Un automne français

Les chroniques du mois : octobre

31 octobre 2011 . Un commentaire
By Esco', in Featured, What else ?

Guizmo - Normal

Le 1er rappeur de l’Entourage à s’être lancé en solo dans le périlleux exercice de la sortie d’un album à échelle nationale. Un challenge que Guizmo relève pleinement en mettant très intelligemment en scène son personnage porté par un flow original et des productions rafraîchissantes. Des paroles loin du story-telling mais qui permettent quand même à l’émotion de ressortir en trouvant toujours une manière d’apporter un contraste et une nuance intéressante. Un album obscur, au constat introspectif et pessimiste, parsemé de petites touches lumineuses ! On rentre et s’identifie parfaitement à cet univers. Une réussite ! -Ju’-


Jedi Mind Tricks - Violence Begets Violence (Enemy Soil Records)

Un album des Jedi Mind Tricks c’est un peu comme un film porno, ça transpire, ça beugle et ça ne fait pas souvent dans la dentelle. Qualifié - à tort - de « rap wagnérien » le crew de Philly emmené par Vinnie Paz s’est bâti un bastion inexpugnable dans le rap underground US à grands coups d’opus béliers. Suite au récent départ de leur chef d’orchestre, Stoupe, JMT se devait de conserver son identité musicale. Pari réussi, puisque les productions assurées par Shuko, C. Lance ou encore Nero ne dépareillent pas avec le côté sévèrement burné auquel le groupe nous avait habitués. Si la fanbase s’en retrouve probablement rassurée, les autres risquent de passer leur chemin. Car ce Violence Begets Violence ne bouleverse en rien les codes établis par le groupe. Il y a du travail certes, mais l’absence de Stoupe ne semble pas palier à cette redondance manifeste qui sévit sur une discographie trop uniforme. Le retour de Jus Allah ni fera rien. -Crazyhorus-


Joe – The Good, the Bad, the Sexy (Kedar Entertainment)

La longévité. Dans une industrie où l’immédiateté et les carrières terminées avant même d’être entamées sont légions, le concept semble dépassé. Après près de 20 ans de carrière, Joe Thomas fait office d’irrésistible vétéran de la scène rythmn and blues contemporaine, sans jamais tomber dans la caricature de l’artiste dépassé par ses héritiers. Sur The Good, The Bad, The Sexy, Joe évolue à son aise, naviguant entre slow jamz langoureux (« Pull My Hair ») et déclarations d’amour enflammées (« Slow Kisses »). Sans surprise et un rien pompeux sur la longueur, le neuvième effort du chanteur de Georgia est accablant de banalité, un comble pour un artiste qui a instauré des tendances dans les années 90 que ses homonymes chanteurs se sont empressés de suivre. Loin d’être mauvais, The Good, the Bad, the Sexy est simplement un album parmi une myriade d’autres. -Nico-


Justice - Audio, Video, Disco (Ed Banger)

Quatre ans que l’on attend de savoir ce que Justice a véritablement dans le ventre, quatre ans qu’on se demande si la Cross était un véritable coup de génie ou une simple illusion. Voilà, il arrive enfin : « Audio, Video, Disco », un titre sensé vouloir dire « J’entends, je vois et j’apprends » mais une chose est sûre, c’est qu’on ne comprend rien. Après un début enthousiasmant, Justice se complaît dans une abstraction sonore afin de démontrer toute leur puissance créatrice pour témoigner d’une certaine maturité qui, finalement, nous laisse toujours sur notre fin (« On’n'On », « Brian vision », « Parade »). La fluidité du projet qui, on le sent, a été pensée comme un tout, semble parfaitement incohérente et perd l’auditeur tout au long de ces ¾ d’heure. Loin de détester le binôme par principe, qu’ils se rassurent (cf. leur interview pour TSUGI), il semblerait que cet opus qui devait être celui de la consécration ultime ne soit que celui de nouvelles interrogations et cette fois personne n’attendra quatre ans pour y répondre. -Ju’-


Mayer Hawthorne - How Do You Do (Stones Throw Records)

On dit généralement que le deuxième album est le plus difficile à réaliser. Celui où il s’agit d’innover tout en confirmant, de séduire davantage sans trop en faire, ou tout simplement de se relever d’un succès conséquent. C’est précisément le cas de Mayer Hawthorne, inopinément propulsé sous les feux de la rampe avec son magistral A Strange Arrangement (2009). Bonne nouvelle, How Do You Do finit d’élever l’artiste au rang de prodige de la modern-soul. Alors certes, la formule est inchangée, certes Mayer continue de surfer sur la vibe dandy propret mais le plaisir de l’entendre chanter ses péripéties sentimentales avec sa voix de tête si prenante l’emporte sur tout le reste. How Do You Do est un disque résolument positif où règnent des arrangements grandioses, gorgés de soleil et d’énergie. La classe américaine, quoi ! -Esco’-


