Un mois mitigé
Chroniques du mois : Mai
5 Majeur - Variations (Majeur/Musicast)
«T’auras pas d’coups d’pouces mais cinq majeurs», le message est clair, la métaphore limpide. Pots pourris du rap céfran le Cinq Maj est un collectif de poètes du bitumes qui usent de leur multiples talents et parcours pour créer une Dream Team de la rime : Nekfeu (L’Entourage, 1995), Vidji & Kéroué (Fixpen Sill), Hunam & Heskis (Hors II Portée). Après un premier album éponyme enregistré en 24h selon la légende et sorti en 2011 (toujours dispo en free download à cette adresse) le deuxième skeud Variations vient de pointer le bout de son membre. Bercé par les phases de la Cliqua et de la Scred Connex, le 5 Majeur joue au jeu des capitales dans le squat de l’Entourage et n’a besoin que d’un boom-bap pour donner (comme tous les autres) un second souffle au rap hexagonal. Sans fioritures et sans artifices, Variations sent bon la skunk et le «c’était-mieux-avant» sans jamais tomber dans la facilité. - Vincent V -
Daft Punk - Random Access Memories (Colombia)
Extirpez-vous de la liesse médiatique, occultez les avis trop extatiques ou les commentaires haineux, fiez-vous à votre libre arbitre. Loin de défricher la musique et de repousser les frontières de l’electro, Random Access Memories est à considérer comme une synthèse des influences majeures du doublon français. A mi-chemin entre un electro-funk période fin 70′s début 80′s et une pop lascive parfaitement maîtrisée, ce dernier opus des Daft Punk en appelle à leur doux rêve, celui de côtoyer une musique qu’ils chérissent depuis toujours. C’est donc aux côtés de légendes comme Giorgio Moroder, Paul Jackson ou encore Nile Rodgers, que les deux androïdes s’échappent de cette pop-house qui a tant fait rager les puristes dans les années 2000 pour s’attaquer à des productions plus classiques mais d’une subtilité remarquable. Cela valait le coup d’attendre. - Pierre-Jean Cléraux -
French Montana - Excuse My French (Bad Boy Records/ Maybach Music Group)
French Montana pourrait être considéré comme une « prostitué du game » signée sur plusieurs labels, ou un mercenaire ne choisissant son propre camp. Dans tous les cas, il incarne le rappeur présent sur tous les featurings du moment qui ambiance bien sur un couplet, mais sur un album entier c’est une autre affaire .. Sur Excuse My French, il fallait en effet s’attendre à quelques bons bangers (« Pop That », « Ain’t Worried About Nothin », « Freaks ») et un paquet de featurings (Rick Ross, DJ Khaled, Diddy, Lil Wayne, Drake, 2 Chainz, Nicki Minaj, Snoop Dogg etc) dont la plupart ne fera que surpasser Montana sur des productions peu recherchées, sauf exceptions (« Once in a While », « We Go Where Ever We Want »). Le rappeur arrivera à nous surprendre en douceur aux côtés de The Weeknd (« Gifted ») mais cela ne le sauvera pas. La faiblesse des lyrics et un flow trop répété, parfois exagéré, finira par nous saouler comme si nous avions déjà entendu ceci des centaines de fois. - Adrian Huguenot -
Grems - Vampire (Gremsindustry)
On n’en attendait pas plus de ce emcee régulier, utilisant pour ses différents projets la même recette magique, celle d’un rap fou et survolté teinté de musique house. Vampire est ainsi un album solo abouti, expression à la fois classieuse et délirante d’une personnalité à la limite du borderline. Un album inscrit dans un courant rap indé embourgeoisé qui fait aussi écho au succès récent d’une nouvelle vague de rappeurs urbains. Toutefois, la différence entre Grems et le reste de la scène parisienne réside dans la maîtrise d’un style personnel et défini pendant les dix ans de carrière du rappeur. On regrettera peut-être la sous-exposition médiatique du bonhomme et l’absence d’un véritable single. - Marin Charvet -
Gucci Mane - Trap House III (1017 Brick Squad)
Gucci Mane, l’homme aux indénombrables mixtapes, a surpris son monde le mois dernier en avançant la sortie de son nouvel album Trap House III -initialement prévu le 2 juillet- au 21 mai. Si l’on se faisait une joie de cette sortie, qui intervient trois ans après The Appeal : Georgia’s Most Wanted, ce sentiment se dissipe très vite tant l’album est loin de répondre à nos attentes. Les très efficaces « Trap House 3 » et « Use Me » en début de projet sont les seuls morceaux de qualité à se mettre sous la dent, la suite s’avérant fort décevante. Lui qui nous avait habitué à des mixtapes intéressantes nous offre ici un album plat, ennuyant, à la limite de l’exécrable (« Chasen Paper », « Off The Leash »). Espérons qu’il se fera pardonner avec Mr. Guwop, son prochain album prévu cet automne. - Rémy Paurion -
