Et si notre avenir était entre leurs mains ?

La nouvelle scène Trap d’Atlanta

1 février 2014 . Pas de commentaire
By MJ, in US Side

Le Southern Rap domine le Hip-Hop depuis plus de 10 ans, raison pour laquelle beaucoup d’artistes s’imprègnent des sonorités propres à Atlanta, Houston, la Nouvelle-Orléans et autre Memphis. L’exemple contemporain le plus flagrant et le plus dénaturé concernant cette tendance est le jeune A$AP Rocky, ce petit d’Harlem dont on ne cesse de vous répéter un peu partout que sa musique n’a rien de la côte Est mais respire l’odeur des ribs de porc du Sud. Il y a quelques années, le New York Time baptisait Atlanta « Le centre de gravité du Hip-Hop » et on n’aurait pas mieux dit. Aujourd’hui, tout le monde sonne comme Atlanta, tout le monde se croit sudiste et surtout tout le monde se croit chez lui à Atlanta comme si c’était le meilleur des orphelinats. Drake le roi du real talk le reconnait d’ailleurs très fièrement dans son remix de « Versace » « Born in Toronto but sometimes I feel like Atlanta adopted us ». Un endroit où tout le monde veut être, construit sur les bases d’un passé glorieux et un futur qui promet d’être passionnant grâce notamment à sa nouvelle scène Trap. La ville pionnière a de jeunes talents qui portent fièrement l’étendard et qui risquent de garder le monopole de l’attention encore bien longtemps.

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La mainmise sur le pays

Il est vrai que la ville d’Atlanta possède une grande histoire liée au rap et surtout des noms auxquels plusieurs artistes répondraient à l’appel par « Oui Papa » ; entre OutKast, Goodie Mob, Gucci Mane, Gorilla Zoe, T.I., Ludacris, Young Jeezy, OJ Da Juiceman, 2 Chainz et les autres, l’héritage musical de la ville est aussi une partie de l’héritage musical du Hip-Hop en général. C’est encore aujourd’hui l’un des plus gros viviers du Hip-Hop US, avec des légendes (toujours en vie), des one hit wonder (genre Shawty Lo), en passant par les précurseurs bafoués (s/o OJ) et d’autres qui écrivent l’histoire en ce moment même (Future). Longtemps mis sous les aisselles du Hip-Hop de la côte Est et celui de la côte Ouest, le Southern Rap fatigué du Crunk de Memphis nous a présenté il y a quelques années la Trap Music venue mettre à la retraite les Lil Jon, Three Six Mafia, Lil Scrappy, et autre David Banner, et faisant de cette branche un genre très populaire. Une musique qui à la base raconte le quotidien des dealers de drogue et initialement rappée par d’anciens dealers qui vous disent dans quelle misère ils étaient et la lutte qu’ils ont effectuée pour arriver au sommet. Entre leur quotidien face aux forces de l’ordre, leur lutte contre les affabulateurs, leur façon de gérer les hoes à la Danny Glover en passant par la lamborghini aventador qu’ils ont pu s’offrir grâce au struggle, tout est sujet à une chanson et la vie de dealer vous est peinte de manière à ce que vous puissiez vous imaginer à leur place quand ils arpentaient les rues, prenaient du bon temps en club, ou bien tout simplement vendaient la dope depuis le bando.

Une ville qui a des icônes célèbres est forcément une source d’inspiration pour les plus jeunes qui veulent faire comme les grands tout en retravaillant les codes créés par les plus vieux à leur sauce. La jeune génération de trappeur n’est pas qu’une réplique de l’ancienne, les temps changent et la musique évolue pour le meilleur et pour le pire. Même s’ils ne maitrisent pas tout, ces jeunes-là l’ont bien compris, c’est en s’entraînant qu’on progresse et le déchet est permis. En quête de visibilité, inonder internet avec des mixtapes et des sons tous les jours, puis prier pour que la curiosité de l’auditeur leur face décrocher un trophée sur Datpiff est la meilleure des options.

