Résisteras-tu à l'Alliance Bleue ?
La hype Tellier expliquée aux nuls
Après une couv’ et l’interview de l’année accordée au magasine Technikart en décembre 2011, un clip stratosphérique (“Pépito Bleu”) lâché sur la Toile peu après le réveillon et des dizaines de papiers dithyrambiques publiés, depuis, dans des canards aux horizons multiples (Tsugi, Rock & Folk…), difficile de relater quelque chose que l’on ne sait pas déjà sur Sébastien Tellier. Quasi inconnu avant ce jour du 28 mai 2008 où il foula une scène de Belgrade pour le concours de l’Eurovision, l’ogre du Val d’Oise se rêve, pour son quatrième album solo, en “maman” protectrice et instigatrice d’un mouvement stellaire et à peine réel : l’Alliance Bleue. Vendue comme un élan libertaire, tolérant et un brin hippie, cette alliance sert avant tout de tremplin marketing à l’arrivée imminente du disque My God Is Blue, successeur ultra attendu (et déjà culte) du trendy Sexuality (2008). Après avoir joué les Don Juan au sein de cette réjouissante odyssée sexuelle, Tellier revient hanter nos nuits avec, en prime, une tonne de journalistes collés à ses basques.
“Victime de la mode…”
La question que l’on s’est posée avant d’écrire cet article est simple : pourquoi Sébastien Tellier excite-t-il autant le bobo parisien ? Plébiscité dans Technikart depuis cinq ou six mois, propulsé régulièrement en Une de Pitchfork entre décembre et février, confronté à ses vieux potes de Air dans Tsugi le même mois, décrypté (mars) puis adulé au plus haut point dans Rock & Folk qui lui attribuera ses “cinq étoiles” dans le dernier numéro, le grand barbu rend les journalistes littéralement accros à ses déviances spatiales. Sans parler des InRockuptibles qui, la semaine du premier tour des élections présidentielles, c’est à dire celle-ci, n’hésitent pas à le placarder en Une sur un fond rose tape à l’œil.
Alors ok, derrière cette géniale transe artistique qui nous laisse tous un peu béats se cache un plan marketing d’enfer, orchestré et millimétré à la perfection. Au risque de décevoir quelques fidèles, la navette My God Is Blue s’est installée médiatiquement à l’automne dernier et ne cesse, depuis, d’étendre son pouvoir communicationnel. Et personne ne s’en cachera, surtout pas l’intéressé qui déclare : “Dans la musique, l’image est presque aussi importante que les notes elles-mêmes finalement. Quand je crée un concept, évidemment j’y crois, évidemment ce sont des choses auxquelles je pense, mais tout cela est aussi un grand décorum pour mes notes, pour pouvoir amener les gens à écouter ma musique”. Et question décor, force est d’avouer que My God Is Blue est un cas d’école ! D’abord un communiqué de presse mystérieux et fascinant (“N’écoutez pas mon disque, écoutez mon message. Entrez en vibration avec ma musique, fusionnons nos rêves”), puis un clip annonciateur d’une transe christique, quelques interviews “droguistiques” publiées au préalable par des potes journalistes, et le tour est joué !
L’avantage de Tellier réside dans le fait qu’on ne sait jamais sur quel pied il danse. L’Alliance Bleue est-elle la connerie de la décennie ? Sébastien est-il réellement le gourou captivé par la musique Béninoise et le Dieu bleu qu’on imagine, où est-ce en réalité un quidam qui s’endort chaque dimanche soir devant Capital ? Est-il véritablement guidé par ses pulsions ? Autant de mystères que même les tonnes d’entretiens donnés à droite, à gauche ne peuvent révéler. L’illusion Tellier est parfaite. Tellement que l’on se prend, nous aussi, à croire en cette personnalité cathartique qui irradie une profession tristement monochrome.
Guerrilla Funk
Par delà l’image, le succès du créateur de Cochon Ville peut également se traduit par une singularité sonore inouïe. On le dit très influencé par Christophe, Gainsbourg ou Pink Floyd, mais nous l’imaginerions aussi bien fervent admirateur de George Clinton que de Dâm-Funk, Slave et autre grand chamane de la funk music. Car oui, Tellier fait du funk. A sa manière… Souvent nappées d’électronique (les références à ses amis de Phoenix, Justice, Air ou SebastiAn se font sentir), ses compositions flirtent le plus clair du temps avec l’époque des jean pattes d’eph et des dancefloors humides (“Divine”, “Cochon Ville”, “The Color Of Your Mind”). Et quand bien même on se penche sur ses montées hallucinatoires sous ecsta (ou autres) qu’il retranscrit en rêve bleuté, c’est tout un pan de cette musique “puante” qui resurgit.
Au fond, la hype soudaine qui entoure l’arrivée du quatrième opus de Sébastien Tellier est tout à fait compréhensible. Sa conceptualisation de la musique, son rapport au monde, à la nature, aux êtres, attise la curiosité, fascine. Il y a bien sûr la posture (on reste en 2012, ne l’oublions pas…) mais, pour une fois, cet engouement général n’est pas désagréable mais justifié. Comme si Tellier était l’homme de la situation. Un chevalier du ciel envoyé pour prêcher la parole divine dans un monde qui ne l’est pas souvent.
Après la sortie de l’album – dont on n’a guère fini de parler – Dieu partira pour une tournée christique qui aura pour but de rallier une pléthore de fidèles à sa cause. Et maintenant que les journalistes ont fait le taf (et plus que fait !), l’artiste va devoir entrer en scène. On va enfin pouvoir commencer à se marrer.




Il veut propager la paix dans le monde quoi l’ami Tellier. Sa principale influence ne serait-elle pas sylvie tellier ?
Sylvie Tellier sur le fond et Sebastien Chabal sur la forme donc ? Sebastien Tellier quoi
Je me suis retenu de parler de Chabal dans l’article. Trop facile :p