Dissection d'un grand monsieur du r'n'b contemporain
Joe : Remise de récompenses
Avec 9 albums dans les pattes dont une poignée de classiques, Joseph Lewis Thomas fait partie de ces figures emblématiques du rythmn and blues post-New Jack dont l’éthique de travail ne s’écorne pas. Après deux ans de hiatus et un album convainquant livré en indépendant, Joe propose un album conceptuel où les relations amoureuses servent de fil conducteur. The Good, The Bad, The Sexy, ou la volonté de prouver que papy Joe peut encore façonner des albums de r’n’b solides et sans prétention aucune, sans tomber dans la formule électro-pop-r’n’b mielleuse bien souvent usitée par ses homologues artistes. Après près de 20 ans de carrière dans sa hotte, Neo Boto a pensé qu’il était grand temps de remettre des récompenses. Lever de rideau.
Label Luther Vandross de la légende incontestable
Rares sont les artistes qui parviennent à faire rimer le mot constance avec performance. Depuis le début des années 90 et son opus Everything jusqu’à la sortie de The Good The Bad The Sexy, le natif de Columbus s’est graduellement construit un statut de légende, en capitalisant sur des albums au contenu à la fois prévisible et de qualité. « Stutter », « Treat Her Like A Lady », “You Dropped Your Dime” ou encore “What If A Woman”, sont autant d’illustrations d’une carrière marquée par une réussite commerciale et critique d’envergure. Bien que l’on voit mal qui pourrait contester le statut de légende qui lui est volontiers attribué, Joe devra certainement changer son fusil d’épaule pour son prochain opus. Si The Good The Bad The Sexy est un recueil sympathique de slow jamz, la formule lasse rapidement, si bien que le projet parvient difficilement à se démarquer. Un comble pour un artiste de la trempe de Joe et un fléau récurrent chez de nombreux artistes r’n’b, Avant et Tank en tête.
Label R.Kelly du pervers invétéré
Suspecté de pédophilie, obsédé sexuel avéré et maitre du « Bump And Grind », R.Kelly fait figure de ponte dans l’art du slow jam sensuel et explicite. Il suffit de se pencher sur ses classiques « Sex In The Kitchen », ou « Bangin The Headboard » pour s’en convaincre. Si Joe n’a pas encore la dextérité (n’y voyez aucune allusion sexuelle !) de son illustre aîné, il y travaille assidument, affinant sa technique sur chaque album, en témoigne le lancinant « Pull My Hair ». Le rejeton de Kellz et Joe, Trey Songz, semble d’ailleurs bien parti pour perpétuer cette tradition de « Sex Music », lui qui s’y est brillamment essayé sur « Neighbours Know My Name ». Le r’n’b, ou un mouvement d’obsédés sexuels au talent variable ?
Label Trick Daddy de la cover immonde
Difficile de déterminer le pire élément de l’illustration de la nouvelle galette de l’ami Joe. On hésite entre l’arrière-plan gris métallisé rappelant un sabaÏ man (fanatiques de Dragon Ball Z, celle-ci est pour vous), l’air pseudo-pensif du chanteur ou encore les illustrations immondes ornant les mots « Good, Bad et Sexy ». On n’avait pas vu ça depuis le www.thug.com de Trick Daddy. Un exploit honorable.
Label Ice Cube du vétéran qui s’accroche
Alors même que la nouvelle génération d’artistes r’n’b attise sans discontinuer le Billboard, Joe, a l’instar d’Ice Cube, continue de toiser ses héritiers directs de son œil de vétéran, conforté par son statut d’icône. Joe, c’est un peu l’ancien combattant qui a tout vu, tout vécu, et qui vient te mettre un coup de canne derrière les genoux pour te faire redescendre sur terre. The Good, The Bad, The Sexy s’impose d’emblée comme un album de rythmn and blues traditionnel, où les ballades langoureuses (“Impossible”, « Tonight ») se couplent avec des thèmes légers (« Slow Kisses », « Dear Joe ») sans verser dans le larmoyant. Un ensemble homogène et cohérent, sans d’autre prétention que celle de proposer à l’auditeur une écoute agréable et sans accroc. C’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe qu’ils disent. Chez Neo Boto on aime les proverbes de grand-mère…
Label Vincent Lagaffe/Isaac Hayes du chauve dégueulasse
Si Joe Thomas pourrait être élevé par certain(e)s au rang de sex-symbol, sur Neo Boto, ce petit bouc et ce crâne chauve luisant nous rappelle plutôt l’un de nos héros national, Vincent Lagaffe. Pourquoi Isaac Hayes ? C’est quand même plus classe d’avoir à son actif Hot Buttered Soul que d’avoir animé le Bigdil. Laissons tout de même à Joe cette maigre consolation.
Joe ne serait-il alors qu’une simple vieille légende perverse ressemblant à Vincent Lagaffe ? La formulation peut faire sourire mais l’artiste, pour l’ensemble de son œuvre, mérite bien d’autres distinctions. Si sa carrière commence à s’essouffler et à tirer sur la longueur, gageons que Joseph Lewis Thomas saura se faire une place de choix au panthéon du rythmn and blues. Une récompense largement justifiée. Baisser de rideau.




