Le dernier protégé de Dr Dre
Kendrick Lamar, l’espoir de Compton
Certains le connaissent sous le pseudonyme de K. Dot, d’autres sous son véritable nom, dans tous les cas il s’agit bel et bien de la même personne. Fraîchement mis au goût du jour par le magasine XXL lors de son shooting annuel consacré aux valeurs montantes du rap game, Kendrick Lamar bénéficie de vents favorables. Une aubaine pour ce rappeur natif de Compton dont le destin aurait pu s’avérer funeste mais à qui le sort en a décidé autrement. Après le succès relatif de Nipsey Hussle, autre natif du ghetto historique de Los Angeles, Lamar est en passe de devenir la nouvelle coqueluche de la West à l’occasion de la sortie de son prochain opus, Section 80.
Straight Outta Compton
« Certains naissent dans les choux d’autres dans la merde », comme le disait Shurik’n. Naître à Compton à la fin des années 1980 n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de cadeau du ciel. Gangrenée par une paupérisation croissante depuis la fin des 70′s, cette municipalité du sud de Los Angeles – à l’instar du Watts - est devenue au fil du temps un terrain favorable au développement des gangs, du trafic de drogue et de la criminalité en tout genre. Conséquence directe d’une ségrégation sociale et territoriale, Compton a réussi à transcender ce qu’elle comportait de plus mauvais en un paysage sonore mélangeant réalisme et fantasme, popularisé par les hymnes locaux de N.W.A., DJ Quik, ou Compton’s Most Wanted. Ainsi, l’hédonisme pur côtoie des récits plus ou moins véridiques de drive-by et de guerre des gangs sur fond de samples funky et de basses abrasives. Le gangsta rap durant la fin des 80′s, façonne alors la nouvelle identité musicale de Los Angeles.
C’est donc au cœur de ce magma socio-culturel, entre les nuques brulées par le soleil californien et les jheri curls humides des O.Gs, que Kendrick Lamar voit le jour en 1987, trois ans après que ses parents aient débarqué à Compton avec seulement 500 dollars en poche. Un bon départ pour la vie en somme. Fresque presque caricaturale immortalisée à la manière de John Singleton dans son Boyz In The Hood, le jeune Kendrick passe sa jeunesse à observer ses oncles manipuler des armes et de la came à la vue de tous devant ces tristes bungalows qui longent les rues du ghetto. Un quotidien extrêmement rude mais qui n’entame pas le moral de ce garçon timide et observateur abreuvé de gangsta rap et nourri aux lyrics exaltés de 2Pac Shakur. Sous le nom de K.Dot, Kendrick Lamar commence alors à donner de la voix sur quelques mixtape entre 2003 et 2007. Mais ce n’est qu’à partir de 2009 avec son premier EP sobrement intitulé Kendrick Lamar que les choses s’accélèrent. Il rejoint alors son acolyte Jay Rock et Tech N9ne lors du Independent Grind tour en 2010 et réalise le projet O(verly) D(edicated) dans un style aux antipodes du son West traditionnel. Si Lamar ne convainc pas entièrement, ce dernier a le mérite d’être un des rares MC de Compton à reposer sur autre chose que le bon vieux filon gangta sur-exploité.
« Le mouvement que nous avons créé à Compton s’appelle Hiii Power. Plus qu’un simple mot, ça représente la façon dont nous vivons, notre style de vie. Ça symbolise le cœur, l’honneur et le respect. »
XXL, Dre et Section 80, what else ?
2011 pourrait bien être une date clé pour Kendrick Lamar. Approché par Dre alors perdu dans les méandres de son album fantôme Detox, le MC de Compton est épinglé par le magazine XXL pour représenter les freshmen 2011 aux côtés de Big K.R.I.T. Une aubaine pour le kid de L.A. encore méconnu du grand public, pour qui cette expérience fait office de véritable coup de pouce médiatique comme il l’affirme lui même : « C’est juste le début. J’essaie de profiter de l’effet médiatique de la cover pour assurer la promotion de mon prochain projet qui devrait arriver bientôt. Je sais qu’il y a énormément de spéculation derrière tout ça et que beaucoup de gens ne me connaissent pas. »
Alors qu’il multiplie les apparitions aux côtés du légendaire producteur gonflé aux stéroïdes, Lamar entretient sa campagne de communication en révélant le single de son prochain album Section 80. Produit par J. Cole, le morceau « HiiiPower » reste sans conteste le fer de lance de cette entreprise sur laquelle de nombreux curieux ont fondé un espoir secret. Moins inégal que ses précédents projets, Section 80 est à des lieues des odes gangsta. Parfois étonnamment consensuel ou lumineux, Lamar est capable de captiver son auditoire (« HiiiPower », « Ronald Reagan Era », « Poe Mans Dreams » ) ou de l’effrayer (« No Make Up », « Tammy’s Song »). Baptisé « nouvelle conscience » de Compton, Kendrick Lamar semble bien parti pour enfiler ce costume taillé sur-mesure.
Reste à voir si ce jeune MC parviendra à susciter un intérêt constant auprès du public tout en ne reproduisant pas le mythe d’Icare.