Un centre de formation avec deux filières, charpentier ou commercial

Depuis le jour où les beatmakers ont eu le génie de mettre des signatures vocales sur leurs productions, ces charpentiers de la musique sont devenus facilement reconnaissables par l’auditeur, ce qui leur vaut un gain de popularité presque aussi conséquent qu’un rappeur. Un temps hommes de l’ombre, ils sont désormais reconnus et plus plébiscités que jamais. À Atlanta la concurrence est rude mais le jeune Sonny Digital (qui s’est fait connaitre grâce au beat de « Racks ») a en quelque sorte décroché le jackpot en produisant « Bow Down/I Been On » sur le dernier album de Beyonce. Suit Metro Boomin, le petit de Future, qui a produit « Karate Chop », London On Da Track l’un des producteur récurrents de Waka Flocka Flame, Forte Bowie qui a produit « South$ide », Dun Deal « Hannah Montana », Yung Carter « Type of Way » et Childish Major « U.O.E.N.O ». Tous ces gamins sont clairement venus prendre le siège de Zaytoven qu’on imagine tranquillement installé dans un Atlanta king bed, profitant des retombées de ses très nombreuses collaborations avec Gucci Mane dont on sait que l’identité musicale a été très grandement façonnée par ses soins. La production est un travail foncier souvent créé à partir de rien du tout et donnant un fond et une forme à une œuvre musicale. Les beatmakers sont de vrais artistes mais ne prendront certainement jamais plus de place que les rappeurs. Ça ne changera jamais, on le sait, les rappeurs seront toujours les acteurs principaux et les nouvelles têtes de la Trap d’Atlanta sont bien conscientes que le spot doit être occupé par n’importe quel moyen. Ils incarnent une génération où la folie, l’excentrisme, la bêtise ou tout simplement le désir d’attention des médias et d’Internet sont des facteurs essentiels à leur lifestyle et leur musique. On vous en présente quelques-uns :

L’héritage de Gucci Mane : ses cinq fils

Young Thug et son Y.S.L (Young Stoner Lifestyle)

Quartier : Midtown Atlanta

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Depuis 2011, Young Thug est couvé au sein de 1017 Brick Squad, façonnant son style musical avec de très grands desseins. Après la trilogie de mixtapes I Came From Nothing, c’est en 2013 que Thugger a enfin les faveurs de l’arène avec 1017 Thug , évoluant autant musicalement que d’apparence, le jeune voyou nous montre qu’on avait rien vu en scrutant pour la première fois ce cher Trinidad Jame$. Young Thug a juste pop up sous nos yeux pour nous montrer que stylistiquement, il est encore bien plus loin. Percing au septum, verni sur les ongles (nail art même), ballerines/mocassins aux pieds, ce type vous montre tous les jours via Instagram qu’il n’a peur de rien et que c’est un très grand swagger. Tout cet attirail est accompagné d’une voix à la Danny Brown/Lil Wayne (dont il est un grand fan) et une affinité à pleurer sur les tracks tout en utilisant l’autotune, un détail qui le fait résonner comme Future. Vous entendrez des cris et des gimmicks surprenantes, des lyrics posés off-beat mais ne vous inquiétez pas, c’est juste la preuve de sa spontanéité. Son street/trap anthem « Stoner » (produit par Dun Deal) est le sujets de beaucoup de remix en ce moment et « Danny Glover » est cette chanson sur laquelle Drake et Kanye West deviennent fous en club. Vous l’avez compris, c’est LE rookie d’Atlanta à suivre en 2014.

PS : aux dernières nouvelles, il aurait travaillé avec Kanye et Future lui aurait proposé de signer chez Freebandz pour 1,5M$. Peut être est-il plus de Marseille que d’A-Town, on verra.

 

Migos les triplés de Gucci

Quartier : North Atlanta

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Quavo, Takeoff et Offset ressemblent à vos potes des Caraïbes qui traînent vers la fontaine de Châtelet mais ils n’ont pas perdu leur temps à chiner en haut des escalators pour autant. C’est simple, ils ont pondu ensemble l’un des plus gros hits de 2013 et représentent actuellement ce que la Trap music bête et méchante fait de mieux. Il est vrai que les problèmes niveau prononciation sont très nombreux sur leur mixtape Y.R.N (Young Rich Niggas) (FUH-SA-CE reste l’hymne) mais vu leur buzz et leur valeur marchande, certains rappeurs devraient se mettre à tordre les mots. Juste pour voir. Affiliés à Brick Squad, depuis que leur single « Versace » leur a rapporté 1M de dollars avec plus de 500 000 téléchargements (en tant qu’artistes indépendants) et qu’ils se font signer des chèques de 15 000 $ pour des shows en club, Island, Def Jam et Interscope tentent chacun leur tour de les rapatrier, proposant la coquette somme de 2M$ pour les signer. On ne sait pas de quel bois sera fait l’avenir de Migos mais ce qui est sûr c’est que Y.R.N est tout ce que vous attendez de la Trap Music.

 

Young Scooter, le trappeur qui rime sans rimer

Quartier : Kirkwood à l’est d’Atlanta

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Young Scooter est l’ami d’enfance avec qui Future faisait les quatre cents coups en bas des blocs, une expérience humaine qui allait être imitée musicalement jusqu’à ce que du jour au lendemain, l’artiste aille en prison pour violation de sa liberté conditionnelle. Jusqu’alors rappeur préféré de Gucci Mane sur son label (certainement pour son style d’écriture), cet homme est également un philosophe pour cette phrase dite le plus naturellement du monde lors d’une interview avec Complex « I don’t really care what I say on a beat as long as it’s about some money. When you try to think hard and write it out, that’s when it’s gonna be fucked up/ Je ne me soucie pas vraiment de ce que je dis sur un beat tant que ça parle d’argent. Quand tu essaies trop de penser et que tu l’écris c’est là que ça devient claqué ». Oui, comme Jay Z, Scooter n’écrit jamais ses lyrics mais son but à lui n’est pas de dire des phrases profondes, sensées ou intelligibles. Faire le moins de rimes possibles est ce à quoi il se tue et malgré tout, sa dernière mixtape Street Lottery 2 est dans ce qu’il s’est fait de mieux en Trap Music en 2013.

