater

Les années 90 font désormais partie de l’Histoire (fin de la guerre froide, France 98, tout ça…) et ainsi, logiquement, Cousin Hubert et Jacquouille La Fripouille viennent du passé et atterrissent… aussi dans le passé. Autant de rires qu’a pu nous extirper le film, il y a bien quelque chose qui cloche. On est alors heureux d’avoir une version (inversée) du concept un peu plus à notre portée. Au lieu d’un Christian Clavier avec une casquette bleu blanc rouge, on a ici un chasseur d’esclaves avec un tee-shirt Scarface et des TN.
Au delà de celui-ci, les anachronismes sont un peu plus fins et vont un peu plus loin que manger un sandwich avec le cellophane ou se laver et boire dans la cuvette des toilettes. Ce qui différencie les personnages de Joël et Régis de l’époque qu’ils doivent subir, c’est leur carrure (merci Darwin), la difficulté à vouloir tuer l’adversaire dans une lutte (merci Martin Luther King) ou l’alphabétisation (merci Jules Ferry).
Même si beaucoup de nos ainés rechignent encore à vouloir bien prononcer son nom, on sent quand même une évolution entre un film grand public qui peut être réalisé par un dénommé Thomas N’Gijol plutôt que Jean-Marie Poiré. Arrive avec lui et Fabrice Eboué plus que de la légèreté, les deux amis traitant d’un sujet dont les Français ont besoin de rire.


Number Two : Vous pourrez voir deux beaux étalons en slip flashy

Les réalisateurs sont formels, ils voulaient nous présenter deux cons. Deux cons, c’est ridicule et donc c’est très drôle. On les retrouve bien en sous-vêtements rouge ou jaune sur un marché aux esclaves du XVIIIème siècle, ou assommés par une poutre en essayant de s’enfuir, ou encore réveillés par le seau à commission le matin. La liste de ce genre de gags est longue.
Ces deux personnages classiques que tout oppose (selon Fabrice Eboué) ont été construits avec assez d’épaisseur pour que l’on rit toujours d’eux dans une situation insolite, mais pas de l’environnement en lui-même.
Il était très important pour les réalisateurs que l’on ne désacralise surtout pas la période dépeinte, et que l’on se concentre sur l’actualité des deux demi-frères positionnés aux deux extrêmes de leur rapport à la France.


Number One, la raison n°1 qu’aurait donnée Thomas N’Gijol pour aller voir son film est : « Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le au moins pour lui ».

Ce dernier avait proposé ce slogan à Nicolas Sarkozy pendant sa campagne en 2007, exprimant le fait que l’on sentait une volonté énorme, presque désespérée, de l’actuel président à vouloir accéder à ce poste. Dans des circonstances largement moins dramatiques, nous sommes dans un cas de figure similaire. Aborder un tel sujet était risqué et cela rend l’implication et la motivation des deux jeunes cinéastes plus crédible, plus touchante aussi. Thomas N’Gijol précise dans une interview que leur projet n’est pas un film historique, mais que s’il déclenche l’envie de la part de productions de se lancer dans une fresque plus documentée sur l’esclavage, ils en seraient très heureux.
Son capital sympathie joue largement en faveur du film. Ancien membre du très respecté Jamel Comedy Club, toujours le mot pour clasher, capable de mettre l’imperturbable Michel Denisot mal à l’aise, ou répéter une dizaine de fois à Guillaume Peltier qu’il va perdre les présidentielles, on est désormais en mesure de lui rendre la monnaie de sa pièce en réalisant son rêve et aller voir son film. Il nous avait offert un Top Five des signes qui prouvent que l’on est en train de regarder un film français, le n°1 était « Il n’y a pas de Noirs et encore moins de Chinois dans le film ». A vous d’être attentif pour trouver le personnage asiatique dans Case Départ.

3 Commentaires
  1. maéva le 9 juillet 2011 à 15 h 21 min

    Thomas Ngijol et Fabrice Eboué ne sont rien rien d’autre que misérable bounty, utile aux médias, qui ‘s’humilient (là encore rien de grave) mais qui surtout insulte , folklorise la mémoire des esclaves avec ce film…

  2. Mr Carambar le 28 juillet 2011 à 18 h 28 min

    Heu… Maeva dit leur ça en face tu vas les faire blanchir je pense.

    Personnellement un film aussi pourri et mal joué comme La Rafle nuit plus à un évenement majeur de l’histoire que cette petite comédie franchouillarde qui ne fait pas de mal.

  3. Ju' le 29 juillet 2011 à 0 h 56 min

    Je suis plus d’accord avec Mr Carambar, Case Départ semble être un catharsis humoristique d’une période aussi traumatisante que peut l’être l’esclavage…