Styles P- Master Of Ceremonies (eOne Music)

Moins dans la lumière que ses collègues D-Block ou Jadakiss, Styles P a dû composer dans l’ombre sans pour autant rester inactif. Déjà trois albums à son palmarès, le bien nommé « The Ghost » livre cette année son quatrième effort. Une galette qui si elle ne brille pas par son efficacité redoutable, reste cependant largement appréciable. Ce Master Of Ceremonies ne verse donc pas dans le rap douteux aux refrains mielleux et dérisoires. Les productions signées Warren G, Pete Rock ou encore Araabmuzic restent en cohérence avec ce projet maîtrisé de bout en bout qui s’avère à la longue de plus en plus plaisant. En alternant entre morceaux de bravoures (« Harsh »), climat dark (« We Don’t Play », « Uh Ohh ») et instants d’accalmie (« Feelings Gone »), Styles P s’en sort avec les honneurs. -Crazyhorus-


The Away Team - Scars And Stripes (Duck Down Records)

The Away Team, groupe qui réunit le rappeur Sean Boog et le producteur Khrysis, revient avec un nouvel essai estampillé Duck Down. Scars & Stripes, c’est l’intitulé de cette quatrième livraison qui monte encore d’un cran vis-à-vis de ses prédécesseurs. En effet, outre un Sean Boog en pleine forme, on assiste à un travail toujours plus poussé de la part de Khrysis qui nous livre ainsi des productions encore plus poignantes (« Bad News », « The Road To Redemption », « Picture This »). On obtient donc un résultat plus que satisfaisant, ponctué par les performances de qualité des nombreux invités mais qui s’affaiblit sur la longueur. Résultat : le projet apporte son lot de déceptions parmi lesquelles « Scars & Stripes », « The People«  et « I Ain’t Mad« . Un album qui reste correct dans l’ensemble. -Rémy-


Les albums qui divisent


Joey Starr - Egomaniac (Jive Epic Group)

Représentant emblématique du rap français, chacun de ses plateaux télés sont disséqués pour ne pas rater les sorties du truculent Joey Starr. Nécessairement, lorsqu’après un séjour en prison fortement médiatisé, on se souvient de son passage au Grand Journal, l’artiste est coup sur coup sous le feu des projecteurs entre sa prestation remarquable dans Polisse et ce nouvel album. Par sa position d’éléphant du hip-hop hexagonal, on attend de la moitié d’NTM un oeil politique et social sur des instrumentaux smooth. Mais sur le bien nommé Egomaniac, Joey Starr reste ce qu’il a toujours été et ce qu’il sera, a priori, toujours : un génial entertainer. Musicalement, Kimfu fait un travail formidable en mélangeant toutes les textures sonores possibles et imaginables que le MC prend un plaisir de détruire avec sa voix qui ressemble au bruit de démarrage d’une Volswagen Polo de 1984. Un album qui s’écoute avec un vrai plaisir sans aucune retombée d’intérêt, quant aux thématiques Joey reste dans la perspective de proposer un produit distrayant entre des morceaux totalement délirants (« Faut S’Lever »), analyse militante (« Je Paie Pas ») et tendre introspection (« Mamy… »). -Ju’-


Joey Starr - Egomaniac (Jive Epic Group)

Le paradoxe de l’art… 19 octobre 2011, Joey Starr crève l’écran dans Polisse où il incarne brillamment un flic de la Brigade de Protection des Mineurs. 31 octobre 2011, le même Starr se vautre royalement avec son deuxième album solo, et ce pour la seconde fois consécutive. Entre jouer l’écorché vif et le chanter, au bout d’un moment, il faut choisir. Comme le fut Gare Au Jaguarr en son temps, Egomaniac est un concentré de bruits de gorge et de gimmicks réchauffés sans grande utilité. A l’instar de Kool Shen, seul, Joey Starr peine à retrouver l’émotion qui émanait du mythique NTM. Trop fouillis, trop bordélique, il n’y a guère que lorsqu’il trempe sa plume dans l’intime ou le social (c’est à dire 2/3 fois) que le Jaguar recouvre de l’intérêt. Dommage, le single est puissant et la pochette drôlement attrayante. -Esco‘-


Murs & Ski Beatz – Love & Rockets Vol.1 (DD172/BLUROC)

