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Large Professor : figure mythique du son new-yorkais

18 mai 2011 . 2 commentaires
By crazyhorus, in Featured, US Side

A presque quarante ans, Large Professor fait aujourd’hui partie des murs de l’underground new-yorkais. Considéré comme l’un des beatmakers les plus fameux de cette seconde génération qui s’est affirmée durant les 90′s, Xtra P est avant tout un artiste complet, aussi à l’aise derrière un mic que penché sur une bonne vieille MPC. Loin d’être enterré par les nouveaux venus qui cherchent à se faire une place au sein des Billboards, Large Pro conserve une intégrité inexpugnable, garant d’un savoir faire bien rodé qui en 2011 continue de faire mouche.

Les 90′s, la période faste

Peu de gens le savent, mais avant d’être l’un des producteurs les plus estimés de New York, Large Pro est entré dans le hip-hop en frottant ses frusques sur le bitume en tant que breakdancer au début des années 1980. Une occupation qui lui a permis de danser au rythme des galettes lancées par Mister Magic lors de sa grand-messe sur la station WBLS. Un peu plus tard, face à la horde du Juice Crew qui sévit sur la Grosse Pomme, le jeune Paul Mitchell prend le pseudo de Paul Juice Star en référence à ce mythique crew de Queensbridge. Un premier contact qui comme beaucoup de b-boys à l’époque façonne un imaginaire débordant et suscite nombre de fantasmes. Très vite gagné par le virus, c’est une figure majeure de la production - Paul C - qui le prend sous son aile afin de lui enseigner cet art nouveau. Avec le concours de son mentor, Xtra P produit pour de fines lames dont Eric B & Rakim, Kool G Rap & DJ Polo ou encore Roxane Shanté. Mais c’est au lycée que les choses se concrétisent le plus. Avec K-Cut et Sir Scratch, il fonde le groupe Main Source. Lui pose déjà quelques verses depuis un certain temps, les deux autres possèdent des platines et le tour est joué. Ensemble, ils sortent l’album Breaking Atoms (1991) qui a la particularité de bénéficier de la première apparition discographique d’un certain Nas (sur « Live At The Barbecue »), petit génie de la rime présenté à Large Pro par son pote Joe Fatal.

Mal rétribué, ne voyant que rarement la couleur du dollar, Paul Mitchell quitte le groupe afin de faire cavalier seul. Commence alors une période faste durant laquelle il produit pour des pointures comme les jeunes loups de Mobb Deep, Pete Rock & CL Smooth, Akinyele et Big Daddy Kane. Large Professor sait s’entourer, et participe au gré de ses productions à la création du son new-yorkais des années 1990. Une texture rugueux et âpre enfantée par la célèbre SP-1200 après laquelle tout le monde court. Avec le ralentissement des BPM, Large Professor s’apprête à bouleverser l’histoire du rap. En produisant « It Ain’t Hard To Tell » et « One Time 4 Your Mind » sur le premier album de Nas, Illmatic, ce génie de la musique a marqué de son empreinte le son made in NYC. Approché par Geffen Records, label spécialisé dans le rock et qui désire injecter à son catalogue une certaine diversité, Paul Mitchell signe illico et enregistre les deux énormes singles que sont « The Mad Scientist » et « Ijustwannachill ». Malgré les enregistrements, Large Pro ne semble pas être une bonne opération pour Geffen. Les deux parties se séparent et un bootleg de son premier album The LP, circule de façon plus ou moins volontaire. L’opus ne sortira officiellement qu’en 2009… Xtra P résume l’affaire de la façon suivante : « je pense qu’ils voulaient quelque chose de plus gentillet. Moi j’étais plus subversif, surtout au micro. Je ne pense pas que c’est à cause des beats, mais plus en rapport avec ce que je disais qui était too much pour eux. »

Large Pro post-2000

Fin diggeur des bacs de Brooklyn, de Greenwich Village et de Long Island, le Large Pro des années 2000 est resté fidèle à sa doxa. Son aisance au mic ainsi que sa touche musicale lui ont permis de placer quelques ogives intéressantes notamment pour Nas (« You’re Da Man »), The X-Ecutioners (« XL »), Busta Rhymes (« The Heist »), AZThe Hardest ») ou CormegaThe Come Up »). Producteur actif et toujours sollicité, Xtra P n’en délaisse pas pour autant sa carrière solo en s’entourant du gratin de l’underground comme en témoignent ses deux albums 1rst Class (2002) et Main Source (2008). N’ayant plus rien à prouver après avoir contribué à l’édification d’un pan du rap, Large Professor ne semble toujours pas rassasié. Aujourd’hui, fort de son expérience passée, le vétéran garde le cap en s’acoquinant avec des MC moins connus du grand public mais non moins talentueux. Ainsi, sa nouvelle collaboration avec le MC Neek The Exotic sur l’album Still On The Hustle, après l’excellent Exotic’s Raw paru en 2003, marque un retour canon de l’enfant du Queens. Filiation artistique oblige, l’opus bénéficie de la participation de personnalités incontournables à l’instar de Lord Finesse (« Main Event »), Joell Ortiz (« Street Rebel ») ou Marco Polo (« My Own Line », « Hip Hop »).

Beatmaker historique, carré de bout en bout, précis dans ses lines, Large Professor fait partie des figures prépondérantes de la mythologie hip-hop. En 2011, s’il n’est pas le producteur le plus en vogue, son travail reste encore aujourd’hui très apprécié. Certains le qualifieront peut-être de « rétro » - à tort - mais qu’on ne s’y trompe pas, Xtra P représente ce que le rap new-yorkais a de plus intègre.

A écouter :

- Large Professor - 1st Class (Matador Records, 2002)

- Large Professor - Main Source (Gold Dust Media, 2008)

- Large Professor - The LP (Redline, 2009)

- Neek The Exotic & Large Professor - Still On The Hustle (Fat Beats, 2011)


2 Commentaires
  1. SnowgoonS le 18 mai 2011 à 18 h 42 min

    Petit article…??? Bon petit article ouais, bien appréciable la rétrospective, j’avais complètement oublié que The LP n’avait vu le jour (officiellement ) qu’en 2009…
    Si son skeud serait sortie en temps voulu, je me demande si sa notoriété aurait été encore plus grande…??? Je ne crois pas…

  2. drill le 18 mai 2011 à 20 h 58 min

    Objectivement le seul beatmaker à pouvoir le battre à son propre jeu c’est Primo, le reste n’est que broutille. Je l’avais dit quand j’avais fait la chro de son The LP, le rap n’aurait jamais eu cette gueule sans leur rivalité amicale et par logique Illmatic ne serait pas ce classique intemporel. Bref LP c’est le HH que j’aime, c’est ce putain de Xtra P qui atteste que ton OG vient de se faire outshiner par son remix.