Enter The Wu-Tang : 36 Chambers. 20 ans déjà !

Edito #49 : Wu-Tang Clan, les 20 ans

11 novembre 2013 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in Featured, What else ?

9 novembre 1993, neuf MC belliqueux sortis tout droit des rues froides de NYC s’apprêtent à changer la face du rap à jamais. En l’espace d’un album (Enter The Wu-Tang : 36 Chambers), le crew de Staten Island va marquer au fer rouge un game ayant déjà subi récemment quelques coups de boutoir. Si à l’Ouest, Snoop & Dre entretiennent une émulation qui a su imprégner les pores des rues de New-York, le Wu opère un retour de balancier radical en terme d’impact, remettant de fait la Grosse Pomme sur l’échiquier rapologique. Car au delà de la conduite des affaires par l’astucieux RZA, le Wu-Tang impose un style novateur fait de samples soul poussiéreux, de beats implacables, de lyrics martiaux et de flows aussi tranchants qu’une lame de Shinobi.

Pourtant en 1992, le public américain avait déjà pu obtenir un avant-gout de ce qui allait se tramer un an plus tard. Vendu à l’arrache, parfois sous le manteau pour seulement deux dollars et sans promotion avec pour unique indicatif le numéro de téléphone de RZA imprimé sur le single, le morceau « Protect Ya Neck » (avec en B side le titre « After The Laugther » rebaptisé plus tard « Tearz ») enregistre un succès considérable, appuyé par les rotations radio de Funkmaster Flex et Kid Capri, seuls DJ à avoir eu le nez creux à l’époque. Après de nombreux appels du pied c’est au final Loud Records qui signera le groupe avec en guise de single officiel cette fois, le fer de lance « Protect Ya Neck »/ « Method Man ».

Vingt ans plus tard, Enter The Wu-Tang résonne encore dans nos têtes comme un écho immortel. Tout était parfait : les verses de Raekwon (et son grill) sur « C.R.E.A.M. », le flow ciselé de Deck sur « Da Mystery Of Chessboxing », l’off beat de RZA sur le sulfureux « Wu-Tang Clan Ain’t Nuthing Ta Fuck Wit », les vocalises excentriques d’ODB, le tout imprégné d’un cérémonial cinématographique en référence aux vieux films de Kun-Fu des Shaw Brothers et de Chang Cheh. Avec ce premier opus le Wu-Tang se forge à la fois une identité inédite dans l’histoire de la musique et une façon de produire un nouveau son dont l’influence s’étendra jusqu’à ce qu’on appellera alors la Wu Fam, libérant de fait une nuée de killa beez prêtes à en découdre et a assurer l’héritage du groupe originel. Si aujourd’hui la belle époque 1993-1997 est derrière les Shaolin soldiers, cette première galette dont on fête les vingts ans ce moi-ci restera comme l’une des œuvres les plus brillantes de l’histoire du rap. Cette fameuse « soul on ice » comme l’évoquait RZA, qui a permis au Wu d’être au rap ce que la dynastie Ming était à la Chine.

Pierre-Jean Cléraux
@HHnyoudontstop

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