Havoc - 13 (Nature Sounds)
Plus vraiment dans le coup depuis quelques années, Havoc n’est plus le grand producteur que l’on connaissait. Après un EP (Black Cocaine) avec son acolyte de toujours Prodidy et quelques productions peu ragoûtantes, force est d’avouer que le natif du Queens n’enthousiasme plus les foules. C’est donc avec une certaine indifférence que l’on accueillera ce dernier opus qui s’avère au final à la fois convenu et par certains côtés particulièrement efficace. En témoigne le morceau « Favortie Rap Stars » et son sample sépulcral de Lyn Christopher (« Take me with you ») qui domine l’ensemble d’une galette équilibrée malgré quelques ratés impardonnables (« Eyes Open », « This World »). - Pierre-Jean Cléraux -
Kery James - Dernier MC (AZ)
Kery James est de retour, pour le meilleur… et pour le pire. Car c’est un effort au résultat plutôt ambiguë que ce sixième album solo. Le emcee semble en effet se perdre dans l’image qu’il s’est forgé depuis maintenant plus de dix ans, cherchant plus à répondre aux attentes de son public qu’à renouveler sa prose. L’album perd ainsi de sa musicalité à force de trop d’effort conscient. Toutefois, Alix Mathurin possède un réel talent d’écriture et réussit à pondre quelques classiques, à l’image de « Constat Amer ». On appréciera aussi l’ensemble du message conscient, qui aujourd’hui encore garde toute son importance, et on choisira de voir Dernier MC comme un testament légué par Kery James à ses successeurs plus en verve. - Marin Charvet -
Klub des Loosers - Last Days (Modulor)
«Vous ne connaitrez jamais mes intentions», ces quelques mots du défaut Kurt Cobain aurait très bien pu être scandé par le looser masqué entre deux oinjs tellement personne ne s’attendait à le voir rappliquer si vite. Après un retour en force inspiré par la surpopulation et l’avortement (La Fin de l’Espèce), Fuzati remet le Klub à flot en ressuscitant ses vieux démons et les prods qui vont avec sur ce Last Days directement dicté par ses vieilles soirées d’insomnie et de défonce. Composé d’instrus principalement produites entre 2006 et 2007, Fuzati nous conte ici ses délires euphoriques sans paroles, comme pour mieux nous inviter dans sa studette versaillaise de 9m2 où s’entrechoquent cul de bédo et cassettes porno. Les titres des pistes parlent d’eux-mêmes : «Arrival», «Working Time», «On Drugs», «The Trip», «High Again», «Magic Pills» résonnent comme le menu quotidien d’un patient en camisole qui n’a trouvé qu’un sampler pour communiquer avec le monde extérieur. Inspiré par sa vie, Last Days confirme les talents de producteur de Fuzati, surtout dans un état second. - Vincent V -
Mount Kimbie - Cold Spring Fault Less Youth (WARP Rec.)
Trois piges et de nombreux rêves après le somptueux Crooks & Lovers, le duo emblématique du label anglais WARP vient reprendre sa place d’ambianceur de caveau, occupé depuis peu par l’imberbe James Blake et les anonymes SBTRKT. Remplis de shèmas instrumentaux allant du jazz au post-rock, la première chose qui frappe sur ce Cold Spring Fault Less Youth, comme pour le frileux Blake, c’est ce duo qui s’essaye à la voix et pousse la chansonnette (« Made to Stray »), comme si les digger de dubstep se sentait soudain pousser des cordes vocales. Seul flow étranger de l’album, les lyrics du jeune King Krule se fondent parfaitement dans l’enveloppe cotonneuse des claviers de Mount Kimbie. A deux pas du pieux étudiant et de la blouse de chercheur, Cold Spring Fault Less Youth fait s’accoupler electronica et clubbing pour donner naissance à un être hybride capable de se taper un Vodka/RedBull cul-sec avant de reprendre sa thèse. Les habitués de la formule apprécieront, les autres attendront d’être adulte. - Vincent V -
Talib Kweli - Prisoner Of Conscious (Javotti Media)![]()
Il aura fallu s’armer de patience avant de voir débarquer dans les bacs le nouvel album de Talib Kweli, Prisoner Of Conscious, sans cesse repoussé depuis deux ans. La recette de cette galette est simple : Talib a décidé de varier morceaux undergrounds et mainstreams, sur des productions concoctées par les inhabituels S1, Oh No, Terrace Martin, Harry Fraud, J. Cole, le tout agrémenté de featurings allant des chanteurs Marsha Ambrosius et Miguel aux rappeurs Busta Rhymes et Kendrick Lamar pour ne citer qu’eux.