“Rap is easy / Career, that’s the hard part / Niggas starting out this year and think they Mozart.” Une déclaration en forme de piqûre de rappel, illustration de la carrière des deux dinosaures du game que sont Murs et Ski Beatz. Depuis Murs 3:16: The 9th Edition, Murs prend un malin plaisir à s’acoquiner avec des beatmakers à la carrière bien entamée (9th Wonder, Terrace Martin et Ski Beatz) pour disperser çà et là quelques ogives bien senties. Ski Beatz quant à lui, en pleine recrudescence depuis sa rencontre avec Curren$y, et au sortir d’une expérience calamiteuse symbolisée par la sortie de 24 Hour Karate School Pt. 2, se devait de redresser la barre. C’est chose faite avec ce Love & Rockets à l’intitulé tout trouvé, équilibré entre tracks ensoleillées aux forts relents californiens (« Westside Love », « Hip-Hop and Love ») et anthems enflammées (« 316 », « S-K-I-B-E-A-T-Z »), couplées à du story telling de haut vol à l’image que « 67 Cutless » et du splendide « Animal Style » à l’issue tragique. Ajoutez à cela un hommage à la scène Westcoast sur « Eazy-E » et un petit air bluesy (« Dream On ») et vous obtenez l’une des toutes meilleures sorties de l’année. Facile. -Nico-


Murs & Ski Beatz – Love & Rockets Vol.1 (DD172/BLUROC)

C’est une des déceptions du mois. Après 9th Wonder l’an dernier et Terrace Martin en début d’année, c’est Ski Beatz que Murs a choisi pour la production de son nouvel album, Love & Rockets Vol. 1 : The Transfromation. Si Fornever et Melrose furent plutôt réussis, pour ce dernier projet ce n’est malheureusement pas le cas. Cette collaboration avait pourtant de la gueule sur le papier mais ça n’aura pas suffit à en faire une réussite. En effet, on assiste à de piètres performances de la part du rappeur ainsi que des productions vacillant entre le moyen et le mauvais. Cependant, quelques tracks sortent du lot comme c’est le cas pour les deux premières pistes « Epic Salutations«  et « Remember To Forget« , très bien produites, ou encore « Eazy-E«  et « International« . On reste sur notre faim. -Rémy-


Statik Selektah – Population Control (Showoff Records / Duck Down Records)

Dans la famille des prodos redondants, où 9th Wonder fait figure de père spirituel, Statik Selktah s’est taillé une place prédominante en seulement trois ans de carrière. Si Spell My Name Right et Stick 2 The Script avaient séduit de par leur fraicheur de ton, la dernière livraison du CEO de Showoff Records peine à convaincre, pénalisée par un kit de drums usité jusqu’à l’overdose et un sentiment de déjà vu exaspérant. Si « New York, New York », « Damn Right » ou « Never A Dull Moment » sont assurément des titres dont la valeur est indéniable, la deuxième moitié de l’album relève davantage de l’étalage promotionnel de MCs éparpillés au gré des envies de Statik que du véritable exercice de style. Le casting époustouflant, métaphore de la popularité du (trop ?) prolifique producteur, peine à dissimuler un album à la durée de vie limitée. -Nico-


Statik Selektah – Population Control (Showoff Records / Duck Down Records)

Statik Selektah est de retour en cette fin d’année avec sa facture annuelle à laquelle on a le droit depuis quatre ans. Pour ce nouvel album intitulé Population Control, le producteur nous réserve encore une fois une pléiade d’invités haut de gamme, que ce soit ses fidèles et habituels partenaires (Bun B, Reks, Termanology, Reks, etc.) ou les rookies du moment (Action Bronson, Smoke DZA, XV, etc.). Outre la qualité des prestations de ces derniers, Statik nous offre comme à chaque fois des productions taillées sur mesure avec des samples idéalement choisis (« Down« , « Gold In 3D« ). Cependant, le point faible de cet album subsiste en deux points, tout d’abord la longueur de l’album qui vient alourdir l’écoute du disque puis cette redondance chez le producteur qui se fait de plus en plus ressentir avec les années. Malgré tout, on passe d’agréables moments avec d’excellents morceaux qui viendront éclairer nos dures journées automnales (« Harlem Nights », « Damn Right« , pour ne citer qu’eux). -Rémy-


Les notes de la rédaction




Un Commentaire
  1. Isaiah le 1 novembre 2011 à 18 h 05 min

    Je trouve le Styles P beaucoup trop banal par rapport a ce que le MC vaut vraiment. Il s’enferme dans la chanson gangsta-ego-trip sur une majorité de l’album et rien n’en ressort. Rien que regarder la tracklist suffit a comprendre l’album (Street Shit, Uh Oooh, Im a Gee…) et c’est dommage car a coté de ça il y’as des Children ou Feelings Gone.
    Au final ca résume sa carriere je dirais, comme le reste de son crew.