 

Les pistonnés

Que

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Dans n’importe quelle sélection il y a toujours des pistonnés et Que a été imposé à internet par Lebron James. Cette accusation n’engage que nous, mais le rookie doit allégeance à jamais à LbJ pour avoir tant tourné les projecteurs en son sens en dansant dans sa voiture sur « OG Bobby Johnson ». Que est également un proche du jeune producteur Sonny Digital avec qui il a sorti un projet en 2013 nommé Forbes Atlanta. Tout cela dans la plus grande confidence.

 

Johnny Cinco

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Johnny Cinco a d’abord fait surface avec sa chanson et son clip honnête « They gave the wrong young nigga money ». Peut-être doute-t-il de son talent (on peut se le dire naïvement) mais c’est plutôt l’un de ces types qui pensent :  »Quand j’aurais de l’argent, je niquerai tout ». Ce rookie qui est pour l’instant « Monsieur Personne » peut laisser perplexe mais sa présence sur la mixtape de DJ Esco hostée par Future avec son titre « No Choice » est une bénédiction et c’est peut-être le meilleur moment de la mixtape (sans compter « How Can I Not »). Johnny Cinco est lui aussi un rappeur avec un don, il semble utiliser une nouvelle technique pour rendre sa voix encore plus singulière : rapper avec le nez bouché et le plus surprenant est que ses chansons « glissent savon » comme on dit.

 

Les « Rich »

Rich The Kid

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Rich The Kid a déjà sorti deux mixtapes en collaboration avec Migos dont la dernière est nommée Street On Locks 2. Le trappeur est si souvent fourré entre Quavo Offset et Takeoff qu’il se voit affilié au groupe par tout le monde et qu’il en est clairement influencé. Sa chanson « Jumpin’ Like Jordan » (toujours avec Migos) lui a amené un gros buzz et cela sans avoir besoin de Tyga qui a (comme souvent) sauté sur le remix d’un nouvel arrivant pour le quatrième volet de Well Done.

 

Rich Homie Quan

Quartier : Decatur

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C’est l’homme qui a explosé grâce aux milliers de vidéos Instagram et Vine qui reprennent son refrain sur « My Nigga » de YG la reprise américaine de « Je serai ta meilleure amie » de Lorie et sa propre interprétation de la thèse « J’suis dans mon jacuzzi, t’es dans ta jalousie » avec « Type Of Way ». Artistiquement, il est très souvent comparé à Future, utilisant les mêmes ad-libs et ayant la même façon de rapper et le même timbre de voix quand ils expriment leur peine. D’ailleurs, un beef alimenté par des piques lancés par-ci par-là par Rich Homie anime souvent les débats. D’autre part, sa mixtape I Promise I Will Never Stop Going In est disponible depuis le mois de Novembre avec quelques perles parmi lesquelles on trouve « Get TF Out My Face », dont le refrain et le couplet de Young Thug nous questionnent fortement face à son éligibilité potentielle pour une nouvelle section aux Grammys.

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Leur objectif : ne pas finir comme les parias de la ville avec en première position Pill qui faisait la cover des XXL Freshmen 2010, en deuxième position Shawty Lo, le rookie fantôme des BET Awards 2008, et en troisième position Reese qui, malgré un co-sign de Pharrell et de Don Cannon sur sa mixtape Reese vs. The World 2, est dans le brouillard le plus total. Si tout se passe comme prévu, que Future devient philosophe et que Rich Homie Quan devient maire, alors Gucci Mane , T.I., OJ Da Juiceman, et Young Jeezy pourront dormir sur leurs deux oreilles, car la ville sera entre de bonnes mains. Le mouvement aura prospéré et c’est grâce à leur enseignement.

PS : Mentions spéciales à Bloody Jay qui a sorti une mixtape en collaboration avec Young Thug Black Portland, et à Peewee Longway qui profite des retombés de la nouvelle gloire de son pote… Young Thug. Ça vous impressionne hein ? Young Thug donne à manger à tous ses potes alors qu’il y a quelques semaines lui-même ne mangeait pas (humour). Vous pouvez retrouver plus de la moitié de ces artistes sur la mixtape Lobby Runners.

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Mickaël Jolo

@Mj_4tw

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