Si au vu de la tracklist le projet s’annonçait sous les meilleurs auspices, la réalité en est tout autre. Il a beau démarrer fort grâce à des productions réussies et à un Talib en grande forme qui n’a rien perdu de son talent de rappeur (« Human Mic », « Turnt Up », « Come Here »), l’opus s’enlise très vite dans la déception, le MC de Brooklyn enchainant les contre-performances (« Hold It Now », « Hamster Wheel », « Rocket Ships », « Upper Echelon »). Les deux derniers morceaux, de bonne facture, n’y changeront rien, ni même la bonus track « Outsanding » qui aurait mérité sa place dans la version finale. A n’en point douter le plus mauvais album de Talib Kweli. - Rémy Paurion -
The-Dream - IV Play (Def Jam Recordings)
The-Dream, c’est l’auteur de nombreux tubes ces dernières années pour des artistes tels que Rihanna, Britney Spears, Beyoncé (…) mais il ne se contente pas du succès des autres pour vivre, il a aussi besoin de sa propre reconnaissance. Son cinquième album IV Play se présente donc comme un projet audacieux, avec des invités efficaces à l’image de Jay-Z, Pusha T, Big Sean ainsi que le pari de mettre Beyoncé & 2Chainz sur la même track. Terius Nash de son vrai nom signe presque à lui seul la totalité de ce travail, que ce soit les prods ou les lyrics. Mais au fil de l’écoute, on finit par se perdre dans la longitude. Dix-huit titres c’est bien, mais long quand il faut se contenter seulement de la voix arrangée de Dream sur des productions lentes. Finalement, quelques morceaux sortiront du tas tels que « High Art », « IV Play » ou encore « Tron » et l’on notera la bonne appellation du projet signifiant « préliminaires » en écoutant « Pussy » et la véritable fable sexuelle « Michael ». - Adrian Huguenot -
Tricky - False Idols (Studio !K7)
Il y a trois ans Tricky nous frustrait avec un album (Mixed Race) de trente minutes et réalisé dans l’urgence. Aujourd’hui, l’enfant de Bristol a semble-t-il pris un peu plus son temps pour la réalisation de ce False Idols tout en retenue et qui renoue avec cette touche sensuelle qui le caractérise si bien. Une nouvelle fois, Adrian Thaws a fait appel à une touche féminine (Francesca Belmont) en la serpentant de sa voix caverneuse conférant aux morceaux une texture charnelle un brin érotique. False Idols délivre ici un downtempo lascif et épuré qui ne cache pas sa personnalité obscure et corrosive. Un rêve éveillé dont la pertinence des choix artistiques lui permettent certaines excentricités réussies comme la reprise de « Somebody’s Sins » de Patti Smith (texte de Van Morrison), et d’inviter le spectre de Chet Baker sur « Valentine ». Du grand Tricky. - Pierre-Jean Cléraux -





Salut,
Merci pour les chroniques (même si le mois de mai n’a pas été extraordinaire…) Par contre, je remarque que vous avez « oublié » celle de Maître Gims. J’image déjà les réponses que l’on me fera, mais vu ses ventes… et surtout de la (sur)exposition dont le bonhomme jouit, il aurait été intéressant de le « chroniquer », même pour le descendre quoi. J’aimerais bien connaître votre avis sur son statut. Pour la question qui revient sans cesse : « alors rappeur ou pas (plus) rappeur megi ? »
PS : Les doubles chroniques manquent je trouve, surtout ce mois-ci avec l’album de Daft Punk. Je suis convaincu que toute votre rédaction n’a pas été emballée par le projet.
Peace