Hell : The Sequel, Eminem et Royce Da 5'9 de nouveau associés
Eminem & Royce Da 5’9 : l’enfer sur terre
En toile de fond : la ville de Detroit, tentaculaire et fantomatique, depuis la crise du secteur de l’automobile. En guise d’artistes : Eminem et Royce Da 5’9, perpétuels peintres au coup de pinceau morne et grisonnant. Bad Meets Evil ou lorsque le Mauvais rencontre le Diable… L’intitulé donne le ton d’une fresque étendue sur plusieurs années, parachevée par des destins se juxtaposant sans jamais véritablement se rencontrer. Retour sur une œuvre qui a bien failli ne jamais voir le jour, la faute à un parcours jalonné d’embûches.
Detroit State Of Mind
Originellement soudés par une amitié commune, celle de feu Proof, et une volonté maladive de mettre Detroit au centre de la carte du hip-hop, Eminem et Royce Da 5’9 se sont rapidement retrouvés en position de rapport de force. Fameux sous le nom de Bad Meets Evil, le duo semblait pourtant promis à un avenir radieux, en capitalisant sur l’aisance lyricale d’un Eminem affamé et sur la street-cred de Royce, en témoigne l’incendiaire « Bad Meets Evil » sur le Slim Shady LP du blondinet. Le détonateur ? En signant sur Interscope au début des années 2000, la carrière d’Eminem et de D12 va migrer vers des horizons plus radieux que les simples rues dégoulinantes de pauvreté de Motor City. Royce Da 5’9, cantonné à un rayonnement underground lancera les hostilités : le point de non retour est atteint. Tandis que Shady devient la star internationale que l’on connaît, Royce sombre dans une indifférence dérangeante, implacable métaphore d’un MC talentueux à qui le succès refuse irrémédiablement d’ouvrir ses portes. Si les parcours semblent diamétralement opposés, il ne serait pas présomptueux d’affirmer que les deux MC’s font chemin égal, et ce malgré leurs discordes passées. Avec en guise de fil d’Ariane une ville de Detroit empreinte d’une noirceur latente, chacune des sorties respectives des deux lurons, aussi bien dans leurs intitulés (Death Is Certain), qu’au niveau du ton global (The Slim Shady LP, The Marshall Mathers LP), étaient marquées du fer rouge de la démence et d’un pessimisme confronté à une réalité assombrie. Affecté par la disparition brutale de Proof, et alors qu’Eminem s’émancipe de l’influence de sa ville natale tandis que Royce retrouve un semblant de buzz, le duo Bad Meets Evil se reforme, à la surprise générale. Simple démarche marketing ou véritable volonté de collaboration ? En revendiquant un côté « dark » parfaitement assumé jusque dans la cover du projet, l’association avait de quoi faire saliver. Trônant au centre d’un décor chaotique, les mines patibulaires, les deux artistes semblent s’assoir sur le sacro-saint Billboard au profit d’une authenticité retrouvée. Bad Meets Evil : ou comment amasser le plus d’argent possible sous couvert d’une amitié symbolique.
Bienvenue en enfer
Noyé sous le flow perpétuellement accéléré d’Em’ (Soulkast, sors de ce corps !), embrouillé par des beats sirupeux et convenus, Royce Da 5’9 se perd dans les méandres d’une banalité déconcertante. A l’image de Recovery, dernier effort en date du (jadis) subversif Slim Shady, Hell : The Sequel est un projet auquel on s’accroche désespérément, conscient d’une qualité bien trop clairsemée pour être pleinement évidente. Si « Welcome To Hell » et « Fastlane » laissaient entrapercevoir un opus de qualité, « A Kiss », « I’m On Everything » et « Lighters », banals et indignes de MCs de la trempe d’Eminem et Royce pénalisent une sortie que l’on aurait aimé largement plus percutante. Il est indéniable que parmi le vivier intarissable de talents de la scène hip-hop à Detroit (Elzhi, Phat Kat, Guilty Simpson, Black Milk, T3, Buff1, NameTag…), le duo est le plus bankable, si bien que sa réunification a été annoncée en grandes pompes et relayée à outrance par les médias. Un bien pour un mal. Si sur un morceau comme « Welcome To Hell », l’initiative apparait louable, il devient vite difficile de déceler un semblant d’alchimie entre les deux MCs, à tel point que ce que tout un chacun prenait pour une volonté honorable de faire de la musique sans concession, pied de nez volontaire à une industrie étouffante de conformisme, semble être une démarche marketing régressive.
Entre enfer et réalité, les artistes semblent avoir égaré en route leur authenticité artistique légendaire. Redescendu vers des horizons plus terriens par un Eminem redondant et un Royce ayant perdu de sa verve, le duo s’est adoucit, se laissant porter par les remous de la conjoncture, pourtant délibérément pointée du doigt. Bad Meets Evil, ou l’authenticité sacrifiée sur l’autel d’un symbolisme famélique…




Ce EP est surtout synonyme de la volonté d’ Eminem de relancer Shady Records. Le CD ne surprend pas, le duo n’étant pas jugeable de part leurs différence de carrière et surtout leurs titres communs qui ne sont pas nombreux.
A plus de 30 ans de moyenne d’age les deux m.c ont un niveau que beaucoup d’autres envieraient. La révolution ne se fera certainement pas à travers ces rappeurs qui n’ont plus rien à prouver, mais qui cherchent à bâtir autre chose (cf. Shady Records). Peace